Onu – Candidat à la succession de Guterres grâce au Burundi : Macky enjambe l’obstacle de Dakar

L’ancien Président sénégalais brigue officiellement le poste de Secrétaire général des Nations unies. Faute de soutien de la part de Dakar, qui tergiverse à cause des courants contradictoires au sein de l’Exécutif, Macky Sall a vu Bujumbura porter sa candidature. Ce parrainage rappelle le rendez-vous manqué du dernier sommet de l’Union africaine lors duquel cette candidature devait être débattue, mais le flou autour de la position de Dakar avait provoqué le report du débat sur celle-ci qui aurait pu avoir un consensus continental.

Par B. SAKHO – Le suspense a pris fin ce lundi dans les couloirs du siège des Nations unies. Neice Collins, la porte-parole de l’Assemblée générale de l’Onu, a confirmé la réception d’une nouvelle candidature pour succéder à Antonio Guterres au 1er janvier 2027 : celle de Macky Sall, Président du Sénégal de 2012 à 2024. «La présidente de l’Assemblée générale a reçu une nouvelle nomination. Il s’agit de Macky Sall, ancien Président du Sénégal. Il a été nommé par la République du Burundi qui a présenté les documents ce matin (hier)», note-t-elle. Le fait est rare pour être souligné : ce n’est pas le Sénégal, mais la République du Burundi qui a déposé le dossier de Sall. On comprend maintenant les dessous de la visite de Sall à Bujumbura le 25 février où il lui a été déroulé le tapis rouge par les autorités burundaises dont le Président est à la tête de l’Union africaine.

Un parrainage burundais sur fond de divorce avec Dakar ? Bien sûr ! Ce choix stratégique s’explique par le climat de tension entre l’ancien chef d’Etat et les nouvelles autorités sénégalaises. Cette rupture de confiance et les pressions sur l’Exécutif expliquent pourquoi le Sénégal n’a pas soutenu son ancien dirigeant. Or, Macky Sall avait insisté sur le parrainage de Dakar avant de se lancer dans la bataille, mais il a sans doute compris que le soutien ne viendra jamais, même s’il n’est pas nécessaire pour valider sa candidature. Chaque candidat potentiel doit être présenté officiellement par un Etat ou un groupe d’Etats, mais pas forcément son pays d’origine. Il faut savoir que l’Onu a envoyé en novembre une lettre aux Etats membres pour qu’ils proposent des candidats au poste de Secrétaire général. Cette candidature intervient alors que la question du soutien continental africain reste en suspens. Lors du dernier sommet de l’Union africaine (Ua) à la mi-février, le sujet devait initialement être mis sur la table pour dégager un consensus autour d’une figure africaine. Cependant, le Sénégal avait alors fait «faux bond», refusant d’endosser la candidature de Macky Sall devant ses pairs.

Le tandem au pouvoir à Dakar s’est organisé pour que la question d’une éventuelle candidature de l’ancien Prési­dent sénégalais ne soit pas débattue. Cela a commencé par l’absence de Bassirou Diomaye Faye à ce sommet. Cette absence de Diomaye a fait que lorsque des dirigeants africains ont posé la question sur la table, Ousmane Sonko a pu se défausser en toute élégance. Le Premier ministre a ainsi déclaré aux dirigeants présents lors de la rencontre à huis clos, qu’il n’avait pas reçu d’instructions du chef de l’Etat Bassirou Diomaye pour se prononcer dans un sens ou dans un autre sur cette question de candidature. Par la force des choses, les dirigeants présents ont été contraints de décider de renvoyer la question à une rencontre des chefs d’Etat et de gouvernement par visio-conférence.
Interrogé par certains chefs d’Etat présents à Addis Abeba, l’ancien Président du Sénégal leur a donné la garantie qu’il avait touché son successeur sur la question, et lui a écrit une lettre, que Bassirou Diomaye Faye a reçue le 9 février dernier. Dans cette correspondance, Macky Sall indiquait à son successeur qu’il a été encouragé par certains dirigeants de pays amis à travers le monde, ainsi que par des leaders d’organisations internationales, de présenter sa candidature à la succession de M. Antonio Guterres au poste de Secrétaire général des Nations unies. Il sollicitait donc le soutien de son pays et de son Président à cette candidature. Tout cela n’a plus aucune importance désormais. En s’appuyant sur le Burundi, qui assure actuellement la présidence de l’Ua, l’ex-Président sénégalais réussit à contourner l’obstacle national pour se donner une stature continentale. «Son combat a toujours été de porter la voix de l’Afrique dans les instances internationales», glisse-t-on dans son entourage.

Une course d’obstacles diplomatiques

Le prochain patron des Nations unies commencera son mandat le 1er janvier 2027. Macky Sall rejoint une liste de prétendants déjà sérieuse : Michelle Bachelet (Ancienne présidente du Chili) ; Rafael Grossi (Patron de l’Aiea) et Rebeca Grynspan (Costa Rica). Le chemin vers le 38e étage de la tour de verre reste pourtant semé d’embûches. Tradition­nellement, le poste est réclamé par l’Amérique latine pour cette rotation, et une forte pression s’exerce pour qu’une femme soit enfin nommée. Surtout, le candidat devra obtenir l’aval des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni) dont le droit de veto décidera, d’ici juillet, du sort final de l’ancien Président sénégalais.

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