Mario Draghi à la présidence de l’Italie, un scénario redouté par les marchés

L’ascension fulgurante de l’Italie sous l’égide de Mario Draghi, qui faisait miroiter un nouveau « miracle économique », est-elle vouée à s’arrêter net? Les visées du chef du gouvernement sur le poste de président de la République donne des sueurs froides aux cercles politico-économiques.

Une telle mue de Draghi, de « Super Mario », sauveur de la zone euro, puis de l’Italie, en « grand-père au service des institutions », comme il s’est décrit lui-même, est vue d’un mauvais oeil par la plupart des analystes, qui le préfèrent scotché à son poste actuel, au Palais Chigi.

C’est la peur de la chaise vide. Qui pourrait prendre sa place si Mario Draghi, 74 ans, succède à Sergio Mattarella dont le septennat s’achève le 3 février, pour assurer la survie d’une coalition hétéroclite dont le mandat court jusqu’en 2023?

« Le risque est grand, du moins à court terme. C’est Mario Draghi qui maintient l’unité de ce gouvernement et il n’y a personne dans le paysage politique italien aujourd’hui qui puisse lui succéder et garantir cette cohésion », a commenté à l’AFP Jésus Castillo, économiste chez Natixis.

Qui plus est, « s’il devient président, très rapidement on assistera à un blocage politique et probablement des élections anticipées », juge-t-il.

Des élections au pire moment, car l’Italie « doit respecter un agenda très serré de réformes pour recevoir les fonds » du plan de relance européen dont elle est la principale bénéficiaire avec près de 200 milliards d’euros.

– ‘Facteur d’instabilité’ –

Un départ du gouvernement de Mario Draghi constituerait « un facteur d’instabilité et aurait de sérieuses répercussions tant sur la mise en œuvre du plan de relance » que « sur la confiance des investisseurs », redoute Giuliano Noci, professeur de stratégie à l’école Polytechnique de Milan.

Le spread, l’écart très surveillé entre le taux de la dette italienne et le taux allemand de référence à dix ans, qui avait nettement reculé lors de l’arrivée au gouvernement de M. Draghi il y a un an, « augmenterait sensiblement, du moins à court terme », a-t-il déclaré à l’AFP.

La banque d’affaires américaine Goldman Sachs, employeur de Mario Draghi de 2002 à 2005, a déjà sorti la calculette: sa démission du gouvernement pourrait réduire de 50 à 75% l’utilisation effective des 39 milliards d’euros de subventions européennes attendus en 2022.

« Un retard dans la mise en oeuvre du plan de relance et des réformes » pourrait avoir « un impact important sur les marchés » et freiner la croissance économique de l’Italie, prévient la banque.

La croissance devrait dépasser les 6% en 2021, du jamais vu depuis les années 1960, après un plongeon du PIB de 8,9% en 2020.

Alors que l’Italie était réputée pour utiliser à mauvais escient les fonds européens, elle a « atteint tous les 51 objectifs » convenus avec Bruxelles en 2021, a assuré M. Draghi. Et selon lui, les bases sont jetées pour permettre au gouvernement de mener à bien les réformes, « indépendamment de qui sera » à sa tête, mais à condition d’être soutenu par une « majorité la plus large possible ».

– Tractations dans l’impasse –

C’est là que le bât blesse: alors que le premier round du vote parlementaire visant à élire le successeur de Sergio Mattarella a été fixé au 24 janvier, les tractations entre les partis sont dans l’impasse.

Principal point de blocage, la candidature de Silvio Berlusconi qui, à 85 ans, rêve de devenir président malgré ses nombreux déboires judiciaires. Pour barrer l’accès à Draghi, ce personnage haut en couleurs a fait savoir que son parti Forza Italia (droite) quitterait la coalition si son concurrent était élu président.

Malgré l’énorme prestige dont jouit Draghi en Italie et en Europe, son chemin vers le palais présidentiel paraît semé d’embûches. « Il est loin d’être président. Berlusconi est un animal politique qu’on a donné mort mille fois et il est revenu à chaque fois », estime un analyste qui a préféré l’anonymat.

Appelé à la rescousse en février 2021 pour succéder à Giuseppe Conte et sortir le pays de la crise sanitaire, M. Draghi quitterait le navire en pleine recrudescence de la pandémie de Covid-19.

Mais certains veulent encore y croire, Draghi ne s’en ira pas. « Pour le bien du pays, j’espère qu’il restera au Palazzo Chigi et qu’il sera élu président de la Commission européenne en 2024 », confie le professeur Noci.

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