« Une blessure dans la mémoire chrétienne »: le pardon du pape Léon XIV pour le rôle de l’Église dans la légitimation de l’esclavage

Dans l’encyclique « Magnifica Humanitas » (« L’humanité magnifique ») où il aborde également la question de l’Intelligence artificielle, le pape demande pardon au nom du Saint-Siège pour le rôle qu’il a joué dans la légitimation de l’esclavage et avoir attendu plusieurs siècles pour le condamner.

Par Elena Lionnet avec agences

Une parole historique. Le pape Léon XIV a souligné, ce lundi 25 mai dans son encyclique « Magnifica Humanitas » (Humanité magnifique), le rôle joué par les précédents pontifes qui ont donné aux rois européens le droit de soumettre et asservir les « infidèles ».  Au paragraphe 176, le pape affirme que « nous ne pouvons nier, ni minimiser le retard avec lequel l’Église et la société ont condamné le fléau de l’esclavage ». Et il déclare solennellement: « pour cela, au nom de l’Église, je demande sincèrement pardon. » 

C’est le premier texte majeur du nouveau pontife, et il s’attaque à une question fondamentale pour l’homme, comment protéger son humanité à l’ère du numérique. Léon XIV estime que la révolution numérique alimente de nouvelles « formes d’esclavage et de colonialisme » telles que les pratiques de travail non réglementées dans l’approvisionnement en minéraux rares nécessaires aux puces d’IA. Et c’est dans ce chapitre 4 de ce texte de 45.000 mots que le pontife dénonce le rôle joué par l’Église dans l’esclavage.

« Une blessure dans la mémoire chrétienne »: le pardon du pape Léon XIV pour le rôle de l’Église dans la légitimation de l’esclavage

Dans l’encyclique « Magnifica Humanitas » (« L’humanité magnifique ») où il aborde également la question de l’Intelligence artificielle, le pape demande pardon au nom du Saint-Siège pour le rôle qu’il a joué dans la légitimation de l’esclavage et avoir attendu plusieurs siècles pour le condamner.

Par Elena Lionnet avec agences

Une parole historique. Le pape Léon XIV a souligné, ce lundi 25 mai dans son encyclique « Magnifica Humanitas » (Humanité magnifique), le rôle joué par les précédents pontifes qui ont donné aux rois européens le droit de soumettre et asservir les « infidèles ».  Au paragraphe 176, le pape affirme que « nous ne pouvons nier, ni minimiser le retard avec lequel l’Église et la société ont condamné le fléau de l’esclavage ». Et il déclare solennellement: « pour cela, au nom de l’Église, je demande sincèrement pardon. » 

C’est le premier texte majeur du nouveau pontife, et il s’attaque à une question fondamentale pour l’homme, comment protéger son humanité à l’ère du numérique. Léon XIV estime que la révolution numérique alimente de nouvelles « formes d’esclavage et de colonialisme » telles que les pratiques de travail non réglementées dans l’approvisionnement en minéraux rares nécessaires aux puces d’IA. Et c’est dans ce chapitre 4 de ce texte de 45.000 mots que le pontife dénonce le rôle joué par l’Église dans l’esclavage.

« Il est inévitable d’éprouver une profonde douleur »

Ce n’est pas la première fois que des papes présentent leurs excuses pour la traite négrière. Jean-Paul II l’avait déjà fait en 1985 au Cameroun, puis en 1992 sur l’île de Gorée, au Sénégal. Mais sa demande comportait une limite que les historiens n’ont pas manqué de relever: il mettait en cause les « baptisés » impliqués dans le commerce triangulaire, mais non l’Église en tant qu’institution, et encore moins le Saint-Siège.

L’Église a « longtemps toléré l’esclavage et n’en est venue qu’ensuite à le condamner de manière absolue » : il s’agit « d’une blessure dans la mémoire chrétienne de laquelle nous ne pouvons nous considérer étrangers », ajoute Léon XIV.

« Il est inévitable d’éprouver une profonde douleur en considérant l’énorme souffrance et l’humiliation que l’esclavage a signifiées pour tant de personnes, infiniment aimées par le Seigneur, en contraste avec leur dignité sans limites », relève le souverain pontife.

Des siècles de légitimation de l’esclavage pour les colonisateurs européens

Le Vatican a insisté sur le fait qu’il a toujours défendu la dignité de tous les êtres humains en tant qu’enfants de Dieu. Mais une série de directives du Vatican datant du XVe siècle autorisaient les souverains portugais à conquérir l’Afrique et les Amériques et à asservir les non-chrétiens.

En 1452, par exemple, le pape Nicolas V a publié la bulle papale Dum Diversas, qui donnait au roi du Portugal et à ses successeurs le droit « d’envahir, de conquérir, de combattre et de subjuguer » et de prendre toutes les possessions – y compris les terres – des « Sarrasins, des païens et autres infidèles et ennemis du nom du Christ » dans toute partie du monde. La bulle autorisait également les Portugais « à réduire leurs personnes en esclavage perpétuel ».

Cette bulle et une autre publiée trois ans plus tard, Romanus Pontifex, ont constitué la base de la Doctrine de la Découverte, la théorie qui a légitimé la saisie des terres à l’époque coloniale en Afrique et dans les Amériques.

Les autorisations de Nicolas V aux Portugais ont été confirmées ou renouvelées par le pape Callixte III en 1456, le pape Sixte IV en 1481 et le pape Léon X en 1514, selon le révérend Christopher J. Kellerman, prêtre jésuite et auteur de « Toute oppression cessera : une histoire de l’esclavage, de l’abolitionnisme et de l’Église catholique ».

En 2023, le Vatican a formellement répudié la Doctrine de la Découverte, mais il n’a jamais formellement annulé, abrogé ou rejeté les bulles elles-mêmes. Le Vatican insiste sur le fait qu’une bulle ultérieure, Sublimis Deus en 1537, a réaffirmé que les peuples autochtones ne devraient pas être privés de leur liberté ou de la possession de leurs biens, et ne devraient pas être réduits en esclavage.

Le Saint-Siège tarde à condamner l’esclavage

« Il faut attendre le XIXe siècle pour trouver une condamnation formelle, absolue et universelle de l’esclavage, notamment avec Léon XIII », rappelle encore le pape américain. Et longtemps après que de nombreux pays l’aient aboli. Avant cela, dans l’Antiquité et au Moyen Âge, même les institutions ecclésiales avaient des esclaves.

Reconnaissant le rôle du Saint-Siège et les bulles papales du XVe siècle, Léon XIV écrit dans son encyclique : « Déjà au début de la période moderne, le Siège apostolique de Rome, répondant aux demandes des souverains, est intervenu à plusieurs reprises afin de réglementer et de légitimer des formes d’asservissement et, dans certains cas, y compris l’esclavage des ‘infidèles’.« 

Léon XIV a déclaré qu’il n’était pas possible de juger de la moralité des décisions avec les normes actuelles. « Pourtant, nous ne pouvons pas non plus nier ou diminuer le retard avec lequel la société et l’Église en sont venues à dénoncer le fléau de l’esclavage« , a-t-il ajouté.

Le pape a déclaré que l’Église a depuis longtemps affirmé la dignité de tout être humain comme base de sa doctrine, « même s’il a fallu dix-huit siècles pour que sa pleine incompatibilité avec l’esclavage soit explicitement reconnue ».

Des ancêtres esclaves

Ce n’est pas indifférent que cela soit un pape né aux États-Unis, dont l’histoire familiale comprend à la fois des esclaves et des propriétaires d’esclave qui prononce ces mots. 

Selon une recherche généalogique publiée par Henry Louis Gates Jr., 17 des ancêtres américains, ses quatre arrière-grands-parents maternels, de Léon XIV étaient répertoriés dans les registres de recensement de La Nouvelle Orléans comme mulâtres, noirs, créoles ou personnes libres de couleur. Son arbre généalogique comprend des propriétaires d’esclaves et des esclaves, a écrit Henry Louis Gates dans le quotidien américain The New York Times. Cela fait du Pape, le premier pontife ayant des origines sub-sahariennes.

Lors d’une visite en Angola le mois dernier, Léon XIV a prié dans un sanctuaire catholique situé sur le site d’un important carrefour de la traite négrière africaine pendant la domination coloniale du Portugal. Alors qu’il se trouvait au sanctuaire de Mama Muxima, Léon XIV a rappelé « le chagrin et les grandes souffrances » que les Angolais ont endurées pendant des siècles, mais il n’a pas fait spécifiquement référence à l’esclavage.

Pour le père Kellerman, c’est indubitablement important que le Pape se soit excuser mais il reste beaucoup à faire pour reconnaître et expier la manière dont l’Église catholique a légitimé et étendu l’esclavage. « Le pape Léon a renforcé la crédibilité morale de l’Église avec cet aveu et ces excuses aujourd’hui », déclare le chercheur jésuite à l’Associated Press. « J’espère qu’un futur document expliquera plus en détail l’implication de l’Église dans la possession d’esclaves. En tant qu’érudit, j’ai quelques arguties avec la formulation, mais c’est un moment vraiment remarquable. »

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