Popenguine : un jeune musulman, symbole du dialogue inter-religieux par la vente d’objets de piété chrétiens
Popenguine, (APS) – Musulman de confession et habitant à Guédiawaye dans la banlieue de Dakar, Pape Samb vend depuis près de vingt ans des objets de piété chrétiens lors des grands pèlerinages de la communauté catholique aussi bien au Sénégal que dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
À Popenguine lors de la 138e édition du pèlerinage marial, il n’a pas dérogé à la règle, incarnant ainsi l’une des facettes du dialogue inter-religieux si bien ancré dans la société sénégalaise.
Barbe fournie, micro à la main, cet homme, la quarantaine bien sonnée, interpelle les pèlerins d’une voix posée. Devant son étal chargé de chapelets, de statuettes de Jésus, de Vierges lumineuses et de médailles, Pape Samb donne les allures d’un commerçant rompu à l’exercice.
Tout commence à la fin des années 1990, quand sa mère tient un point de restauration sur le site du pèlerinage de Popenguine. Une voisine béninoise vend des objets religieux à côté d’elle. Un jour, Pape Samb finit tôt son travail et aide la femme à écouler sa marchandise. L’expérience se transforme en filon. Il décide de se lancer dans le commerce d’objets de piété pour les chrétiens. ”C’est à partir de là que j’ai commencé”, dit-il d’un ton posé.
A force d s’adonner cette activité, Salb finit par tomber sous le charmes des produits qu’il vend au point d’en devenir l’un des sculpteurs. Il fabrique lui-même une partie de sa marchandise. Les rangées de chapelets exposés sur étal sont confectionnés de ses propres mains. ”Je ne les ai pas achetés, c’est moi qui les ai fabriqués”, dit-il, avec un brin de fierté sur le visage.
Musulman pratiquant, Pape Samb observe ses prières. Il assume sa foi musulmane sans détour. Il ne touche pas à l’alcool non plus. ”Je ne le vois même pas”, laisse-t-il entendre.
Le fait de vendre des objets religieux chrétiens ne lui pose aucun cas de conscience. ”Je les respecte. Pour être complet en tant que musulman, il faut croire en Issa (Jésus) qui est aussi un prophète reconnu par le Coran”, souligne Pape Samb avec conviction.
Son commerce l’a conduit bien au-delà de Popenguine. Il sillonne les grands événements chrétiens en Afrique de l’Ouest. De Bissau et à Bamako, Pape Samb égrène ses convictions en vendant des objets de piété chrétiens. ;e métier lui a permis de tisser un réseau de relations très dense. ”Je connais beaucoup d’abbés, de sœurs, de fidèles. Ce travail m’ouvre beaucoup de portes dans le milieu chrétien”, fait valoir Samb.
Pape Samb doit aussi faire face aux regards curieux. ”Il y a des personnes qui sont étonnées de me voir exercer un tel métier. Ces regards j’en collectionne beaucoup. Des clients sont parfois surpris et étonnés du musulman que je suis suis en rapport avec le travail que j’exerce”, raconte-t-il.
”J’ai pas mal d’anecdotes. Ici au Sénégal, les premiers à vendre des objets religieux chrétiens, ce sont les musulmans”, ajoute Pape Samb.
Celui qui a arrêté ses études en classe de CM2 en primaire, a réussi à développer chez lui un sens du commerce qui dépasse largement son étal de Popenguine. Entre deux pèlerinages, il négocie dans les marchés, achète des produits avant de les revendre. Les objets de piété qui-‘il expose ne représentent qu’une partie de ses activités commerciales.
A Popenguine Pape Samb s’est déplacé avec sa femme et sa fille. Elles sont aussi des musulmanes. La famille au complet, sur ce parvis catholique, à vendre des objets sacrés de la religion chrétienne. Rien d’anomal aux yeux de Pape Samb. ”On gagne normalement nos vies. Je nourris ma famille avec ce travail. Je n’ai pas de problème avec ça. Franchement”, lance-t-il.
AUT : BAB/DOB/MTN

