Colombie: Gaitana IA, l’intelligence artificielle « environnementaliste » candidate aux élections législatives
Une intelligence artificielle figure parmi la liste des candidats aux élections législatives colombiennes qui se tiendront le 8 mars prochain. Elle s’appelle Gaitana et se revendique « environnementaliste« . Derrière son développement, un ingénieur issu d’une communauté indigène revendique une meilleure représentativité et un moyen de lutter contre la corruption.
Voter pour une intelligence artificielle. C’est ce que pourront prochainement faire les électeurs colombiens lors des élections législatives du 8 mars 2026. Une IA est bel et bien inscrite sur les listes électorales officielles. Comme pour les autres listes, il suffira de cocher une case pour lui donner son vote.
Elle s’appelle Gaitana IA et elle est candidate à l’un des sièges réservés aux communautés indigènes. Pour ce qui est de son programme politique, elle se définit comme « environnementaliste » et « défenseuse des animaux« . Sur son compte Instagram, une large part de sa communication est réservée à la dénonciation de la corruption des élus, ainsi que de la condition des communauté indigènes.
Une légendaire leader indigène du 16e siècle
Sur les réseaux sociaux, cette cyber-candidate a un corps. C’est une femme à la peau bleue, avec des sortes de circuits électroniques qui la parcourent de la tête aux pieds. Coiffée de pagnes assortis de plumes, de coiffes traditionnelles, une certaine ressemblance avec les personnages des films Avatar peut être perçue. Mais son apparence varie en fonction des publications sur lesquelles elle apparaît. Parfois elle est plus âgée, parfois très grande, parfois le regard doux et d’autres fois le regard perçant.
Du côté des symboles assumés, il y a d’abord le nom. Gaitana IA fait référence à une leader indigène qui a défendu le peuple Yalcon face au colon espagnol au 16e siècle. Gaitana est originaire de la ville de Timana, dans le sud de l’actuelle Colombie, dans la région de Huila. Mais un détail crispe quelque peu: Gaitana IA s’exprime en espagnol avec un accent qui n’est pas colombien.
Cette e-candidate se prête même au jeu de l’interview, notamment sur Caracol Radio. C’est avec un peu de latence et dans un espagnol aux accents américains que Gaitana a exposé sa vision politique autour d’une « campagne » qui « repose sur la démocratie numérique » pour « écouter et organiser la prise de parole collective« .
Mais qui est derrière cette IA? Son créateur s’appelle Carlos Redondo, un ingénieur du peuple indigène Zenù. Il a annoncé que si Gaitana IA était élue, ce serait lui qui siègerait au Congrès. Son ambition est de développer la démocratie participative digitale en Colombie. Pour son développement, Gaitana IA a été nourrie de discussions entre plus de 10.000 utilisateurs sur un site web dédié.
Lutter contre la corruption
Ainsi, Carlos Redondo revendique que son IA représente au mieux les intérêts des communautés indigènes. Avant de présenter un projet de loi, les électeurs pourront se prononcer sur les propositions de leur cyber-élue. « Gaitana IA, avant de prendre une décision importante, la partage avec toute sa communauté. Et, à partir du consensus de la majorité, prend sa décision« , a expliqué Carlos Redondo, interrogé par une journaliste de France 24
Un autre argument en faveur de Gaitana IA, mis en avant par ses sympathisants, est sa potentielle incorruptibilité. Une rhétorique déjà observée lorsqu’une IA a été nommée au gouvernement en Albanie. De son nom Diella, elle est ministre chargée des marchés publics. Le Premier ministre albanais Edi Rama revendiquait à l’époque la modernisation de l’administration publique albanaise, mais aussi la lutte contre la corruption, dans un pays secoué notamment par des scandales de blanchiment d’argent.
Un argument qui est tombé à l’eau quelques mois après la nomination de Diella: les développeurs de l’IA ont été mis en cause dans des affaires de corruption, selon une enquête publiée fin janvier par le New York Times. Le parquet spécial contre la corruption en Albanie a lancé des poursuites contre la directrice de l’agence nationale pour la société de l’information, à l’origine de Diella. L’opacité des lignes de code derrière ces modèles informatiques complique aussi leur légitimité.

