Les vues de Trump sur l’Arctique pourraient relancer l’élargissement de l’UE, et pas seulement pour l’Ukraine

C’est une toute petite population d’un peu moins de 400.000 habitants sur une grande île isolée, mais elle s’apprête peut-être à s’engager dans un pas de géant géopolitique. Le 29 août prochain, les Islandais seront appelés à se prononcer par référendum: désirent-ils, ou non, la réouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne?

Matthias Bertrand – Source: Financial Times

Membre de l’espace économique européen, l’Islande est déjà membre du marché unique. Elle est aussi membre de l’espace Schengen qui supprime les contrôles aux frontières entre les États membres. Mais si l’adhésion formelle à l’UE semblait sur la bonne voie, avec un statut de candidat accordé en 2010 et une adhésion envisagée pour 2013, celle-ci a finalement été gelée par le gouvernement de l’île, puis le retrait de la candidature est devenu officiel le 12 mars 2015.

Une île qui dépend de la pêche

Le principal obstacle à cette adhésion était purement économique et portait sur les politiques de l’UE en matière de pêche, un domaine capital pour les Islandais dont 40 % des exportations proviennent de la mer, selon le Financial Times. Mais depuis, Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche, et le paysage mondial a changé, en particulier dans l’Arctique.

Les vues du président américain sur le Groenland, qui n’a pas manqué d’évoquer une prise de contrôle par la force de ce territoire danois d’outre-mer, ont été suivies de près par les Islandais. Leur pays est aussi un ancien dominion danois, qui a obtenu l’indépendance après la Seconde Guerre mondiale. Membre fondatrice de l’OTAN en 1949, l’Islande n’a toutefois jamais eu d’armée, malgré sa position stratégique dans l’Atlantique Nord. Elle s’est reposée sur la présence militaire américaine durant toute la guerre froide pour assurer sa protection face à une éventuelle menace soviétique.

Menace russe et protecteur démissionnaire

Un péril venu du Kremlin remis au goût du jour par l’offensive de Poutine en Ukraine, et surtout depuis que les pays nordiques s’inquiètent des mouvements russes autour des infrastructures hauturières stratégiques, comme les câbles sous-marins et les éoliennes. Mais avec le retour de Trump à la Maison-Blanche, Reykjavik ne peut négliger le risque que la protection américaine ne devienne prédatrice, comme au Groenland.

Face à ce double péril russe et américain, l’île nordique regarde donc à nouveau vers le sud-est. La réponse européenne, dans le cadre de l’OTAN, aux menaces de Donald Trump sur le Groenland a été scrutée de près, et l’idée d’une plus grande intégration de l’île à l’UE apparaît comme une garantie de sécurité intéressante. Elle doublerait la protection accordée en théorie par l’OTAN, mais au patronage américain de l’Alliance devenu moins certain, avec celle octroyée par le traité de Lisbonne et la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC) de l’Union.

La question d’une adhésion reste toutefois loin d’être tranchée pour les Islandais. Selon le Financial Times, les derniers sondages indiquent 40 % d’opinions favorables contre 47 % défavorables, ce qui laisse une marge importante de 13 % de sondés indécis ou qui ne se prononcent pas.

Des exceptions et un appeau pour la Norvège

Du côté de l’UE, cet intérêt renouvelé de Reykjavik est toutefois vu comme une opportunité à favoriser. L’UE pourrait accorder à l’Islande une dérogation en matière de politique de pêche afin d’accélérer son processus d’adhésion, a suggéré Bruxelles. Il existe “une marge de manœuvre non négligeable” dans le cadre de la révision par l’UE de sa politique sur l’aquaculture, a assuré auprès du Financial Times le commissaire européen à la pêche, Kostas Kadis: “Nous pouvons trouver des solutions aux enjeux qui posent problème, comme la mise en commun des stocks de poissons. L’Islande et l’Union européenne se rapprochent, compte tenu des récents développements géopolitiques.”

Pêche et référendum

L’enjeu n’a rien d’anecdotique: la politique commune en matière de pêche a aussi entravé l’adhésion de la Norvège en 1994. Des tensions persistantes sur les zones de pêche ont d’ailleurs empoisonné les relations entre différents pays riverains de la mer du Nord tout au long du XXᵉ siècle. Entre les années 1950 et 1970, Londres et Reykjavik se sont livrées aux “guerres de la morue” (“Cod Wars”) au sujet des zones de pêche.

Le Chypriote Kostas Kadis laisse planer au-dessus de la balance une simplification des normes européennes, qui sont d’ailleurs décriées par certains pays de l’Union comme trop complexes et opaques. L’argument pèserait certainement, pour les Islandais. Mais le référendum d’août prochain sera certainement très serré.

SOURCE 7/7.BE

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