« Les Marocaines ont d’autres rêves »: mariages tardifs, natalité en baisse, la famille au Maroc est en pleine mutation
Par – idhya Paliakara – Lorène Bienvenu
– Au Maroc, la famille change de visage. Mariages plus tardifs, natalité en baisse, modèle traditionnel en recul… Une étude du Haut-commissariat au plan révèle une transformation profonde de la société.
Le Maroc connaît une transformation sociale silencieuse, illustrée par le recul net de la famille traditionnelle. Les tendances démographiques et familiales évoluent, avec des mariages plus tardifs, une baisse du taux de natalité et une baisse du modèle de la famille élargie. Ces changements, révélés par une enquête du Haut-commissariat au plan du royaume, soulèvent des questions sur l’avenir de la société marocaine.
Le Maroc est en train de basculer vers un modèle de société plus individualiste, estime Soumaya Naamane Guessous, sociologue et militante féministe interrogée par TV5MONDE. Les mentalités, les pratiques et les valeurs évoluent rapidement. « Il y a quelques décennies à peine, les filles étaient mariées pratiquement à l’adolescence, explique-t-elle. Aujourd’hui, elles ont d’autres rêves, un autre idéal. » Les nouvelles générations contribuent à une transformation rapide de la société. Les jeunes hommes suivent aussi cette tendance, avec un âge moyen de mariage désormais fixé à 27 ans pour les femmes et 31 ans pour les hommes.
« Les rêves ont changé »
« La société est en train de subir des mutations sociales très importantes qui sont dues au fait que les rêves ont changé« , indique la sociologue en précisant que les parents ne veulent plus obligatoirement marier leur fille à 18 ans. Le cadre légal a aussi largement évolué « grâce au militantisme, aux droits de l’Homme et au féminisme« .
L’enquête révèle que près de la moitié des célibataires interrogés ne souhaitent pas se marier. « Il faut prendre ces chiffres avec beaucoup de précaution », nuance Soumaya Naamane Guessous qui souligne que de nombreux jeunes ne sont pas encore prêts pour le mariage en raison de leur scolarité et des conditions économiques, mais n’expriment pas non plus un refus catégorique du mariage. Le contexte économique actuel ne favorise pas les mariages précoces, ce qui explique en partie ce célibat prolongé.
Le taux de fécondité au Maroc est tombé à 1,98 enfant par femme, en dessous du seuil de renouvellement des générations. « Dans les années 60, une femme avait en moyenne sept enfants, contre moins de deux aujourd’hui« , rappelle la sociologue. Cette baisse s’explique par l’activité professionnelle des femmes, leurs responsabilités accrues et une politique de contraception réussie. Le Maroc pourrait ainsi faire face à des défis similaires à ceux des pays européens, avec un vieillissement de la population à l’horizon.
Une prise en charge difficile des aînés
L’État marocain doit se préparer à répondre aux conséquences de ces mutations, notamment en matière de prise en charge des personnes âgées. Près de 60 % des seniors vivent encore chez un de leurs enfants, mais le modèle de la famille nucléaire pourrait rendre cette situation intenable à terme selon l’enquête du Haut-commissariat au plan.
La société marocaine, autrefois très solidaire, évolue vers un modèle où les jeunes préfèrent vivre indépendamment de leur famille élargie. « Avant, le couple était dilué dans la famille, indique Soumaya Naamane Guessous. Aujourd’hui, les jeunes veulent un nouveau modèle de couple, ce qui rend difficile la prise en charge des membres de sa famille« . Cette évolution pourrait entraîner une crise dans la prise en charge des aînés, bien que les parents restent une priorité « sacrée » pour de nombreux Marocains.
SOURCE TV5.ORG

