Sortie du président de la République : DIOMAYE PROCLAME SON INDÉPENDANCE

Deux ans après l’alternance historique de mars 2024, le régime Diomaye-Sonko aligne les indicateurs macroéconomiques positifs, mais peine à convaincre une population en attente de changements concrets. Entre déficit réduit et vie chère persistante, entre filet social élargi et chômage structurel, le fossé entre le discours du Palais et la réalité de la rue s’élargit dangereusement. Analyse.

Par Malick GAYE – Le paradoxe des statisti­ques ? «L’économie n’est pas qu’une question de statistiques.» Cette phrase, prononcée par Bassirou Diomaye Faye lors de son entretien sur Walf, Tfm et Rts, résonne comme un aveu involontaire. C’est précisément ce décalage entre les indicateurs brandis par le régime et la rudesse du quotidien des Sénégalais qui constitue aujourd’hui l’une des lignes de fracture les plus profondes entre le pouvoir et les citoyens. Avec les chiffres comme boucliers.

Depuis son accession au pouvoir, le régime Diomaye-Sonko a fait de la transparence budgétaire et de l’assainissement des finances publiques ses marqueurs identitaires. La réduction du déficit (passé de 12 à 6, 5%), la régularité des salaires dans la Fonction publique ou encore la suppression du Hcct et du Cese -présentée comme une mesure d’économie redistributive- sont autant d’arguments mobilisés pour prouver que le pays est sur la bonne voie.

Ces chiffres sont réels, mais ils ne parlent qu’à une minorité : hauts fonctionnaires, économistes et partenaires techniques. Pour l’écrasante majorité des ménages évoluant dans le secteur informel, qui s’approvisionnent aux marchés Zinc ou Sandaga et scolarisent leurs enfants dans des écoles publiques sous-équipées, ces indicateurs n’ont aucune traduction tangible.

La vie chère : une résistance acharnée
La baisse des prix de certaines denrées de première nécessité, annoncée en fanfare dès 2024, demeure la mesure la plus emblématique du régime. Pourtant, sur le terrain, le constat est nuancé. Si le riz, l’huile et le sucre ont connu des ajustements ponctuels, le coût global de la vie -porté par les loyers, les transports, la santé et la scolarité- continue de grever des budgets familiaux structurellement fragiles.

L’incertitude sur les prix de l’énergie assombrit davantage le tableau. Le Président a lui-même prévenu : si les tensions au Moyen-Orient persistent, «on fera ce que tous les pays font, c’est-à-dire augmenter le prix du carburant». Une annonce sous condition qui suffit à raviver les angoisses : chaque hausse à la pompe se répercute mécaniquement sur les transports et l’ensemble de la chaîne de consommation.

Le filet social : pansement ou solution ?
Face à la pression sociale, le gouvernement prévoit d’intégrer 1, 2 million de Sénégalais dans le filet social d’ici la fin de l’année. Un chiffre impressionnant qui soulève néanmoins des interrogations : quels sont les critères réels de sélection ? Quels montants seront effectivement perçus par les ménages ? Surtout, une politique de transferts sociaux peut-elle pallier l’absence d’une véritable politique de création d’emplois ?

Le filet social est, par nature, curatif. Il atténue la souffrance sans en traiter les causes. Dans un pays où le chômage des jeunes est alarmant et où l’émigration irrégulière continue de faucher des vies malgré les promesses de rupture, la question de fond demeure : quel modèle économique le régime propose-t-il à la génération qui l’a porté au sommet ?

Le Btp, miroir des contradictions
Le ralentissement du secteur du Btp illustre parfaitement les tensions de la méthode Diomaye. En voulant assainir un secteur «gangréné par les surfacturations et les marchés payés sans exécution», le gouvernement a gelé de nombreux chantiers : 300 milliards de prestations pour 269 milliards de remboursements fiscaux, selon les données présidentielles. Si l’intention est louable sur le plan de la gouvernance, le résultat immédiat est socialement violent : des dizaines de milliers de maçons, journaliers et petits fournisseurs se retrouvent sans revenus. C’est l’équation impossible du changement : on ne peut assainir sans douleur, mais cette douleur retombe invariablement sur les plus vulnérables.

L’urgence face au temps long
Le régime Diomaye-Sonko a bénéficié d’un état de grâce porté par une espérance rare. Deux ans plus tard, cette espérance ne s’est pas éteinte, mais elle a commencé à compter les jours. Le chef de l’Etat l’admet : «Comment augmenter le pouvoir d’achat ? C’est notre objectif.» Mais entre la «Vision 2050», l’exploitation des hydrocarbures (Sangomar, Yakaar Teranga) et la renégociation des contrats, le pouvoir s’inscrit dans un temps long. Un luxe que la majorité des Sénégalais, pris à la gorge par le quotidien, n’ont pas. Entre un régime qui planifie l’avenir et un Peuple qui survit au présent, le fossé n’est pas encore une rupture. Mais il est désormais assez profond pour que le pouvoir doive agir d’urgence. Car sans actes visibles et rapides, le régime risque de perdre son capital le plus précieux : la confiance.
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