De maçon à inventeur d’un hélicoptère artisanal : le pari fou et fascinant de Mamadou Sow
Tambacounda, (APS)- À 57 ans, marié et père de sept enfants, Mamadou Sow n’est plus un homme ordinaire à Tambacounda. Maçon de profession et autodidacte, il a réussi à concevoir un hélicoptère capable d’atteindre 200 km/h et de s’élever jusqu’à 40 mètres d’altitude, concrétisant ainsi une fascination née dès l’enfance devant les films.
Dans le quartier périphérique de Gourel Amat, son domicile attire désormais une foule curieuse. On ne s’y rend pas pour observer son travail de maçon, mais pour découvrir, de visu, cet hélicoptère qu’il a fabriqué à partir de matériaux de récupération.
Depuis qu’il a réussi à faire voler et piloter par lui-même cet hélicoptère made in Tamba, voisins, acteurs des médias, créateurs de contenu, curieux anonymes et autorités locales effectuent des allées et venues incessantes dans sa maison abritant son atelier pour saluer cette performance.
Dans ce petit d’espace, M. Sow a réussi à fabriquer et à faire volet cet hélicoptère en métal, fonctionnant grâce à un moteur de six chevaux, de type véhicule R9.
“Depuis tout petit, je m’amusais avec les enfants à faire de petits hélicoptères à base de fil de fer que je faisais fonctionner avec de petites batteries et quand je regardais un film, je m’intéresse particulièrement aux hélicoptères”, explique l’inventeur.
Il ajoute que cette invention lui a pris 4 ans de travail acharné, évoque sa fierté d’avoir réalisé son rêve de gamin en fabriquant un hélicoptère capable de voler jusqu’à 200k/h et à 40 mètres d’altitude.
De teint noir et taille moyenne, le visage plein de sérénité, Mamadou Sow est né en 1969 dans la ville Tambacounda où il a grandi et a appris le métier de maçon.
“À Tambacounda, j’avoue que c’est difficile de trouver le matériel pour fabriquer un hélicoptère parce que l’essentiel du matériel avec lequel j’ai travaillé, je l’ai eu au niveau de la ferraille’’, a-t-il dit, en faisant allusion aux difficultés qu’il rencontre dans les terroirs éloignés de la capitale du pays qui concentre l’écrasante majorité des activités économiques et technologiques.
‘’J’ai moi-même fait l’installation de cet hélicoptère, avec l’aide de mon enfant qui est un soudeur et si le matériel était facile à avoir, j’allais fabriquer un hélicoptère sur la base d’aluminium mais au regard des difficultés, je me suis focalisé sur le métal”, a poursuivi l’inventeur. Comme pour dire qu’il est loin de dévoiler tout son talent. A preuve, il pilote lui-même son hélicoptère, une compétence qu’il a acquise en autodidacte, se définissant comme une personne qui ne cède jamais malgré les difficultés.
L’Etat disposé à accompagner cette initiative locale
“J’ai rencontré beaucoup difficultés, j’ai même eu un accident de travail qui m’a empêché de poursuivre le projet pendant six mois mais je n’ai jamais abandonné”, a encore fait valoir Mamadou Sow.
Son rêve ne se limite pas à fabriquer un seul hélicoptère pour décorer sa maison, il compte approfondir sa connaissance, créer son entreprise et transmettre son savoir aux plus jeunes.
“Je veux que l’État m’aide dans l’encadrement et le financement pour que je puisse mettre en place une structure “, a-t-il plaidé.
‘’J’ai besoin aussi de renforcer mes compétences pour connaître davantage la matière, je pense que si l’Etat soutient mon rêve, ensemble nous pourrons fabriquer des hélicoptères au niveau local capables de répondre à nos besoins”, a-t-il affirmé.
En déplacement dans la région de Tambacounda, le directeur général de l’Agence de développement et d’encadrement des petites et moyennes entreprises (ADEPME) Alpha Thiam, s’est rendu à Gourel Amat pour visiter et saluer l’initiative de Mamadou Sow.
Sur place, Alpha Thiam a promis d’accompagner l’inventeur local vers la formalisation et la structuration de son projet.
“Ici, à Tambacounda, on a été surpris d’entendre et voir qu’il y a un génie en la personne de Mamadou Sow qui a créé un hélicoptère, on est venu au nom de l’Etat pour voir cet hélicoptère Made in Sénégal dont nous sommes des promoteurs”, a indiqué l’officiel, par ailleurs originaire de la zone.
Le directeur général de l’ADEPME a également promis de le doter d’équipements et d’un cadre de travail plus adéquat et adapté, à la hauteur de son talent inné.
“Nous allons l’accompagner à mettre en place sa propre société, nous allons l’accompagner aussi à développer ses compétences, donc il faut l’envoyer en benchmark pour se mettre à niveau car il a le génie, donc si on l’accompagne, il peut faire mieux”, a-t-il insisté.
Alpha Thiam a notamment présenté cette initiative comme une solution pouvant contribuer au désenclavement de la région Tambacounda, à travers sa mise à l’échelle avec un parc industriel plus approprié.
ABD/SMD/HK

