Municipales 2026: cinq enjeux incontournables à l’approche du second tour

L’écrasante majorité des communes françaises ont déjà élu leur édile, mais la bataille reste acharnée dans les dernières villes qui ouvriront leurs bureaux de vote le 22 mars. Régies par différentes logiques locales, ces courses aux mairies présentent plusieurs enjeux à surveiller.

Par : Jean-Baptiste Breen – SOURCE RFI

Seules 6 % des communes françaises n’ont pas élu leur maire dès le premier tour. Marqué par des enjeux locaux spécifiques, le millier de villes qui verront leurs habitants se déplacer aux bureaux de vote une seconde fois le 22 mars, mérite une attention particulière dans la dernière ligne droite des municipales.

Alors que plusieurs villes peuvent tomber dans l’escarcelle du Rassemblement national, la majorité présidentielle peine toujours à tisser un maillage local fort tandis que certains bastions de la droite et de la gauche pourraient virer de bord. Exclue des accords nationaux d’une partie de la gauche au premier tour, lLFI (La France insoumise) se place désormais en faiseuse de roi, prêtant main-forte aux listes socialistes ou écologistes disposées à faire alliance.

Ces villes qui peuvent basculer dans l’escarcelle du RN

Ancrée à gauche pendant la seconde moitié du XXe siècle par l’hégémonie municipale de Gaston Deferre, Marseille bascule à droite en 1995 pendant 25 ans sous Jean-Claude Gaudin. Repassée à gauche en 2020 avec l’élection de l’écologiste Michèle Rubirola, remplacée quelques mois plus tard par le maire actuel – et candidat à sa succession – Benoît Payan, la cité phocéenne pourrait pour la première fois tomber aux mains de l’extrême droite. Le socialiste, arrivé certes en première position le 15 mars avec 36,7 % des voix, est talonné par le candidat du Rassemblement national Franck Allisio (35,02 %).

Source : ministère de l’Intérieur (résultats)
Source : ministère de l’Intérieur (résultats) © Alexandre Neracoulis / Studio graphique FMM

Benoît Payan a pourtant refusé systématiquement d’accepter la main tendue par le candidat LFI, Sébastien Delogu (11,94 %), tenant le cap annoncé avant le premier tour par Olivier Faure. Le débuté insoumis a finalement retiré sa liste sans se priver de fustiger les « paris inconséquents de Benoît Payan ». La gauche pourrait ainsi éviter une fragmentation trop importante de ses forces à l’approche d’une triangulaire entre les socialistes, le parti à la flamme et la candidate divers droite Martine Vassal, forte de 12,41 % des voix malgré un slogan de campagne aux allures pétainistes.

Dans le Var voisin, une autre grande ville portuaire du littoral méditerranéen – marqué par un vote particulièrement favorable au Rassemblement national – pourrait élire une édile d’extrême droite. À Toulon, la députée RN Laure Lavalette a survolé le premier tour, ayant récolté 42,05 % des voix. Propulsée à la tête du conseil municipal en 2023 après la condamnation d’Hubert Falco, la maire actuelle de la ville Josée Massi (divers droite) est loin derrière avec 29,54 %.

Arrivé en troisième position avec 15,71 %, le candidat les Républicains Michel Bonnus a annoncé son retrait de la course, au profit de la maire sortante, pour faire front contre le Rassemblement national. Le 17 mars, Josée Massi a appelé les Toulonnais au « rassemblement » face à la menace de l’extrême droite tout en qualifiant de « désastre » le mandat de Jean-Marie Le Chevallier, maire du Front national de Toulon entre 1995 et 2001.

Plusieurs autres municipalités, principalement du sud, ont porté des candidats d’extrême droite au second tour. À Nice, le duel Estrosi-Ciotti n’en finit pas de faire des étincelles. Le candidat d’extrême droite UDR devance de près de 13 points le maire sortant avec 43,43 % contre 30,92 %. L’écologiste Juliette Chesnel-Le Roux, créditée de 11,93 % de suffrages exprimés au premier tour, n’a conclu aucune alliance et a choisi de se maintenir dans le climat hyper-médiatisé d’une campagne niçoise qui occulte d’autres courses municipales comme à Nîmes ou à Montauban, où le RN et l’Union de la gauche sont au coude à coude.

Villes où les macronistes peuvent sauver la face

Le spectre de la débâcle de 2020 de La République en marche – devenue Renaissance – aux municipales plane toujours sur le parti présidentiel. Après le premier tour, la formation revendique quelque 130 villes conquises dès le 14 mars. La plupart d’entre elles seraient toutefois des petites ou moyennes villes, souvent avec une ou deux listes seulement, soulignent Libération et Radio France.

Dans les plus grandes villes, la macronie se range bien souvent derrière d’autres partis de droite ou du centre, comme à Marseille où elle a soutenu Martine Vassal. Rares sont les villes qui comptent des fidèles du gouvernement en lice au second tour. Quand c’est le cas, ces candidatures se font sous les étendards unis de Renaissance, du Modem et de Horizons.

À Annecy, Antoine Armand, député du groupe présidentiel Ensemble pour la République, est arrivé en tête au premier tour avec 34,78 %. Une avance confortable sur les trois autres qualifiés : le candidat de l’Union de la gauche Alexandre Mulatier-Gachet (24,7 %), le multiple champion du monde de canoë-kayak et représentant Divers droite Jean-Luc Rigaut (21,29 %) et la tête de liste du Rassemblement national Guillaume Roit-Levêque (13,65 %). Si le macroniste et le candidat Divers droite ont échoué à faire alliance, Antoine Armand semble tout de même en bonne voie pour prendre la mairie, tenue jusqu’alors par l’écologiste François Astorg.

Source : ministère de l’Intérieur (résultats)
Source : ministère de l’Intérieur (résultats) © Alexandre Neracoulis / Studio graphique FMM

Rien n’est moins sûr à Bordeaux, où Thomas Cazenave, directeur adjoint du cabinet d’Emmanuel Macron quand celui-ci était ministre de l’Économie, est à la traîne et sans alliés face au maire sortant Pierre Hurmic (27,68 %). Le candidat Renaissance accuse un retard de plus de deux points, avec 25,58 %. Un écart faible, en somme, mais qu’il devra combler sans alliance directe avec le candidat Divers centre, Philippe Dessertine, qui s’est toutefois désisté malgré un score de 20,2 % au premier tour.

Ces bastions qui pourraient tomber

Place forte de la droite pendant plus de 70 ans sous les mandats successifs de Jacques Chaban-Delmas et d’Alain Juppé, Bordeaux avait fini par tomber aux mains des Verts en 2020. Cette année, d’autres grandes villes pourraient basculer, à commencer par la capitale.

Lors de son entrée dans le nouveau millénaire, Paris a élu le socialiste Bertrand Delanoé et n’a pas vacillé depuis. Pour la première fois en 25 ans, la mairie pourrait repasser aux mains de la droite, sous la direction de Rachida Dati. La candidate LR n’a jamais caché ses ambitions de diriger la Ville Lumière. En poste depuis 2014, la maire sortante, Anne Hidalgo, n’a pas souhaité briguer un troisième mandat et a laissé son bras droit, Emmanuel Grégoire, le soin de le faire. Arrivé en première position au premier tour, avec 37,98 % des voix, le socialiste s’assure une avance confortable sur son opposante de droite (25,46 %).

Source : ministère de l’Intérieur (résultats)
Source : ministère de l’Intérieur (résultats) © Alexandre Neracoulis / Studio graphique FMM

Alors qu’une quinquangulaire s’annonçait, le candidat Horizons, Pierre-Yves Bournazel (11,34 %) a choisi l’alliance avec Rachida Dati – sans pour autant que le report de voix soit assuré. Sarah Knafo (10,4 %), la candidate du parti d’extrême droite Reconquête, fondé par Éric Zemmour, a décidé de se retirer de la course, après le refus de l’ancienne ministre de la Culture de conclure un accord électoral avec elle. Seule reste l’insoumise Sophia Chikirou face à Rachida Dati et Emmanuel Grégoire dans cette triangulaire qui s’annonce pour décider, le 22 mars, du prochain édile de Paris.

Situation similaire à Nantes, où la mairie socialiste de Johanna Roland, héritée de l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, est convoitée par Foulques Chombart de Lauwe, soutenu par Les Républicains ainsi que le camp macroniste. Le candidat Divers droite a obtenu 33,77 % au premier tour et talonne Johanna Roland et ses 35,24 %. La socialiste a pour cette raison été contrainte d’accepter l’alliance avec l’insoumis William Aucant, qui a obtenu 11,20 % des voix.

Même alliance à Toulouse, à des fins différentes. Ville dirigée par la droite depuis l’élection de Pierre Baudis en 1971, succédé par son fils, Dominique Baudis, douze ans plus tard, lui-même remplacé par Jean-Luc Moudenc, la Ville rose n’avait connu qu’une courte parenthèse écologiste en 2008 avec Pierre Cohen. Si Jean-Luc Moudenc avait retrouvé sa mairie aux élections de 2014, le voilà aujourd’hui mis en difficulté, malgré ces 37,23 % au premier tour, par une alliance Socialistes-Insoumis. Et pour cause, l’opposant socialiste, François Briançon, arrivé en troisième position avec 25 % a rapidement accepté la main tendue par le candidat de La France insoumise, François Piquemal (27,56 %).

Alliances à contre-cœur

Malgré le refus d’une alliance au second tour entre les listes de l’Union de la gauche et celles de LFI, la situation à Nantes ou à Toulouse se retrouve dans de nombreuses villes françaises. N’en déplaise à Raphaël Glucksmann (Place publique) ou au chef du PS Olivier Faure. Mises en difficulté au premier tour, plusieurs alliances de la gauche – hors LFI – dans près d’une dizaine de villes, ont fusionné avec les formations insoumises locales.

Source : ministère de l’Intérieur (résultats)
Source : ministère de l’Intérieur (résultats) © Alexandre Neracoulis / Studio graphique FMM

Le 16 mars, « la gauche unie pour Brest » de François Cuillandre et « Brest insoumise » de Cécile Beaudouin ont annoncé une alliance. Le socialiste, maire sortant, brigue un cinquième mandat et rejetait, initialement, toute alliance avec la France insoumise. Arrivé deuxième le 15 mars, avec 23,8 %, derrière le candidat de la droite Stéphane Roudaut (30,24 %), il a finalement dû céder à l’accord tant redouté. S’annonce alors une triangulaire avec Yves Pages, candidat du Rassemblement national (11,12 %), avec qui Stéphane Roudaut a refusé de fusionner sa liste.

À Clermont-Ferrand, ville de gauche depuis les années 1940, le maire socialiste sortant Olivier Bianchi (29,99 %) a, comme son homologue brestois, fini derrière une liste de droite au premier tour. Face aux 33,93 % de Julien Bony (LR), une « fusion technique » a été actée entre Olivier Bianchi et l’Insoumise Marianne Maximi, arrivée troisième avec 17,01 %. De son côté, le candidat Rassemblement national, Antoine Darbois (11,29 %), dénonce le « refus méprisant » du candidat de droite qui s’est « tiré une balle dans le pied » en refusant de s’allier avec le parti à la flamme.

D’autres villes, comme Limoges, Avignon ou Poitiers, ont également vu les listes de l’Union de la gauche fusionner avec la France insoumise.

La marée verte de 2020 recule

Dans certains cas, ces alliances locales permettent aux écologistes, portés par la vague verte de 2020, de se maintenir en tête à l’approche du second tour. À Tours, le maire EELV sortant, Emmanuel Denis est arrivé en tête avec 34,04 % des voix, avant même d’annoncer son accord avec Marie Quinton, de La France insoumise. Forte de 11,46 %, l’Insoumise renforce grandement les chances de victoire d’Emmanuel Denis dans la triangulaire qui l’opposera à son prédécesseur Christophe Bouchet (DVD) et à Aleksandar Nikolic du Rassemblement national. Le candidat de la droite avait immédiatement refusé toute alliance avec l’extrême droite.

Le duel est plus serré à Lyon, où le maire écologiste Grégory Doucet se retrouve au coude à coude avec le célèbre ancien dirigeant de l’Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas (DVC). La liste de l’Union de la gauche a recueilli 37,36 % des voix, contre 36,78 % pour le candidat du centre. L’alliance scellée par le maire sortant avec Anaïs Belouassa-Cherifi (10,41 %) de la France insoumise pourrait s’avérer décisive pour permettre aux Verts de conserver la mairie lyonnaise.

À Strasbourg également, la bataille du second tour s’annonce ardue. La maire sortante Jeanne Barseghian a terminé troisième lors du premier scrutin, accumulant moins de 20 % des voix. Elle fait face à Catherine Trautmann, candidate socialiste, arrivée en tête avec 25,93 %, suivie de la liste Divers droite portée par Jean-Philippe Vetter (24,23 %). En bien mauvaise posture, l’écologiste a choisi de se rapprocher du candidat LFI Florian Kobryn (12,03 %), sans être pour autant assurée que cela soit assez pour conserver sa mairie.

D’autant que Catherine Trautmann a créé la surprise, en formant une alliance avec Pierre Jakubowicz, candidat Horizons à tout juste 5 % au premier tour. Si l’accord renforce la position de cette Strasbourgeoise de naissance, il lui a valu de vives critiques de son camp. « Cet accord à Strasbourg place ceux qui l’ont conclu en dehors du Parti socialiste », s’est fendu Olivier Faure.

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