Chine-Afrique: Moscou tourné vers l’Ukraine, Pékin gagne du terrain en matière de coopération militaire
La guerre en Ukraine rebat les cartes du commerce mondial des armes. Avec le recul des exportations russes – qui ont chuté de 64 % entre 2016-2020 et 2021-2025 selon le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri) –, de nouveaux acteurs gagnent du terrain, à commencer par la Chine, qui renforce sa présence en Afrique.
De Clea Broadhurst correspondante RFI à Pékin,
La guerre en Ukraine mobilise une grande partie de l’industrie militaire russe, désormais tournée vers le front. Résultat : Moscou a moins de capacités pour honorer ses contrats à l’export, ce qui fragilise sa position sur plusieurs marchés. Ce recul ouvre un espace pour d’autres fournisseurs. Et la Chine apparaît bien placée pour en profiter.
Pékin s’est déjà imposé comme un acteur important en Afrique subsaharienne, où il représente environ 19 % des importations d’armes. Ses équipements – souvent moins chers et plus faciles à financer – séduisent des armées confrontées à des conflits internes ou à des groupes jihadistes, dans des contextes où les besoins sont immédiats et les budgets limités.
Financements souples et coopération militaire dense
Mais l’atout chinois ne se limite pas aux prix. « La Chine ne pose pas beaucoup de questions sur l’usage des armes », souligne Siemon Wezeman, chercheur au sein du programme sur les transferts d’armes du Sipri. « Contrairement aux pays occidentaux, où gouvernements et opinions publiques peuvent s’interroger – notamment face à des régimes autoritaires –, Pékin considère que cela relève des affaires internes, vous faites ce que vous voulez ». Un positionnement qui rend l’offre chinoise particulièrement attractive pour certains régimes isolés ou contestés.
Autre spécificité : la Chine ne vend pas seulement des armes. « Pékin propose souvent des packages complets, combinant sécurité, infrastructures et investissements économiques », explique le chercheur. Une approche globale qui s’inscrit dans une stratégie d’influence à long terme, notamment dans des régions riches en ressources naturelles.
Liens politiques renforcés
Ces ventes s’inscrivent aussi dans une stratégie plus large : la Chine propose souvent des partenariats mêlant sécurité, infrastructures et accès aux ressources, dans une logique d’influence à long terme. « La Chine voit dans ces marchés un double intérêt : des débouchés pour ses produits, mais aussi un accès à des ressources clés, du pétrole aux matières premières agricoles. Une logique que l’on observe notamment en Afrique, où Pékin s’impose dans l’aide militaire », explique le chercheur.
Dans certains cas, ces équipements contribuent aussi à consolider le pouvoir en place. « Ce que la Chine fournit peut aider certains gouvernements à se maintenir », note encore Siemon Wezeman, renforçant ainsi les liens politiques entre Pékin et ses partenaires.
Mais cette montée en puissance n’est pas sans risques. Dans des environnements déjà instables, certaines armes peuvent circuler au-delà des circuits officiels. Elles sont parfois capturées, revendues ou détournées, et se retrouvent entre les mains de groupes armés.
Un phénomène que la Chine ne contrôle pas toujours totalement, même si elle insiste officiellement sur le respect des règles internationales. Sur le terrain, ces transferts contribuent néanmoins à alimenter des conflits déjà difficiles à contenir.

