Guerre au Moyen-Orient – Crise du multilatéralisme : le général Mbaye Cissé appelle à un sursaut africain

Une nouvelle fois, le WARC – West African Research Center a servi de cadre, hier, mercredi 15 avril, à un panel consacré à la guerre au Moyen-Orient et à ses implications globales, autour du thème : « Origines, enjeux géostratégiques : quelle place pour l’Afrique ? ». Dans un contexte international marqué par des tensions accrues et un affaiblissement du multilatéralisme, les échanges ont mis en lumière les vulnérabilités, mais aussi les marges d’action du continent africain.

Une Afrique menacée de marginalisation accrue

Parmi les intervenants, le général Mbaye Cissé, ancien Chef d’État-major général des Armées (CEMGA), a livré une analyse sans concession des répercussions sécuritaires du conflit sur l’Afrique. Selon lui, la prolongation de la guerre au Moyen-Orient risque d’accentuer la marginalisation stratégique du continent, dans un contexte où l’attention des grandes puissances et de la communauté internationale se détourne progressivement de ses priorités.

Le général a particulièrement insisté sur les menaces qui pèsent sur les opérations de maintien de la paix conduites sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies. Déployées notamment en République démocratique du Congo, au Soudan et en Centrafrique, ces missions pourraient subir de plein fouet les effets combinés du désengagement diplomatique et de la réduction des financements internationaux. « Un retrait ou un affaiblissement de ces dispositifs aurait des conséquences incalculables », a-t-il averti, évoquant un risque humanitaire majeur.

Rivalités géopolitiques et militarisation indirecte

Au-delà de cette fragilisation, l’ancien CEMGA a mis en garde contre une intensification des rivalités géopolitiques sur le continent. Dans un contexte de compétition accrue entre puissances telles que la Chine, la Russie, la France ou encore les États-Unis, l’Afrique pourrait devenir un théâtre d’affrontements indirects, notamment à travers le recours croissant aux sociétés militaires privées. Il a notamment relevé une évolution notable de la présence chinoise, désormais plus affirmée sur le plan militaire, avec des exercices conjoints récents illustrant une capacité de projection inédite.

Risques de contagion sécuritaire

Le risque de contagion sécuritaire a également été souligné. À l’image de la crise libyenne qui avait contribué à déstabiliser le Sahel, le conflit actuel pourrait favoriser la circulation d’armes et de groupes armés vers des zones déjà fragiles, notamment autour du triangle Libye–Tchad–Soudan, avec des répercussions possibles jusqu’au Sahel central.

Quelles solutions pour l’Afrique ?

Face à ces défis, le général Mbaye Cissé a plaidé pour un sursaut stratégique africain. À court terme, il a appelé à préserver les opérations de paix en cours et à renforcer le plaidoyer en faveur de leur financement. Il a également proposé la mise en place d’une coalition internationale contre le terrorisme au Sahel, capable de dépasser les clivages actuels.

À plus long terme, ses recommandations s’articulent autour d’un renforcement de l’autonomie sécuritaire du continent, notamment à travers l’opérationnalisation de l’architecture de paix de l’Union africaine et la perspective d’une capacité militaire propre. Il a enfin invité les États africains à repenser leur place dans un système international en crise, allant jusqu’à évoquer la nécessité de porter un nouveau narratif face aux limites actuelles du multilatéralisme.

La paix comme condition première du développement

« Sans paix, il ne peut y avoir de développement », a-t-il conclu, rappelant l’urgence pour l’Afrique de ne plus subir les chocs extérieurs, mais de s’affirmer comme un acteur stratégique à part entière.

Ousmane GOUDIABY

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