Contrat de concession : UN TER À HAUTE TENSION – La rivalité au sommet de l’Etat plombe le renouvellement de la concession du Ter.

Alors que les proches du Pm verraient d’un bon œil une gestion de la Seter confiée à des Sénégalais, le Président souhaite éviter toute aventure à quelques jours de l’ouverture des Joj de Dakar dont le Ter est un élément capital.

Par M.G. – C’est depuis le 15 février que le contrat de concession aurait dû être renouvelé. Deux mois plus tard, le brouillard persiste, malgré la chaleur qui revient à Dakar. Aucune perspective de renégociation du contrat, et le partenaire français, la Sncf, continue d’exploiter le Train express régional (Ter) Dakar-Diamniadio tout en continuant à récla mer à l’Etat la compensation due pour le déficit d’exploitation. Il semblerait que ladite compensation, estimée à 18 milliards l’année, soit maintenant montée jusqu’à 32 milliards.

Mais ce ne serait pas la seule cause des blocages des négociations. Dans les faits, lesdites négociations n’ont pas encore véritablement démarré. Et cela, du fait de grosses divergences au sein de l’Exécutif. Comme Le Quotidien l’avait annoncé le 9 février dernier, l’idée de départ avait été pour l’Etat de lancer un appel d’offres international, dans l’objectif, sinon de changer d’opérateur stratégique, du moins de mettre la Sncf en concurrence avec d’autres partenaires aussi bien outillés pour obtenir des conditions plus avantageuses. Malheu­reuse­ment, cette option n’a jamais pu se concrétiser du fait des atermoiements bureaucratiques côté sénégalais. Cela fait qu’aujourd’hui, en dépit de son utilité incontestable et de son éclatant succès populaire, le Ter est un gouffre financier que l’Etat ne sait pas encore comment combler.

Il faut se rappeler que le contrat initial avait été négocié le 17 janvier 2023, entre la société d’exploitation, la Senter, qui représentait l’Etat du Sénégal, et le concessionnaire, la Sncf française, représenté par sa filiale, la Seter. Ce contrat d’exploitation et de maintenance mettait en place une entreprise au sein de laquelle l’Etat du Sénégal disposait de 34%, tout en disposant, au sein de la Seter, de 3 postes d’administrateurs dont celui du Président du conseil d’administration (Pca), doté des habituels avantages liés à la fonction. Au cours des 3 années d’exercice qui viennent de s’écouler, les actionnaires devaient se partager des dividendes de 120 milliards de Cfa. Ce montant aurait été moins consistant si le régime de Macky Sall n’avait pas imposé une durée de contrat beaucoup plus court, au lieu des 5 années dont voulaient les Français au départ. La partie sénégalaise avait fini par obtenir la réduction de la concession de 5 à 3 années, mais les Français se sont rattrapés en imposant des dividendes qui sont passés de 106, 2 milliards à 120 milliards. Cela, sans compter la compensation du déficit d’exploitation par l’Etat.

Les blocages actuels ont donné des appétits à tous les «experts» aux dents longues. Il semblerait qu’en interne, certains cadres sénégalais de la boîte feraient des démarches auprès des autorités pour que le contrat de la Sncf ne soit pas renouvelé. Ces personnes prétendraient que l’expertise sénégalaise au sein de la Seter serait aujourd’hui en mesure de gérer la Seter autant, sinon mieux que les opérateurs français de la Sncf. Ces personnes auraient trouvé une oreille attentive et complaisante au sein du ministère des Transports dont on sait que le ministre Yankhoba Diémé est un proche du Premier ministre Sonko dont les thèses «souverainistes» sont partout proclamées.

Néanmoins, cette proposition ne rencontrerait pas l’agrément du chef de l’Etat. Le Président Bassirou Diomaye Faye estime qu’à l’approche des Jeux Olympiques de la Jeunesse (Joj Dakar 2026) dont une bonne partie va se tenir à Diamniadio, au Stade Abdoulaye Wade, il serait aventureux de laisser partir des techniciens français auxquels le Ter doit son bon fonctionnement actuel. D’autant plus que ces derniers doivent préparer le prolongement du parcours du chemin de fer jusqu’à l’aéroport de Diass. Les aménagements techniques étant faits, l’exploitation prochaine du tronçon est attendue dans un très proche avenir. Le chef de l’Etat ne voudrait sous aucun prétexte que ce rendez-vous international connaisse des couacs du fait d’un changement impromptu dans la gestion du Ter. Quitte à maintenir le statu quo.

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