Le spectre d’une crise alimentaire: le déblocage du détroit d’Ormuz, un enjeu majeur pour l’Afrique
Le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique du pétrole mondial, est aujourd’hui au cœur d’une crise majeure. Malgré le cessez-le-feu conclu ce mardi 7 avril, les navires ne circulent qu’au compte goutte faisant craindre le spectre d’une crise alimentaire en Afrique.
Par N’daricaling Loppy – TV5
Dans les stations-service comme dans les ports, les premiers signes sont là. La crise se fait sentir et ce malgré la baisse du prix du baril de pétrole de brent, repassé ce jeudi 9 avril en dessous des 100 dollars après l’annonce d’un cessez-le-feu de 15 jours entre l’Iran et les États-Unis. Mais malgré cela, les indicateurs économiques restent dans le rouge pour de nombreux pays africains. Aux premiers jours de la trêve, les navires ne sont que très rares à traverser le détroit d’Ormuz.
En Afrique de l’Est notamment, où l’agriculture est vitale, la dépendance aux importations en provenance du Golfe est critique. Ainsi, jusqu’à 54% des engrais au Soudan viennent de cette zone, 31% en Tanzanie, 30% en Somalie, et cela représente plus d’un quart des importations au Kenya, selon des chiffres rassemblés par CNN. Près d’un tiers du commerce mondial d’engrais, soit environ 16 millions de tonnes, transite habituellement par le détroit d’Ormuz.
Mais depuis le déclenchement de la guerre en Iran, le 28 février dernier, les prix des intrants ont bondi de 30%, l’urée, un produit clé, a connu des hausses allant jusqu’à 43%. Le résultat est donc immédiat sur les parcelles africaines: les agriculteurs paient plus cher, cela les poussent à utiliser moins d’engrais et donc à produire moins. Ces chiffres traduisent une vulnérabilité structurelle, car sans accès rapide à ces intrants, les récoltes sont directement menacées.
L’inquiétude monte dans les campagnes
Au Malawi, la crise prend une dimension très concrète. Dans le pays, l’agriculture représente le pilier de l’économie et fait vivre la majorité de la population mais elle repose sur un accès facile aux engrais. Or, les retards d’acheminement et la flambée des prix bouleversent le calendrier agricole. Certains agriculteurs, faute de moyens, réduisent déjà les quantités utilisées pour produire du maïs, des arachides ou encore du tabac.
Alors, dans les campagnes l’inquiétude monte compte tenu du coût de la vie qui a explosé avec la guerre en Iran. Les tensions au Moyen-Orient coïncident avec la période cruciale des semis dans de nombreux pays africains, qui s’étend de mars à mai, moment où la demande d’engrais est à son maximum.
La crise économique pourrait donc virer en crise alimentaire, car moins d’engrais utilisé aujourd’hui, ce sont des rendements en baisse dans quelques mois et des tensions alimentaires à venir. Il s’agit de l’un des angles morts du conflit au Moyen-Orient et pourtant l’un des plus critiques. De leur côté, les organisations humanitaires ont alerté sur des risques élevés d’insécurité alimentaire en Afrique, le continent étant déjà confronté à une forte baisse de l’aide étrangère.
Le cessez-le-feu annoncé le 7 avril dernier est une source d’espoir pour de nombreux responsables politique mais une “stabilisation du prix du pétrole” n’est pas attendu avant plusieurs mois selon Aliko Dangote, propriétaire de la plus grande raffinerie de pétrole d’Afrique, située au Nigeria et interrogé par nos confrères de CNN.
En plus des pays de l’Est du continent africain, l’Afrique du Sud doit faire face aussi à la crise économique qui découle de la guerre au Moyen-Orient. Pretoria, puissance industrielle majeure, dépend largement des importations de pétrole, qui représentent environ 21% de sa consommation énergétique.
Cette dépense aux importations qui transitent par le détroit d’Ormuz a pour conséquence, une hausse des prix du carburant, et une pression accrue sur les secteurs minier et industriel, ainsi que sur celui du transport des marchandises. Et parce que l’Afrique du Sud joue un rôle clé dans l’économie régionale, l’impact se diffuse à toute l’Afrique australe.
Nous pourrions être au bord de « la première crise majeure de l’ère post-aide, où les besoins sont immenses, mais où la réponse fait cruellement défaut », a indiqué Melaku Yirga à CNN. Certains analystes parlent déjà d’un risque de choc comparable, voire supérieur à celui provoqué par la guerre en Ukraine.

