APRÈS LE MONDIAL-2022 L’aventure doit se poursuivre avec Aliou Cissé

Après l’élimination cuisante face à l’Angleterre (3-0), en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2022, la tête du sélectionneur national est réclamée par certains. Mais beaucoup d’aspects militent en faveur d’Aliou Cissé pour continuer à conduire les champions d’Afrique en titre.

Le Mondial est fini, il faut déjà se projeter vers les échéances à venir. Il s’agit surtout de la prochaine Coupe d’Afrique des nations, prévue en 2024 en Côte d’Ivoire. Ce rendez-vous est d’une importance capitale pour les champions d’Afrique qui doivent défendre leur titre sur les berges de la lagune Ebrié. L’équipe du Sénégal a réalisé un parcours en demi-teinte, en deçà des ambitions des Sénégalais qui rêvaient de voir les Lions briser le plafond de verre, en intégrant le dernier carré d’une phase finale de Coupe du monde. C’est le Maroc qui aura finalement réussi cette prouesse d’être la première sélection africaine à atteindre les demi-finales.

Kalidou Koulibaly et sa bande ont étaient stoppés dans leur élan en huitièmes de finale par une équipe d’Angleterre plus forte. Pour certains, il s’agit d’une élimination précoce. Par conséquent, le sélectionneur national devrait tout bonnement être balayé. N’est-ce pas fort de café une telle analyse ? Quand on sait que l’équipe a perdu, à quelques semaines du coup d’envoi du Mondial, son maitre à jouer. Sadio Mané, blessé au genou droit, a été contraint de déclarer forfait. L’officialisation de la nouvelle avait rendu perplexes plus d’un sur la capacité du groupe à tenir la baraque, en l’absence du double Ballon d’Or africain, à Doha. Sur le côté gauche orphelin de Saliou Ciss (meilleur arrière gauche de la Can-2021), Cissé devait faire face à la blessure de Fodé Ballo-Touré, à quelques jours du début du Mondial et aux soucis administratifs d’Ismail Jakobs.

Pourtant, malgré une entrée en lice manquée face aux Pays-Bas (2-0), l’équipe a su se relever et enchainer deux victoires successives (1-3 contre le Qatar, 2-1 face à l’Équateur) et assurer sa qualification au second tour. Seuls deux parmi les cinq pays africains présents au Qatar ont réalisé cette prouesse. Aliou Cissé a réussi à trouver la bonne formule pour pallier l’absence de sa pièce maitresse en attaque.

Mais les Lions ont trouvé sur leur chemin d’autres félins aux griffes trois fois plus acérées. De plus, le Sénégal avait perdu deux de ses tauliers au milieu de terrain, Idrissa Gana Guèye, suspendu pour cumul de cartons, et Cheikhou Kouyaté, blessé.

Compte-tenu de ces impairs et du rapport des forces en présence, c’était mission impossible pour la bande à Kalidou Koulibaly.

Au nom des acquis

Ainsi, l’éviction d’Aliou Cissé du banc des Lions ne devrait pas se décider sur le seul fait d’être tombé en huitièmes de finale devant les Three Lions qui étaient à l’évidence hors de portée des Lions de la Téranga. En effet, à force de persévérer, il a donné au Sénégal son premier trophée continental, en février 2022 à Yaoundé. Ce fut difficile au début. Critiqué de tout bord pour son manque d’identité de jeu, parfois de cohérence dans ses choix tactiques, l’ancien capitaine des Lions a su apprendre de ses erreurs et devenir ‘’El Tactico’’ (le tacticien).

L’équipe sénégalaise est devenue l’une des plus équilibrées d’Afrique, ces dernières années. Cela, grâce au travail de prospection de l’entraineur au moment où certains lui faisaient le reproche de trop ouvrir la Tanière. Ou encore que l’équipe n’a pas d’ossature, du fait que le onze de départ changeait souvent. Mais Cissé a réussi, contre vents et marées, à construire une équipe compétitive qui a valu aux Sénégalais un bonheur indescriptible au soir du 6 février 2022.

L’autre aspect qui milite en faveur de l’ancien milieu de terrain du PSG, c’est la stabilité qui règne dans la Tanière. Loin des querelles et du sectarisme qui caractérisaient la sélection nationale, le sélectionneur a su installer un climat d’unité et de fraternité qui lui a permis de construire un groupe ‘’cohérent’’, qui s’est bonifié au fur des années. ‘’Depuis six ans, nous sommes là, nous travaillons, nous avons eu des hauts et des bas, mais nous n’avons jamais abdiqué. On ne s’est jamais découragé. On est meilleur qu’en 2017, 2018 et en 2019’’, avait déclaré Aliou Cissé à la veille de la Can-2021.

Ayant longtemps souffert face aux blocs bas, le coach est parvenu à trouver la parade, en sachant mieux tirer le maximum du potentiel de ses protégés. ‘’La plupart des équipes qui jouent contre le Sénégal, c’est en bloc bas très dense. On va continuer à progresser comme nous l’avions fait lors de la dernière Can où nous avions pu trouver des solutions devant des blocs bas’’, disait-il, il n’y a pas longtemps.

En effet, en football de sélection où les temps de regroupements sont courts et sporadiques, c’est une aubaine d’avoir un sélectionneur qui est en place, depuis longtemps, qui connait son groupe et les spécificités de ses joueurs. D’ailleurs, c’est cette connaissance des forces et faiblesses de ses joueurs qui lui a permis de pallier l’absence de Sadio Mané au Mondial qatari et de monter une équipe cohérente qui a pu sortir son épingle du jeu, dans une coupe du monde de haute facture où les niveaux des équipes étaient très proches.

Car, perdre Sadio Mané, c’est comme perdre Lionel Messi pour les Argentins ou Neymar pour les Brésiliens qui ont éprouvé des difficultés, en l’absence de la star du PSG. Mais, le sélectionneur a pu trouver la solution, sans match de préparation pour tester un autre dispositif.

Mieux, au fil du tournoi, il n’a pas été attentiste, mais, très proactif, en changeant et en faisant des ajustements à bon escient. Finalement, tous ses choix se sont montrés judicieux.

Il lui aura manqué ses tauliers (Mané, Gana et Kouyaté) pour passer le cut.

Continuer à bâtir l’équipe

Pour les futures échéances, l’équipe du Sénégal a besoin d’une cure de jouvence. Certains cadres se rapprochent de la retraite. Pour cette tâche, il n’y a pas mieux placé qu’Aliou Cissé. Car, ce dernier a déjà entamé ce chantier. Lors de la Coupe du monde qatarienne, le coach a opté pour un mixage entre jeunesse et expérience. ‘’Certains sont expérimentés, d’autres sont de jeunes joueurs qui arrivent dans ce groupe. Mais tous restent des compétiteurs au haut niveau pouvant faire face à ces défis d’envergure’’, avait-il expliqué à propos de la liste des 26 joueurs retenus pour la 22e édition du Mondial. Au Qatar, d’ailleurs, certaines pépites se sont mises en exergue. C’est le cas d’Iliman Ndiaye, d’Ismail Jakobs, de Pathé Ciss…

L’autre point sur lequel doit travailler Cissé, c’est de renforcer les secteurs offensif et défensif. En attaque, le Sénégal souffre d’une carence d’attaquants de pointe ‘’tueurs’’. ‘’Il faut qu’on finisse nos occasions. On n’a pas beaucoup pesé dans les 30 derniers mètres. Il faut se montrer plus efficace et agressif’’, avait regretté le coach, à l’issue de la défaite face à la Hollande (2-0).

L’absence de Sadio Mané aura été préjudiciable. Mais, il n’est pas impossible que le coach trouve le ou les perles rares, compte tenu de la bonne tenue des sélections africaines, lors de ce mondial et du regain d’intérêt des binationaux pour lesdites sélections.

Le Maroc a déjà montré la voie. Plusieurs jeunes pépites ont, dit-on, refusé la sélection belge pour leur pays d’origine. Lors du Mondial, Walid Regragui a pu compter sur Selim Amallah, 26 ans, Bilal El Khannouss, 18 ans, Anass Zaroury, 19 ans et Ilias Chair, 25 ans, tous nés en Belgique, qui ont tourné le dos à leur pays de naissance.

Les succès du Sénégal sur la scène internationale sont de nature à pousser les jeunes binationaux qui essaiment un peu partout en Europe à intégrer la tanière. A Cissé de faire ce qu’il faut.

LOUIS GEORGES DIATTA – ENQUETEPLUS

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