“Aucune issue optimale pour les Américains”
: pourquoi Trump laisse sa flotte de guerre en suspens au large de l’Iran – La “magnifique armada” que Donald Trump a envoyée, accompagnée d’une impressionnante flotte aérienne, dans le golfe Persique est prête à frapper. Mais le président américain utilisera-t-il vraiment la force militaire pour mettre l’Iran à genoux? Faut-il craindre le pire alors que les négociations, prévues cette semaine, sont suspendues à un fil? “La seule chose que les Américains peuvent faire, c’est gagner du temps”, estime le professeur de politique internationale David Criekemans (UAntwerpen).
Au début du mois dernier, il semblait encore assez facile de prévoir ce qui pourrait se passer en Iran. À Téhéran et dans des dizaines d’autres grandes villes iraniennes, des foules massives sont descendues dans la rue pour protester contre le régime des ayatollahs. Des manifestants ont été arrêtés, torturés. Des milliers de personnes ont trouvé la mort. Trump a promis que l’aide était en route. Les opposants au régime iranien ont sans doute pensé que les États-Unis allaient intervenir militairement.
“Pas aussi simple que prévu”
Le président américain a effectivement envoyé une quantité impressionnante de matériel militaire dans la région. D’autres équipements sont d’ailleurs encore en route. Sa “magnifique armada”, comme Trump la qualifie lui-même, est déjà sur place. Cette flotte, menée par le porte-avions Abraham Lincoln, est accompagnée d’une importante flotte aérienne.
“Entre-temps, plusieurs scénarios ont été soumis à Trump”, explique le professeur David Criekemans. “Il est apparu que ce ne serait pas aussi simple qu’on le pensait au départ. Chacun des scénarios envisagés pouvait entraîner un effet boule de neige dans la région. Les troupes américaines pourraient être attaquées, et il en irait de même pour Israël.”
“Si les Américains déclenchent une guerre, cette fois ce sera un conflit régional”, a d’ailleurs mis en garde Ali Khamenei, le guide suprême de l’Iran. Les Iraniens disposent toujours d’une importante quantité de missiles balistiques, capables d’atteindre des centaines de kilomètres. Pour toutes ces raisons, la flotte américaine reste pour l’instant inactive au large de l’Iran. Les avions restent cloués au sol jusqu’à nouvel ordre.
Enlèvement du dirigeant iranien Khamenei?
“Il n’existe aucune issue optimale pour les Américains”, analyse le professeur de politique internationale. “Trump ne peut pas simplement retirer ses troupes. Les enjeux sont devenus bien trop importants. Mais il n’a pas beaucoup d’options. Un scénario à la manière du Venezuela, où le président Nicolás Maduro a été enlevé par les Américains, n’est pas possible ici. Oui, les Américains pourraient, en théorie, enlever le dirigeant iranien de 86 ans, Khamenei, mais cela ne changerait absolument rien. Le pouvoir est entre les mains de la Garde révolutionnaire. La seule chose que les Américains peuvent faire, c’est gagner du temps. Et c’est exactement ce qu’ils sont en train de faire.”
“Le porte-avions Abraham Lincoln peut facilement rester en poste plusieurs mois et ainsi accroître la pression sur le régime iranien”, prédit l’expert. “C’est une sorte de stratégie d’épuisement. Ensuite, les Américains observeront ce qui se passe en Iran. Peut-être que le régime implosera de lui-même. C’est probablement le conseil que Trump a reçu de ses conseillers. Pour l’instant, ne passez pas à l’action, mais augmentez la pression. Peut-être que les cartes tomberont alors en notre faveur.”
Le fait que Trump n’emploie pas, pour l’instant, sa puissance militaire, faute de scénario optimal, ne signifie pas que les Américains restent inactifs. “Ne vous y trompez pas”, insiste David Criekemans. “Je suis certain qu’en ce moment, des discussions intensives ont lieu entre les États-Unis et Israël, et que les deux pays sont impliqués dans des actions sur le sol iranien.”
Une référence aux explosions qui éclatent à plusieurs endroits dans le pays. “Je ne peux m’empêcher de penser que ces incendies, explosions et actes de sabotage sont orchestrés par Israël et les États-Unis. Ils gagnent du temps, car ils ne savent pas comment poursuivre.”
“La situation est complètement bloquée”
“L’Iran ne sait pas non plus comment sortir de cette impasse et gagne également du temps”, estime-t-il. “Mais pour une raison tout à fait différente: les dirigeants iraniens ont besoin de temps pour étouffer les soulèvements dans leur pays et renverser la situation à leur avantage. Leur objectif final est de survivre.”
Bref, la situation est complètement bloquée. Aucune des deux parties, ni les États-Unis ni l’Iran, ne sait exactement quelle sera la prochaine étape pour obtenir le moindre succès.
Il ne faut pas non plus attendre grand-chose des négociations initialement prévues à la fin de cette semaine. Il est très probable qu’elles n’aient tout simplement pas lieu. Il avait été annoncé que des discussions sur le programme nucléaire iranien, plus précisément sur son démantèlement, se tiendraient à Istanbul. L’Iran, les États-Unis et plusieurs pays de la région élargie, comme le Qatar et l’Arabie saoudite, devaient y participer. Oman a ensuite été évoqué pour accueillir les réunions.
Mercredi, deux jours avant le début des pourparlers, l’Iran a fait savoir qu’il ne souhaitait s’asseoir à la table des négociations qu’avec les États-Unis et qu’aucun observateur ne serait toléré. À peine quelques heures plus tard, il semblait que les négociations n’auraient finalement pas lieu. Plusieurs sources ont indiqué qu’elles ne tenaient qu’à un fil.
C’est également ce qu’a laissé entendre le ministre américain des Affaires étrangères, Marco Rubio. Il a laissé entendre qu’il doutait qu’un accord avec les dirigeants iraniens soit possible, car ceux-ci ne représentent pas le peuple iranien. De plus, on a appris que l’envoyé américain Steve Witkoff allait quitter le Moyen-Orient pour rentrer aux États-Unis.
Lieve Van Bastelaere / Traduction: A.MA

