MARCHE INTERNATIONALE DAKAR-THIEYTOU – La jeunesse panafricaine sur les pas de Cheikh Anta Diop

À l’occasion du 40ᵉ anniversaire de la disparition du professeur Cheikh Anta Diop, la 12ᵉ édition de la Marche internationale Dakar-Thieytou a été officiellement lancée, dimanche, à l’Université éponyme. Pendant plusieurs jours, de jeunes marcheurs venus de différents pays d’Afrique vont rallier le village de Thieytou, où est enterré le savant pour revisiter son héritage.

Dès les premières heures de la matinée, l’esplanade de la grande porte de l’Ucad a été investie par une foule majoritairement jeune, drapée de l’effigie de Cheikh Anta Diop et des symboles du panafricanisme. Ils sont venus du Bénin, du Burkina Faso, entre autres pays, pour se joindre à leurs camarades sénégalais afin de donner le départ hautement symbolique de la marche internationale de Thieytou, village natal du défunt égyptologue. L’événement marque ainsi le coup d’envoi d’un pèlerinage de six jours vers Thieytou. Pour Nicolas Junior Boissy, coordonnateur de la marche, cette initiative relève d’un engagement assumé. « Il fait savoir que la marche est née d’une volonté de refuser que Cheikh Anta Diop soit envoyé aux oubliettes », a souligné M. Boissy, rappelant que le savant « s’est donné corps et âme pour l’Afrique ».

Selon lui, marcher chaque 1er février vers Thieytou est une manière concrète de défendre l’héritage de celui qu’il qualifie volontiers de « dernier pharaon », au regard de tout ce qu’il a apporté au continent. Les organisateurs estiment que l’œuvre de Cheikh Anta Diop demeure insuffisamment vulgarisée, y compris ici au Sénégal. Nicolas Junior Boissy souligne que « beaucoup d’étudiants, même à l’Ucad, ne connaissent pas réellement Cheikh Anta Diop », alors que, paradoxalement, « il est parfois mieux connu ailleurs qu’au Sénégal ». À ses yeux, cette situation interroge profondément, d’autant que Cheikh Anta Diop ne saurait être « enfermé dans un cadre national », car « il est un patrimoine universel de l’Afrique ». Un pèlerinage à la source du sphinx M. Boissy et ses camarades marcheurs ont saisi l’occasion pour inviter les autorités à accompagner leur initiative. Ils souhaitent notamment que la période du 1er au 7 février soit déclarée « Semaine du panafricanisme » et que « les œuvres de Cheikh Anta Diop soient intégrées dans l’enseignement dès le cycle élémentaire ». Ils plaident également pour que le 7 février, date de la disparition du savant, soit reconnu et décrété officiellement « Journée commémorative ».

Placée sur le thème du « Panafricanisme face aux défis géopolitiques de l’heure », cette 12ᵉ édition de la marche internationale Dakar-Thieytou se veut être en phase avec l’actualité internationale. Nicolas Junior Boissy estime que « le monde est en train de bouger » et il est important de s’interroge sur la place réelle de l’Afrique dans un contexte marqué par des conflits, le défi technologique et les enjeux de sécurité globale. Selon lui, « la bataille, aujourd’hui, est aussi psychologique et scientifique » et que l’Afrique doit impérativement préparer sa sécurité et son développement dans un monde au « lendemain incertain ». Présent à la cérémonie de lancement, Serigne Fall Guèye, directeur général du Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose, représentant le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, a salué la constance de l’initiative.

Il a rappelé que cette marche s’apparente à « un véritable pèlerinage de mémoire », consistant à parcourir près de 150 kilomètres pour revisiter l’héritage de Cheikh Anta Diop. M. Guèye s’est réjoui de l’évolution progressive de la mobilisation, soulignant qu’« en 2015, un seul marcheur était engagé », contre environ 80 personnes aujourd’hui », avec l’espoir de voir, à terme, « des milliers d’Africains marcher ensemble vers Thieytou ». Pour Mohamed Lamine Cissé, le chargé de communication de la marche, cette initiative vise à rendre hommage à Cheikh Anta Diop, mais surtout à vulgariser sa pensée. Selon lui, elle est aussi un espace de sensibilisation autour d’un idéal fort, celui de la construction d’un État fédéral africain, rappelant que « c’était le rêve de Cheikh Anta Diop ».

Daouda DIOUF
LESOLEIL

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