Troubles de l’autisme : Autopsie d’une maladie contraignante à l’école

Si le cadre juridique sénégalais consacre le droit à l’éducation pour tous, la scolarisation des enfants vivant avec une déficience intellectuelle, notamment ceux qui sont atteints de troubles autistiques, reste un défi majeur. Entre initiatives envisagées par le ministère et les réalités du terrain, l’inclusion scolaire en faveur de ces derniers reste encore un casse-tête.

Les enfants autistes, porteurs de trisomie 21 ou vivant avec des déficiences intellectuelles, ont besoin d’un accompagnement spécifique et précoce pour favoriser leur autonomie notamment à l’école.

Au Sénégal, l’accès à l’éducation pour les personnes en situation de handicap est encadré par la Loi n° 2010-15 du 6 juillet 2010 portant Loi d’orientation sociale relative à la promotion et à la protection des droits des personnes handicapées. Ce texte fondateur consacre le principe d’égalité des chances et impose à l’État de garantir l’accès aux services sociaux de base, notamment l’éducation.

Le Sénégal a également ratifié les conventions internationales relatives aux droits des personnes handicapées, renforçant ainsi son engagement en faveur d’une école inclusive. Cependant, plusieurs députés ont interpellé le gouvernement lors de l’examen de budget du ministère de l’Éducation nationale sur le faible taux de scolarisation des enfants présentant une déficience intellectuelle, une trisomie 21 ou un trouble du spectre autistique. Ils relèvent l’absence de statistiques consolidées permettant d’évaluer précisément le nombre d’enfants concernés et de planifier efficacement les politiques publiques. Les organisations de la société civile pointent, elles aussi, un écart entre l’arsenal juridique et la réalité du terrain.

BESOIN DE SUPPORTS ADAPTES

Face à ces préoccupations, le ministère de l’Éducation nationale met en avant plusieurs orientations stratégiques. Parmi les initiatives envisagées figurent le renforcement des classes inclusives dans certaines écoles publiques, l’intégration de modules dédiés à l’éducation inclusive dans la formation initiale et continue des enseignants, ainsi qu’une collaboration accrue avec le ministère de la Santé et de l’Action sociale pour favoriser le dépistage précoce des troubles neuro-développementaux. Des réflexions sont également engagées sur l’adaptation des supports pédagogiques et l’utilisation d’outils numériques afin de proposer des contenus plus accessibles aux élèves ayant des besoins spécifiques. L’objectif affiché est de passer progressivement d’une approche ponctuelle à une intégration systémique de l’inclusion dans la planification scolaire.

Malgré ces perspectives, les contraintes structurelles demeurent importantes. On peut citer, notamment, le manque d’enseignants spécialisés, de psychologues scolaires et d’éducateurs formés aux troubles du spectre autistique ou à la déficience intellectuelle. Dans de nombreuses écoles publiques, les effectifs élevés compliquent tout accompagnement individualisé. Les infrastructures ne sont pas toujours adaptées et le matériel pédagogique spécifique reste insuffisant. L’absence d’un financement clairement identifié pour l’éducation inclusive limite aussi la portée des mesures annoncées. Certains élus plaident pour la création d’un fonds dédié afin d’assurer la pérennité des dispositifs d’accompagnement. Autre défi majeur, celui de la disparité territoriale. L’offre de prise en charge reste concentrée dans la capitale et quelques grandes villes. Dans les zones rurales, les familles se retrouvent souvent sans solution adaptée. Faute de structures publiques suffisantes, beaucoup se tournent vers des centres privés spécialisés, dont les coûts demeurent inaccessibles pour une large partie de la population. Cette situation crée une double inégalité, sociale et géographique. Si la Loi n° 2010-15 du 6 juillet 2010 a posé un cadre clair à ce sujet, la mise en oeuvre exige désormais des moyens renforcés, une meilleure coordination intersectorielle et une planification territoriale équilibrée. Autant de défis à relever de la part du ministère. Pour Moustapha Diouck, conseiller technique au ministère de l’Éducation nationale, le département est engagé dans une dynamique nouvelle, avec un suivi rapproché sur toutes les initiatives liées au handicap. Il affirme que « celui-ci fait de très grands pas pour une éducation inclusive et spéciale effective et de qualité », insistant sur la volonté affichée de généraliser progressivement les structures dans toutes les circonscriptions du pays. Une évolution majeure se profile sur le plan budgétaire. « Dans les prochaines années, une ligne dédiée à la gestion du handicap sera intégrée dans la nomenclature budgétaire du ministère de l’Éducation nationale afin de concrétiser les orientations politiques », annonce-t-il. Mais le conseiller technique reconnaît que la question reste complexe. L’un des obstacles majeurs demeure le phénomène des enfants cachés qui faussent largement les données statistiques.

LA DETRESSE DES MERES

« Une réalité sociale qui rend difficile l’évaluation des besoins et complique la planification des réponses adaptées », a indiqué M. Diouck. Pour y remédier, la mise en place d’un service exclusivement dédié à la gestion du handicap au sein du ministère est envisagée. Cette structure permettra, selon lui, de « recenser globalement les types de handicap, analyser les informations, les classer afin de pouvoir satisfaire les besoins en tenant compte des réalités locales et des types d’offres ». L’objectif est clair : disposer de données fiables pour une prise de décision éclairée.

Au-delà de l’école, il met en lumière la détresse silencieuse des familles, en particulier des mères. « Prendre en charge des enfants handicapés et surtout ceux de la santé mentale soulagerait les mamans qui n’ont plus de vie », confie M. Diouck. Il évoque ces femmes souvent isolées, confrontées à la monoparentalité après l’abandon du foyer par certains conjoints, vivant sans soutien social, psychologique ou financier. « Ces mamans méritent de s’épanouir, de se reposer, de dormir à fond », insiste-t-il, plaidant pour des structures adaptées capables de prendre le relais au moins pendant la journée. À court et moyen terme, plusieurs engagements structurants sont annoncés. Selon notre interlocuteur, « la politique d’éducation inclusive et spéciale constitue désormais un cadre de référence ». « Les modules harmonisés intégrés dans la formation initiale et continue des enseignants doivent favoriser une montée en compétences généralisée », a-t-il indiqué, soulignant que « le projet de construction d’un centre d’accueil spécialisé dans chaque pôle territoire, puis dans chaque académie, vise à corriger les déséquilibres territoriaux ».

Il estime qu’avec ces mesures, « il y a lieu d’espérer des jours meilleurs sur le plan éducatif ». Mais, dit-il, « la réussite de ces initiatives dépendra d’un engagement politique concret et transversal ». Moustapha Diouck réaffirme l’engagement du ministre de l’Éducation nationale à inscrire durablement la question du handicap dans la refondation des curricula, la réhabilitation des infrastructures et l’application effective des droits. « L’ambition affichée est de bâtir un système où l’équité ne soit plus un principe proclamé, mais une réalité vécue par chaque enfant », a-t-il indiqué, insistant que beaucoup de parents n’ont ni les moyens financiers ni les outils pour assurer les soins, le suivi psychiatrique ou l’éducation de ces enfants.

Daouda DIOUF
LESOLEIL

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