Confrontation avec Donald Trump, tournée en Afrique… Comment le pape Léon XIV s’est métamorphosé en un an de pontificat

Il y a un an, le 8 mai 2025, Robert Francis Prevost était élu pape. Léon XIV a vu son style tout en retenue rattrapé par la crise frontale avec l’administration de Donald Trump, qui a propulsé ses appels pacifistes sous le feu des projecteurs. Sa tournée en Afrique, notamment au Cameroun et en Algérie, aura été aussi un moment fort de la première année de son pontificat.

Lorsqu’il était Prieur général de l’ordre des Augustins ou missionnaire au Pérou, Robert Francis Prevost cultivait une prudence sobre teintée de discrétion. Ses premiers mois comme nouveau pape, comme Léon XIV, ne l’ont pas tout de suite transformé. C’est ce que confirme Christine Pedotti, directrice de Témoignage chrétien, spécialiste des arcanes du Vatican. « Le pape François était un homme tonitruant dans son expression et quelques fois peu précautionneux dans son expression. François portait une soutane comme un bleu de travail. Durant les premiers mois du pontificat, il a contraire fallu tendre l’oreille pour réussir à bien entendre les prises de positions de Léon XIV », décrit la journaliste.

Les positions du nouveau pape pourtant n’étaient pas si éloignées de François. « La principale différence entre les deux papes c’était surtout le style », explique Christine Pedotti. Les deux hommes étaient en accord intellectuellement. « Le pape François a manoeuvré pour que Robert Francis Prevost puisse devenir pape, son successeur », précise la journaliste.

« On a le sentiment que Donald Trump a fait naître un pape »

Les premiers voyages du pape, au Liban et en Turquie au début de son pontificat, ont été organisés sous le pape François. Le nouveau pape Léon XIV écoute, parle dialogue interreligieux et paix. Mais il reste peu écouté sur la scène médiatique international. Deux événements, presque concomitants, vont changer la perception du pontificat de Léon XIV.

« Il y a eu tout d’abord un effet Trump. On a le sentiment que Donald Trump a fait naître un pape. Le pape a eu un discours ferme et plus tranché qui a rassuré de nombreux fidèles », décrit Christine Pedotti. En janvier il fustige une guerre « revenue à la mode », puis avec le déclenchement fin février des bombardements menés par les États-Unis et Israël en Iran, le pape juge alors « inacceptable » les menaces de Donald Trump d’« anéantir la civilisation iranienne ».

L’homélie pacifiste du pape prononcée en pleine Semaine Sainte au Vatican provoque ensuite l’ire de Donald Trump, qui juge Léon XIV « faible » face à la criminalité et « nul » en politique étrangère, suscitant une vague de réactions indignées. Dans son avion devant des journalistes, en pleine tournée africaine, le pape rappelle qu’il n’a « pas peur » de l’administration Trump.

« L’autre événement a été bien entendu cette grande tournée africaine. Les déplacements du pape au début de son pontificat en Turquie et au Liban avaient été décidés sous François. La tournée africaine constitue réellement le début personnel de son pontificat », explique Christine Pedotti, directrice de Témoignage chrétien. « Le pape a tenu des position fermes et tranchées là aussi », précise la journaliste. Au Cameroun, le pape appelle les autorités à « un examen de conscience » pour plus de « justice et de paix » dans un pays marqué par les troubles politiques lors de la réélection de Paul Biya.

Il rend visite à Samuel Kleda, cardinal de Douala, l’un des principaux opposants catholiques au régime de Paul Biya. Là, tout comme le pape François, il poursuit la diplomatie vaticane qui est de soutenir les aspirations démocratiques des populations lorsqu’elles sont portées par les communautés religieuses locales.

« Il n’est pas issu d’un pays du Sud mais il pense comme un pape du Sud »

Le pape François soutenait les aspirations démocratiques de figures comme Fridolin Ambongo, le cardinal de Kinshasa lors de la crise électorale en RD Congo en 2019. Les paroles du pape Léon XIV sont fortes et tranchés. « Lors de sa tournée, il a dénoncé la corruption, les injustices, les inégalités qui existent et il a dénoncé aussi la fuite des cerveaux vers l’Occident », constate le le père Éric Mashaco, prêtre jésuite d’origine congolaise.

Le pape est surtout, selon la journaliste, apparu comme un homme du Sud. « Il est né Américain. Mais il a été longtemps présent au Pérou. C’est un augustinien, proche des populations. Il n’est pas issu d’un pays du Sud mais il pense comme un pape du Sud », décrit la journaliste. « Sa décision de se rendre à Lampedusa au lieu de la célébration des 250 ans de la naissance des États-Unis en est une autre illustration, une gifle contre l’administration de Donald Trump » selon Christine Pedotti. Marc Rubio, le Secrétaire d’État, ce 7 mai, s’est rendu au Vatican pour jouer la carte de l’apaisement avec Léon XIV.

Dans ces deux séquences, le pape a donc surpris. « Sa prudence lors de son début de pontificat lui a servi. Sa parole, comparée à celle du pape François a donc plus de force, lorsqu’il s’exprime. Elle est rare, donc elle a de la force », explique la journaliste Christine Pedotti. Le nouveau pape semble également se démarquer dans sa gouvernance avec le pape François.

Léon XIV est partisan d’une gouvernance plus transversale, associant étroitement les cardinaux, moins centralisée. « Il privilégie ce que l’on appelle la synodalité », une forme de gouvernance beaucoup plus horizontale. Cette gouvernance, annoncé par le pape, commence à avoir des conséquences sur des dossiers sensibles.

Le pape François lors de la publication déclaration du Dicastère pour la Doctrine de la foi, Fiducia supplicans, avait ouvert la voie à la bénédiction pour des couples homosexuels au sein des Églises. Cela avait soulevé la colère de nombreux évêques et cardinaux africains. Cette décision avait été donc repoussée avec force sur le continent.

« Mais les Églises d’Europe et notamment les communautés catholiques allemandes sont favorables à la possibilité pour les prêtres de bénir les couples homosexuels. Et les fidèles allemands aujourd’hui financent à hauteur de 40% l’Église catholique et le Vatican dans son ensemble. Le pape a choisi le compromis et a ouvert la porte à une application de Fiducia supplicans en Europe et à son retrait définitif en Afrique », décrit la journaliste Christine Pedotti.

Ces prises de risques d’un homme au caractère prudent seront-elles durables? Verra-t-on également émerger un Léon XIV encore plus engagé que le pape François sous les ors du Vatican? « Les circonstances politiques changent un homme », estime Christine Pedotti. Les observateurs restent unanimes sur un point: le pape natif de Chicago n’est pas pressé par le temps.  À 70 ans, en bonne forme physique, il a conscience d’avoir devant lui un horizon relativement long.

SOURCE TV5.ORG

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