“Un chiffre avec dix zéros”: pour acheter le Groenland, Trump devra mettre la main à la poche

Les Premiers ministres du Groenland et du Danemark recevront-ils bientôt, lors de leur visite à la Maison-Blanche, une offre qu’ils ne pourront pas refuser? Encore faut-il que le chèque de Donald Trump soit suffisamment conséquent. Car la valeur de cette île très convoitée se chiffre en une quantité vertigineuse de zéros. Quel est donc le prix réel du Groenland? On fait le point.

Stefan Vanderstraeten / T.D. – Source: The New York Times, CNBC, HLN, Belga

Jens-Frederik Nielsen et Mette Frederiksen devront se montrer particulièrement fermes ce mercredi. Les Premiers ministres respectifs du Groenland et du Danemark sont attendus à la Maison-Blanche pour une rencontre avec plusieurs responsables américains,manifestement enclins à l’achat.

Sont en tout cas annoncés le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio. Donald Trump lui-même ne serait, pour l’instant, pas présent. Étrange, car c’est précisément lui qui, depuis des semaines, clame haut et fort vouloir annexer le Groenland, à tout prix.

“Par la manière forte”, via une invasion militaire, ou “par la manière douce”, en mettant sous le nez des Groenlandais et des Danois un chèque bien garni. Mais combien de zéros le président américain devrait-il alors inscrire?

Pas une première

Les États-Unis ont racheté l’Alaska au tsar de Russie en 1867 pour 7,2 millions de dollars, soit l’équivalent de 158 millions de dollars aujourd’hui (environ 135 millions d’euros). Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les Américains s’intéressent à l’île.

Dès 1868, ils avaient manifesté leur intérêt pour le Groenland et l’Islande, qui appartenait alors encore au Danemark. L’offre pour les deux îles réunies s’élevait à 5,5 millions de dollars, ce qui représenterait aujourd’hui 126 millions de dollars (108 millions d’euros). Les Danois avaient poliment décliné cette proposition.

En 1946, le président américain de l’époque, Harry Truman, s’était dit prêt à payer 100 millions de dollars pour le seul Groenland. Ce montant équivaudrait aujourd’hui à environ 1,7 milliard de dollars (1,5 milliard d’euros). Une nouvelle fois, le Danemark avait répondu “nej”.

Pourtant, les Danois ont déjà accepté de vendre des territoires aux États-Unis. En 1917, ils ont cédé les Indes occidentales danoises (quelques îlots dans les Caraïbes) pour 25 millions de dollars, soit l’équivalent actuel de 627 millions de dollars (538 millions d’euros).

Un référendum avait alors été organisé au Danemark: 64 % des votants avaient approuvé la vente, estimant que les futures îles Vierges américaines coûtaient trop cher à entretenir. À l’époque, la transaction avait été conclue à l’aide d’un véritable chèque en or sur papier, que les Danois étaient venus récupérer à Washington.

Le chèque “en or” avec lequel les Américains ont acheté les Antilles danoises pour 25 millions de dollars en 1917.
Le chèque “en or” avec lequel les Américains ont acheté les Antilles danoises pour 25 millions de dollars en 1917. © RV

Sur la base de toutes ces ventes historiques, The New York Times a demandé à l’économiste et ancien banquier central David Barker de faire le calcul. Ce dernier a ajusté les prix de vente des Indes occidentales danoises et de l’Alaska en fonction de la croissance économique et de l’inflation qu’ont connues le Danemark et les États-Unis depuis lors.

Résultat: aujourd’hui, le Danemark pourrait demander 12,5 milliards de dollars (10,7 milliards d’euros) pour ses territoires des Caraïbes, et les États-Unis auraient dû payer au moins 77 milliards de dollars (66 milliards d’euros) pour l’Alaska. Selon Barker, un prix réaliste pour le Groenland se situerait donc actuellement quelque part entre ces deux montants.

Un sous-sol très riche

Mais si les Danois devaient ne serait-ce qu’envisager une offre américaine, celle-ci devrait être particulièrement élevée. Non pas que l’île, forte de 57.000 habitants, soit une machine à profits. Bien au contraire: le PIB local s’élève à 2,8 milliards d’euros. À titre de comparaison, le PIB de la Belgique avoisine les 700 milliards d’euros.

La véritable valeur du Groenland réside toutefois dans sa position géostratégique et dans son arsenal inégalé de richesses naturelles. Du cuivre au lithium en passant par le cobalt, pas moins de 43 des 50 minéraux figurant sur la liste américaine des matières premières les plus rares et les plus convoitées se trouveraient sous son sol gelé.

S’y ajoutent d’immenses réserves de pétrole et de gaz. Selon le think tank américain American Action Forum (AAF), ces 36 millions de tonnes de matières premières et de ressources énergétiques représenteraient une valeur de plus de 4.400 milliards de dollars, soit environ 3.810 milliards d’euros. En théorie, du moins. Une grande partie de ces réserves se trouve très profondément sous la calotte glaciaire.

En raison des conditions climatiques extrêmes au Groenland, les humains et les machines ne pourraient exploiter qu’un peu plus de 4% de ces richesses. La valeur réelle de ces ressources ne serait donc, selon le groupe de réflexion, “que” de 185 milliards de dollars, soit près de 160 milliards d’euros. Un montant qui resterait à la portée du portefeuille américain.

Quatre fois la taille de la France

Il faut cependant aussi tenir compte du prix du sol. Avec une superficie de 2.166.000 kilomètres carrés, le Groenland est quatre fois plus grand que la France. Pour estimer cette valeur potentielle, le think tank américain s’est appuyé sur l’Islande comme exemple “comparable”.

Aux prix actuels du foncier et de l’immobilier, chaque kilomètre carré islandais vaut environ 1,28 million de dollars (1,10 million d’euros). Appliqué au Groenland, cela représenterait une “valeur immobilière” de 2.772 milliards de dollars, soit 2.380 milliards d’euros.

En y ajoutant les richesses du sous-sol, Donald Trump devrait finalement débourser 2.958 milliards de dollars, ou 2.540 milliards d’euros, pour son île tant convoitée. Avec tous les zéros, cela équivaut donc à 2.540.000.000.000 euros. “Ce prix de quelques milliers de milliards semble globalement correct”, a encore répété cette semaine le président du American Action Forum sur la chaîne économique CNBC.

Inabordable

Au regard du budget fédéral actuel, cette somme est tout simplement inabordable. Car aux États-Unis aussi, les finances publiques sont déséquilibrées et la dette nationale ne cesse de croître.

L’an dernier, le gouvernement américain a enregistré un peu plus de 5.200 milliards de dollars de recettes (4.470 milliards d’euros), tandis que les dépenses se sont élevées à 7.010 milliards de dollars (6.000 milliards d’euros).

La dette américaine a ainsi grimpé à plus de 38.000 milliards de dollars (32.600 milliards d’euros). Il ne faudra donc pas s’étonner si Trump tente bientôt de négocier à la baisse le prix du Groenland.

“Un besoin vital pour les États-Unis”

Ce dernier a assuré ce mercredi sur son réseau Truth Social que les États-Unis “avaient besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale. Il est vital pour le Dôme d’Or (le projet de bouclier antimissile) que nous construisons”.

“L’Otan devrait ouvrir la voie pour que nous l’obtenions”, a insisté le président américain, à quelques heures d’une réunion prévue à Washington entre le vice-président JD Vance, le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio et les chefs de la diplomatie danoise et groenlandaise.

“SI NOUS NE LE FAISONS PAS, LA RUSSIE OU LA CHINE LE FERONT, ET CELA N’ARRIVERA PAS!”, a affirmé le président Trump. “Militairement, sans la puissance considérable des États-Unis (…), l’Otan ne serait pas une force ou une dissuasion efficace, loin s’en faut!”, a argumenté Trump. “L’Otan devient bien plus redoutable et efficace avec le Groenland entre les mains des ÉTATS-UNIS. Tout autre scénario est inacceptable”, a-t-il conclu.

Le Danemark renforce sa présence militaire au Groenland

En réponse à la montée des tensions, le Danemark a annoncé ce mercredi qu’il renforçait “dès aujourd’hui” sa présence militaire au Groenland.

“L’armée déploie dès aujourd’hui des capacités et des unités dans le cadre d’exercices, ce qui se traduira dans les prochains temps par une présence militaire accrue au Groenland et dans ses environs, tant en termes d’avions, de navires que de soldats, y compris ceux des alliés de l’Otan”, a indiqué le ministère de la Défense dans un communiqué.

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