La Marche vers Pâques – Messages des évêques et du Pape : Deux voix pour guider les fidèles dans ce temps de grâce

Hier, mercredi 18 février 2026, le Mercredi des Cendres, a ouvert le temps du Carême. Dans toutes les paroisses du Sénégal, la cérémonie d’imposition des cendres a marqué solennellement l’entrée dans ces 40 jours de prière, de jeûne, de solidarité et de partage qui conduiront les fidèles jusqu’à Pâques, le dimanche 5 avril prochain. Cette année, le Carême revêt une dimension particulière. Deux voix se font entendre pour guider les fidèles dans ce temps de grâce. D’une part, les évêques sénégalais proposent le thème : «Bâtir une Église synodale autonome, au service du bien commun, pour la promotion de la justice et de la paix». D’autre part, le Pape Léon XIV, dans son message universel du 5 février 2026, invite les chrétiens du monde entier à «écouter et jeûner». “Pour ce Carême, je vous invite a une forme d’abstinence très concrète : celle des paroles qui blessent le prochain”, a lancé le souverain pontife dans cette adresse à la communauté. La rédaction de Sud Quotidien comme chaque année, accompagne les fidèles catholiques dans leur démarche de foi avec des enseignements approfondis, deux fois par semaine, animés chaque mercredi et vendredi, par des prêtres et religieux des différents diocèses du Sénégal. Pour mieux comprendre le thème proposé pour ce Carême 2026, Abbé Roger Gomis de l’archidiocèse de Dakar, dans ce premier numéro de la Rubrique «La Marche vers Pâques», 3ème édition, revient sur les grandes lignes des messages de nos pasteurs. Enseignement!  

L’EXHORTATION DES ÉVÊQUES : TROIS URGENCES  

II convient d’examiner les trois dimensions que les évêques considèrent comme prioritaires pour l’Église d’Afrique de l’Ouest.  

Construire une Église synodale 

La synodalité désigne une manière de vivre l’Église où tous cheminent ensemble en écoutant l’Esprit. Le mot vient du grec syn-hodos : faire route ensemble. Cette démarche, au cœur du Synode 2021-2024, invite chaque baptisé à participer activement à la vie ecclésiale. Les femmes, les jeunes, les pauvres, les marginalisés ont une voix qui compte.

Toutefois, la synodalité ne se limite pas à la consultation. Elle crée des espaces de discernement partagé où clercs et laïcs cheminent ensemble vers une décision commune. Les conseils paroissiaux et diocésains doivent devenir de véritables lieux de délibération. Cette approche transforme l’autorité en service. Cela exige de former les laïcs aux responsabilités ecclésiales, de valoriser les charismes de chacun, de créer des processus de décision transparents. Les femmes, majoritaires dans les paroisses mais souvent absentes des instances décisionnelles, doivent trouver leur place légitime.

Pour que cette synodalité devienne réalité, l’écoute constitue la clé. Comme l’affirment les pasteurs : « L’Esprit Saint nous parle dans la Parole de Dieu, il nous parle à travers le cri des pauvres, le désespoir des jeunes en quête d’avenir, des familles éprouvées, des migrants et de tous ceux qui vivent dans la précarité. Ouvrons nos oreilles et nos cœurs pour entendre cette voix de l’Esprit qui nous appelle à la conversion et à l’engagement. »

Atteindre l’autonomie ecclésiale 

La deuxième urgence concerne l’autonomie de l’Église africaine. Lors de l’assemblée CERAO de Dakar, Monseigneur Alexis Touabli Youlo a formulé cette exigence : une Église mature doit générer ses propres ressources sans dépendre excessivement des aides extérieures. Cette autonomie touche trois dimensions.

L’autonomie financière permet à l’Église de témoigner librement sans pressions. Elle exige une culture du don chez les fidèles, une gestion transparente des ressources, une économie solidaire enracinée dans l’Évangile. Sur ce point, les évêques déclarent : « L’autonomie financière est un signe de maturité ecclésiale et de fidélité à l’Évangile. Elle permet à l’Église de témoigner librement de sa foi, sans pressions extérieures. » Ils appellent « chaque baptisé à la responsabilité : contribuer selon ses moyens aux besoins de la communauté, exiger une gestion transparente des ressources, développer une économie solidaire enracinée dans l’Évangile. »

L’autonomie spirituelle favorise des expressions de foi enracinées dans les cultures africaines tout en restant fidèle au magistère universel. La théologie africaine développe une réflexion originale sur l’inculturation, le dialogue interreligieux, les défis du continent.

L’autonomie institutionnelle suppose des structures de gouvernance efficaces, des formations pastorales adaptées, une capacité de décision ajustée aux contextes locaux. Les séminaires, instituts de théologie, centres de formation doivent être renforcés.

Cette autonomie ne signifie pas isolement, mais maturité.

Servir prophétiquement la justice et la paix  

La troisième urgence découle naturellement des deux premières. Dans une Afrique de l’Ouest traversée par des tensions politiques, des violences communautaires et des inégalités croissantes, l’Église revendique un rôle prophétique.

Lors de l’assemblée de Dakar, les pasteurs ont lancé un appel fort : privilégier le dialogue à la division, la justice à l’impunité, l’éducation à l’ignorance. Ils affirment : « La paix se construit dans la vérité, la justice et le respect de la dignité humaine. Nous rejetons la violence, la haine, la vengeance, la corruption et le mensonge. Nous choisissons la voie de l’amour, du pardon, du dialogue, de l’intégrité et de la solidarité. »

Cette posture prophétique s’inscrit dans la tradition biblique. Le prophète dénonce les injustices au nom de Dieu. Amos fustige ceux qui vendent le pauvre pour une paire de sandales. Isaïe condamne les décrets iniques qui privent les pauvres de justice. Jésus s’identifie aux affamés, aux prisonniers, aux malades : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Être prophétique aujourd’hui exige de dénoncer la corruption qui gangrène les institutions, l’accaparement des terres, l’exploitation des travailleurs, la violence faite aux femmes, l’abandon des jeunes. Mais cela suppose aussi de proposer des alternatives : économie solidaire, développement local, accompagnement des victimes.

LE MESSAGE DU PAPE LÉON XIV : « Écouter et jeûner »  

En complément de l’exhortation des évêques sénégalais, le message du Pape Léon XIV pour le Carême 2026 apporte un éclairage universel qui rejoint les préoccupations africaines. Dans son message du 5 février 2026, le Saint-Père place l’écoute au cœur du Carême. Il écrit : « La disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation avec l’autre. » Cette priorité accordée à l’écoute trouve son origine dans la nature même de Dieu. Dieu lui-même écoute. Il dit à Moïse : « J’ai vu la misère de mon peuple en Égypte, j’ai entendu ses cris. » Le Pape affirme : « La condition des pauvres est un cri qui, dans l’histoire de l’humanité, interpelle constamment notre vie, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques et, enfin et surtout, l’Église. » Il poursuit : « Entrer dans cette disposition intérieure de réceptivité, c’est se laisser instruire aujourd’hui par Dieu à écouter comme Lui, jusqu’à reconnaître que la condition des pauvres est un cri qui interpelle constamment notre vie. » Le jeûne dispose à cette écoute. Il rend évident ce dont nous avons vraiment faim. Il maintient vigilante la soif de justice. Saint Augustin enseigne : « Cette tension dans le désir dilate l’âme, augmente sa capacité. » Mais le jeûne exige l’humilité.

Le Pape propose une forme concrète d’abstention : le jeûne des paroles qui blessent. Il invite à « désarmer le langage en renonçant aux mots tranchants, aux jugements hâtifs, à médire de qui est absent et ne peut se défendre, aux calomnies. » Il exhorte plutôt à « apprendre à mesurer nos paroles et à cultiver la gentillesse : au sein de la famille, entre amis, dans les lieux de travail, sur les réseaux sociaux, dans les débats politiques, dans les moyens de communication, dans les communautés chrétiennes. Alors, nombre de paroles de haine laisseront place à des paroles d’espoir et de paix. »

Enfin, le Carême possède une dimension communautaire. Le Saint-Père écrit : « Les paroisses, les familles, les groupes ecclésiaux et les communautés religieuses sont appelés à accomplir pendant le Carême un cheminement commun dans lequel l’écoute de la Parole de Dieu, tout comme celle du cri des pauvres et de la terre, devienne une forme de vie commune et dans lequel le jeûne soutienne une authentique repentance. »

Réalisée par Denise ZAROUR MEDANG  
SUDQUOTIDIEN

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