Fiscalité en Afrique de l’ouest : vers une reconquête de l’autonomie financière des États

À Dakar, la fiscalité s’impose désormais comme un instrument central de souveraineté économique. Le lancement de la 12ᵉ Conférence internationale de l’Union des ordres fiscaux de l’Afrique de l’Ouest (UDOFAO), acté mercredi lors d’une conférence de presse, a réuni administrations, experts et partenaires internationaux autour d’un même constat. Les États ouest-africains doivent reprendre le contrôle de leurs ressources à travers l’impôt.

Prévue les 25 et 26 mars à Saly, cette rencontre, organisée par l’Ordre National des Experts du Sénégal (ONES). Elle portera sur le thème : « Fiscalité et souveraineté économique en Afrique de l’Ouest : harmoniser l’autonomie fiscale pour une croissance inclusive ». L’ambition affichée consiste à repenser les systèmes fiscaux de la sous-région pour réduire la dépendance aux financements extérieurs.

Les autorités sénégalaises ont illustré cet enjeu par des chiffres significatifs. En 2025, près de 3 000 milliards de FCFA ont été mobilisés par l’administration fiscale, soit plus de 60 % des recettes de l’État. Une performance que les pouvoirs publics entendent consolider grâce à la digitalisation, à l’élargissement de l’assiette fiscale et à une transparence accrue.

Une autre orientation concerne la valorisation du foncier, surtout dans les grandes zones urbaines en pleine expansion comme Dakar. En parallèle, le Sénégal s’inspire de certains modèles efficaces de pays anglophones notamment le Nigeria et le Ghana, en particulier dans les mécanismes de recouvrement.

Une fiscalité au cœur des choix politiques

Au-delà des aspects techniques, les discussions mettent en évidence une réalité. La fiscalité est aussi un instrument politique. Pour Djibril Badiane, représentant de l’International Budget Partnership (IBP), il s’agit de construire des systèmes fiscaux plus équitables, capables de répondre aux besoins des populations les plus vulnérables. Partenaire de l’ONES depuis 2023, l’IBP a contribué au renforcement du dialogue entre acteurs publics, privés et société civile, tout en accompagnant des initiatives telles que la publication d’un Code général des impôts commenté.

Par ailleurs, les réformes liées à la fiscalité du numérique et à la gestion des ressources extractives figurent parmi les priorités pour moderniser les administrations et accroître les recettes.

 L’inclusion,  une dimension désormais prise en compte

Cette édition marque aussi une évolution avec l’intégration de la dimension genre dans les politiques fiscales. Une journée dédiée aux femmes fiscalistes d’Afrique de l’Ouest se tiendra en amont, le 24 mars à Saly, sous l’égide de SWIT West Africa. Elle a pour objectif de promouvoir une gouvernance fiscale plus inclusive, en intégrant des perspectives encore largement absentes des politiques budgétaires.

Vers une vision fiscale africaine

Pour Dr Mouhamed Diéye, président de la section fiscale de l’ONES, cette conférence dépasse le cadre technique. Elle offre une occasion de structurer une coopération régionale durable et de poser les bases d’une doctrine fiscale africaine, adaptée aux réalités du continent.

Dans un contexte marqué par la raréfaction des financements internationaux et la remise en question des modèles de développement, un constat s’impose. La maîtrise de l’impôt devient un enjeu déterminant pour les États ouest-africains, bien au-delà d’une simple exigence administrative.

JEAN-PIERRE MALOU

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