Immersion dans les fermes ANIDA, au cœur d’une révolution silencieuse (Mame Mor Guèye)
Darou Ndoye (Darou Khoudoss), (APS) – Sous le soleil déjà haut des Niayes, les rangées de cultures parfaitement alignées contrastent avec l’image traditionnelle d’une agriculture longtemps soumise aux caprices du climat.
De Montrolland à Mboro, en passant par Darou Ndoye, la tournée entamée mardi par le directeur technique de l’Agence nationale d’insertion et de développement agricole (ANIDA), Mame Mor Guèye, a pris des allures d’immersion au cœur d’une transformation en profondeur du secteur de l’agriculture.
Sur le terrain, se dessine une dynamique nouvelle : celle d’une agriculture familiale qui se structure, se modernise et s’impose progressivement comme un véritable levier de développement économique et social.
Dès les premières étapes, le constat est net : là où dominaient autrefois incertitudes climatiques et faibles rendements, émergent désormais des exploitations structurées, irriguées, diversifiées.
“[Je suis] très impressionné”, confie Mame Mor Guèye, visiblement marqué par la qualité des aménagements et l’engagement des producteurs.
Mais au-delà des performances techniques, c’est une transformation agricole plus profonde qui se dessine : celle des mentalités, des pratiques et des perspectives offertes au monde rural.
Cette dynamique s’inscrit dans une orientation stratégique clairement assumée par la direction générale de l’ANIDA, sous l’impulsion de Sémou Selbé Diouf. L’ambition est de taille : faire basculer l’agriculture familiale d’un modèle de subsistance, vulnérable et peu productif, vers une agriculture entrepreneuriale, compétitive et durable.
Réduire les risques climatiques, optimiser les rendements
Un changement de paradigme qui repose sur des choix structurants, au premier rang desquels la maîtrise de l’eau. Car ici, dans ces terroirs longtemps soumis à un hivernage court et incertain, l’eau est devenue le point d’ancrage de la transformation.
Forages, systèmes d’irrigation et planification culturale permettent désormais d’étaler les productions, d’optimiser les rendements et de réduire considérablement les risques liés aux aléas climatiques.
À cela s’ajoute une diversification des spéculations, pensée non seulement pour répondre aux besoins du marché, mais aussi pour sécuriser les revenus des exploitants.
À Montrolland, l’histoire d’Antoine Mbengue illustre cette transition. Installé depuis près d’une décennie à la tête du GIE Khabaranté, il évoque avec sobriété les changements opérés dans sa vie. Revenus stabilisés, meilleure organisation du travail, projection dans l’avenir : autant d’éléments qui traduisent un basculement vers une activité agricole désormais structurée et porteuse d’espoir. Derrière ses mots, c’est toute une réalité qui se dessine : celle d’une agriculture qui ne se subit plus, mais se construit.
Même dynamique à Mboro, où la ferme pilotée par Samba Anida Diop, en partenariat avec le GIE Ande Souxali Démou Mboro, incarne la pertinence d’un modèle intégré.
Ici, l’aviculture côtoie l’arboriculture dans une logique de complémentarité. Les cycles de production se répondent, les sources de revenus se multiplient, et les opportunités d’insertion pour les jeunes et les femmes se renforcent.
L’exploitation devient alors bien plus qu’un simple espace de production, un véritable écosystème économique et social. Mais c’est à Darou Ndoye, au cœur de la zone des Niayes, que la démonstration atteint son apogée.
Des fermes vecteurs de développement local
Sur une vingtaine d’hectares, le GIE Déggo déploie une agriculture intensive et maîtrisée, capable d’atteindre des rendements impressionnants, jusqu’à 40 tonnes à l’hectare pour la pomme de terre.
Les parcelles de tomate et de poivron, soigneusement entretenues, témoignent d’une adaptation fine aux exigences du marché national. Ici, chaque choix cultural semble guidé par une logique économique assumée, loin des pratiques aléatoires d’antan.
Au fil des échanges, un constat s’impose : ces fermes modernes ne sont pas de simples unités de production. Elles constituent de véritables pôles de développement local irriguant les territoires bien au-delà de leurs périmètres. Elles créent de l’emploi, fixent les jeunes, renforcent le rôle économique des femmes et contribuent à structurer des filières agricoles encore fragiles.
Cette approche intégrée portée par l’ANIDA apparaît ainsi comme une réponse cohérente aux défis structurels du secteur agricole sénégalais.
En réduisant la dépendance à la pluviométrie, en améliorant les rendements et en professionnalisant les acteurs, elle participe activement à la construction d’une souveraineté alimentaire longtemps recherchée.
Derrière cette dynamique, une vision se dessine en filigrane, qui ne se limite pas à la production agricole, mais englobe l’ensemble des chaînes de valeur, de la transformation à la commercialisation, en passant par la formation et l’innovation.
L’introduction d’initiatives inédites telles que des projets de valorisation médiatique de l’agriculture témoigne d’une volonté de redonner au secteur une attractivité nouvelle.
L’enjeu est aussi là : réconcilier les jeunes avec la terre, transformer l’image de l’agriculteur et faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs ruraux.
Dans un contexte marqué par l’exode rural et la pression sur l’emploi urbain, ces fermes apparaissent comme des alternatives crédibles, capables d’offrir des perspectives économiques viables.
Dans les sillons tracés à Montrolland, Mboro et Darou Ndoye, se dessine peut-être l’avenir agricole du Sénégal.
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