45 ans après la disparition de Bob Marley : quel héritage entre « We and him » !

Bob Marley continue d’inspirer 45 ans après son décès. Surtout en Afrique, terreau fertile à son message. Nous nous interrogeons sur son héritage africain, mais surtout sur les rapports qu’il a avec les Rastas et reggae men africains. Comme il le faisait dans son titre « We and them ».

L’intitulé de cet article que nous consacrons à Bob Marley, artiste et figure du reggae dont nous célébrons le 45e anniversaire de sa disparition, s’inspire de son titre « We and them ». Ce quatrième morceau de la face A des cassettes à l’époque est contenu dans l’album « Uprising », le douzième et dernier album studio de « Bob Marley and the Wailers » publié du vivant de l’artiste.

Il a été dit du disque, sorti le 10 juin 1980, qu’il est « profondément spirituel, marqué par la fatigue physique de son créateur, et devenu avec le temps une oeuvre testamentaire ». Puisque le chantre du reggae décédera presque une année plus tard. Ici, il s’agit de s’interroger sur la relation nous liant, nous autres rastas africains, sénégalais particulièrement, à Marley.

Dans le titre « We and them » (nous et eux), Bob Marley et son groupe « The Wailers » ont su mettre en lumière la confrontation sociale entre le peuple et ses oppresseurs tout en incarnant la lutte des classes et la résistance prônées par l’artiste. Une continuité dans la trajectoire et le répertoire de Marley dont l’oeuvre n’a eu de cesse de prôner la justice sociale à travers le monde. Le titre aborde les conflits, les divisions sociales et la nécessité de trouver des solutions face à l’oppression. Il fustige également le capitalisme.

Autant de thèmes récurrents dans le combat de l’artiste, mais largement partagé chez les humains. Ainsi, ne pouvait-il pas laisser insensible pour nombre de générations éprises de paix et liberté. Aussi, se demande-t-il dans le refrain du titre comment cette oppression pourrait se terminer entre les auteurs et victimes. Tout en étant convaincu que « quelqu’un devra payer pour le sang innocent qu’ils versent chaque jour ». Pour lui, la corruption de l’âme humaine trouve son origine dans la perte de foi de l’homme qui, après que Dieu lui a donné la domination sur toutes choses, se retrouve à « dévorer toute la chair de la terre ».
Ballade acoustique

C’est cette philosophie qui amènera l’humain à ne plus être au service de son prochain, à ne plus cultiver l’amour, l’adoration divine, la paix… Mais plutôt à privilégier la thésaurisation, l’amour des choses du bas-monde. Il y a également dénoncé les relations malsaines basées sur l’intérêt quand il a tonné qu’on n’a pas « d’amis dans la haute société ». Ainsi, la confrontation ne pouvait qu’être brutale et mortelle dans la lutte des classes, mais surtout la lutte pour le contrôle des richesses, des positions, des intérêts dans ce monde actuel.

Au-delà de « We and them », « Uprising » est un album explicitement rasta de son répertoire. Les chansons font référence à ses convictions spirituelles, culminant avec l’émouvant « Redemption Song », une ballade acoustique enregistrée en solo, rupture radicale avec l’esthétique reggae qui l’avait jusque-là défini. Une version avec les « Wailers », plus classique, avait été initialement mise en boîte, mais Marley insista pour la réenregistrer seul, guitare en main. Une version dépouillée et poignante qui clôture l’album. Tout un symbole.

Cette oeuvre a été portée par le succès du single dansant et festif « Could You Be Loved », mais contient des chefs-d’oeuvre « Real Situation », « Bad Card », « Zion Train », « Forever loving Jah », « Coming in from the cold ».
Pour en revenir aux rastas ou reggae men d’Afrique, il convient de relever que Marley a été le premier à imposer le reggae au monde entier. Trouvant ainsi dans le continent un écho très favorable avec la lutte contre le colonialisme, le néo-colonialisme et la confrontation Est-Ouest.

L’inspiration musicale a produit les Alpha Blondy, le défunt Lucky Dube et d’autres artistes. Plus près de chez nous, nous pouvons nous réjouir d’avoir un Meta Dia qui illumine aujourd’hui les scènes du monde et fait rayonner le nom du Sénégal partout puisqu’étant l’un des plus grands ambassadeurs du reggae dans le monde.

Avant lui, nous avons connu les mythiques groupes d’Adioa, de Niominka Bi, de Safara Bi, Amandla, Arra… Une constellation d’artistes et de groupes sénégalais tiennent aujourd’hui encore le haut du pavé : Dread Maxim, Timshel, Sun Sooley, Ombre Zion, Lidiop, You Mknj, Max Usufa, Charles Sow, Sister Celia, Sister Ouly… Certains sont très méconnus du grand public malgré leur talent immense.

Le renouveau du reggae se fait incontestablement en Afrique après les États-Unis. L’Afrique, cette « Terre promise » dont rêvent tous les rastas. Des clichés subsistent sous nos cieux quant à notre filiation rasta résultant de faux préjugés faisant des rastas des drogués. Aussi, la non-imposition du reggae sur la scène musicale ne résulte pas d’absence d’oeuvre de qualité. Mais encore le non-aboutissement d’un long chemin qui se poursuit. Et entre Nous et Lui (Bob), c’est juste une autre chose.
* Nous et lui

Ibrahima Khaliloullah NDIAYE
LESOLEIL

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *