Syrie: après la prise de Hama par les rebelles, le scénario cauchemardesque pour Damas se précise

La ville de Hama, dans le centre de la Syrie, est tombée, jeudi 5 décembre, aux mains des hommes en arme de Hayat Tahrir al-Sham et des rebelles pro-turcs. L’Armée syrienne a confirmé le retrait de ses unités pour « éviter de mettre en danger la vie des civils ». Le ministre syrien de la Défense, Ali Abbas, a affirmé que l’armée était « toujours à proximité » de Hama et que la décision de redéployer hors de la ville les forces gouvernementales était « une mesure tactique temporaire ».

Avec notre correspondant à Beyrouth, Paul KhalifehRFI

La chute de Hama confirme les signes d’effondrement de l’armée syrienne et son incapacité à déployer une contre-offensive efficace. Les troupes régulières syriennes sont démoralisées et démotivées, elles battent en retraite de manière désordonnée en abandonnant armes et matériels.

En revanche, les combattants rebelles font preuve d’une grande motivation, d’une bonne organisation et disposent d’un armement sophistiqué, y compris des drones d’attaque et de surveillance.

Renverser le régime d’Assad

La prise de Hama fait surgir des scénarios dramatiques pour le pouvoir syrien. La ville se trouve à 180 kilomètres de Damas et la voie vers la capitale est désormais barrée par une seule ville, Homs, située à 46 kilomètres. En prévision d’une avancée des forces anti-gouvernementales vers Homs, l’aviation russe a détruit jeudi un pont reliant la province éponyme à celle de Hama.

Le chef des rebelles islamistes en Syrie a affirmé que l’« objectif » de leur offensive fulgurante dans le pays était de « renverser » le régime du président Bachar al-Assad. « Lorsque nous parlons d’objectif, le but de la révolution, c’est de renverser ce régime. Nous avons le droit d’utiliser tous les moyens nécessaires pour atteindre cet objectif », a déclaré Abou Mohammed al-Jolani à CNN, dans une interview publiée ce vendredi.

Les combats ont déjà fait 280 000 déplacés depuis le 27 novembre, a indiqué l’ONU vendredi, qui craint que ce nombre puisse s’élever à 1,5 million. « Les chiffres dont nous disposons sont de 280 000 personnes depuis le 27 novembre. C’est le chiffre mis à jour en date d’hier soir. Et cela n’inclut pas le nombre de personnes qui ont fui le Liban, lors de la récente escalade » des combats entre le Hezbollah et Israël, a déclaré Samer AbdelJaber, directeur de la coordination des urgences du Programme alimentaire mondial, lors d’un point de presse à Genève.

De son côté, le ministère turc des Affaires étrangères a confirmé, ce 6 décembre, la tenue, le lendemain, d’une réunion avec les ministres russe et iranien consacrée à la situation en Syrie, en marge du Forum de Doha. « Le ministre Hakan Fidan rencontrera les ministres russe (Serguei) Lavrov et iranien (Abbas) Aragchi pour une réunion au format Astana samedi à Doha », a indiqué une source au ministère, signale l’AFP.

Forte inquiétude au Liban 

Mais l’avancée fulgurante des groupes islamistes radicaux suscite également de fortes inquiétudes au Liban, car la province de Homs est adossée à la frontière libanaise sur une longueur de 50 kilomètres. Dans le nord, elle est limitrophe à une région sunnite où une partie des habitants sympathise avec les mouvements rebelles et jihadistes syriens. Plus au sud, elle jouxte une région à majorité chiite fidèle au Hezbollah, qui a combattu aux côtés de l’armée syrienne. L’approche des groupes jihadistes et rebelles risque donc de raviver les tensions entre sunnites et chiites au Liban.

Consciente de ces dangers, l’armée libanaise a annoncé avoir renforcé son déploiement le long de la frontière. Mais elle dispose de faibles moyens et d’effectifs insuffisants, surtout qu’elle doit déployer 6 000 hommes dans le sud du Liban dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu négocié avec Israël.

Qui contrôle quoi?

Jusqu’au 27 novembre dernier, il y a une semaine, la coalition de rebelle menée par le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham était contenu à la province d’Idlib, avec elle de nombreux déplacés qui avaient fui la reprise de contrôle par le régime d’une grande partir du pays en 2016. En une semaine donc, cette coalition a fait reculer le régime et pris le contrôle de la région d’Alep pour continuer ensuite vers le sud et entrer jeudi dans Hama. Deux des quatre plus grandes villes de Syrie, toutes les deux sur la route de Damas. 

Autre conflit simultané, celui des forces pro-turques rassemblées sous le nom d’Armée nationale syrienne face aux forces démocratiques syriennes majoritairement kurde. Au nord d’Alep, une coalition de groupes rebelles soutenus par Ankara contrôle en effet une bande de territoire le long de la frontière turque. Leur principal ennemi sont les Forces démocratiques syriennes liées au PKK. Elles contrôlent tout le nord-est syrien. Face à l’offensive d’Hayat Tahrir al-Sham, les FDS se sont retirées d’une poche de territoire qu’elles contrôlaient au nord d’Alep. Des affrontements sont encore en cours face au groupe pro-turques. Les autorités kurdes syriennes s’inquiètent d’une possible offensive sur la grande ville de Manbij. 

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