Coronavirus: l’Afrique face à la pandémie le mardi 28 avril

L’Afrique comptait ce mardi 28 avril 33 566 cas confirmés de coronavirus. Le Covid-19 a déjà coûté la vie à 1 469 personnes sur le continent, selon le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union africaine. Les trois pays les plus touchés restent l’Afrique du Sud, l’Egypte et le Maroc.

  • L’UEMOA suspend son pacte de convergence

Lors d’un sommet organisé ce lundi, les huit pays (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont décidé de suspendre leur pacte de convergence, qui permet un contrôle multilatéral des économies, afin de faire face à l’épidémie de coronavirus. Le pacte comprenait la limitation de la dette, de l’inflation ou d’arriérés de paiement notamment.

Selon un communiqué de la présidence ivoirienne, qui assure la présidence de l’UEMOA, les « mesures urgentes et les plans de riposte » sont estimés à huit milliards d’euros « pour l’ensemble des pays membres, en vue de limiter l’impact de cette crise sanitaire sur les populations, l’emploi et le secteur productif ».
Depuis ce lundi, les chefs d’Etat peuvent également émettre des « bons sociaux Covid-19 » pour faciliter les dépenses immédiates liées à l’épidémie. La Côte d’Ivoire est le premier pays à avoir émis lundi ces bons du Trésor, pour une valeur de 180 milliards de FCFA (environ 275 millions d’euros). Le Sénégal a suivi aujourd’hui, avec une émission de bons d’une valeur de 100 milliards de FCFA (environ 153 millions d’euros).

  • L’ONU appelle au respect de l’Etat de droit malgré les mesures d’exception

La Haut-Commissaire des Nations unies au droit de l’homme Michelle Bachelet appelle tous les pays à respecter les règles de l’Etat de droit malgré l’état d’urgence sanitaire et les mesures d’exception instaurées pour limiter la propagation du coronavirus. « Si l’Etat de droit n’est pas respecté, la situation d’urgence sanitaire risque de devenir une catastrophe des droits de l’homme, dont les effets néfastes surpasseront pendant longtemps la pandémie elle-même », affirme-t-elle dans un communiqué.

Michelle Bachelet indique avoir reçu des informations inquiétantes venant de plusieurs régions du monde faisant état d’un usage excessif de la force pour faire respecter le couvre-feu et le confinement. « Il est évidemment inacceptable et illégal de tirer sur une personne ayant enfreint un couvre-feu en quête désespérée de nourriture, de la placer en détention ou de lui faire subir des violences », souligne-t-elle. La Haut-Commissaire des Nations unies appelle les Etats à libérer les personnes détenues pour n’avoir pas respecter le confinement.

Par ailleurs, Michelle Bachelet a également plaidé pour la levée des sanctions économiques contre le Soudan, afin d’aider le pays à se protéger du virus. « Le point de rupture pourrait être le Covid-19. Le système de santé n’est pas équipé pour supporter une épidémie. La seule façon pour éviter un désastre humanitaire est que les donateurs aident le Soudan », déclare-t-elle. Khartoum est toujours inscrit sur la liste noire américaine des Etats finançant le terrorisme, bloquant ainsi tout investissement étranger ou aide internationale.

  • Le gouvernement de RDC revoit son budget 2020

Le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba a rencontré hier Jeanine Mabunda et Alexis Thambwe Mwamba, respectivement présidente de l’Assemblée nationale et président du Sénat. Tous trois ont confronté la situation sanitaire aux indicateurs macroéconomiques, sur la base desquels un budget d’environ 11 milliards de dollars avait été élaboré. Mais selon le Premier ministre, il y a désormais une inadéquation entre les recettes qui s’effritent et les dépenses publiques. Il faudra donc réévaluer le budget prévu cette année.

  • L’Algérie et le Botswana prolongent leurs mesures de confinement

Le confinement est prolongé jusqu’au 14 mai en Algérie. Le gouvernement « conscient des efforts supplémentaires que chacun doit fournir, réitère ses appels aux citoyens à demeurer conscient des enjeux et des défis sanitaires, économiques et sociaux du Covid-19 et de continuer à observer en toute conscience et avec rigueur, les mesures d’hygiène, de distanciation sociale et de protection, qui demeurent les seules réponses actuelles pour l’endiguement de cette épidémie », peut-on lire dans un communiqué du Premier ministre Abdelaziz Djerad.

Le président botswanais Mokgweetsi Masisi a lui aussi annoncé le prolongement des mesures de confinement pour une semaine supplémentaire. Selon le chef d’Etat, cette décision a été prise sur le conseil des experts médicaux, après une augmentation des transmissions locales. Les restrictions seront donc en vigueur jusqu’au 7 mai. A la suite de cette date, un « allègement progressif » des mesures sera instauré.

  • Les prisons sénégalaises, « une bombe à retardement »

Aucun cas de coronavirus n’a encore été détecté dans les prisons sénégalaises, mais l’observateur national des lieux de privation de libertés, Josette Lopez Ndiaye, met en garde contre une « bombe à retardement ». Pour elle, la grâce de 2 036 détenus par le président Macky Sall est une bonne chose, mais il faut aller plus loin. « Toutes les maisons d’arrêt, les établissement pénitentiaires sont surpeuplés. On a noté qu’il y avait des taux d’occupation supérieurs à 120%, voire 150%. Il suffit que le petit virus entre dans un centre de détention pour que ce soit une bombe pour la société », déplore-t-elle, au micro de notre correspondante Charlotte Idrac. L’observateur émet des recommandations pour le gouvernement, notamment l’organisation de communications téléphoniques gratuites, pour que les prisonniers restent en contact avec leur famille malgré l’interdiction des visites, et l’installation de savons et lave-mains dans les établissements pénitentiaires.

Dans le cadre du plan de riposte face au Covid-19, environ un million de ménages sénégalais doivent recevoir une aide alimentaire. Cela représente 8 à 10 millions de personnes, soit la moitié de la population du pays. Le ministre du Développement communautaire et de l’équité sociale a lancé les opérations de distribution ce mardi matin dans le département de Pikine, en banlieue de Dakar.
En bénéficient les personnes inscrites sur le RNU, le Registre national unique qui recense les ménages vulnérables, et celles « sans revenus fixes et réguliers », sélectionnées par des comités de quartier et les mairies. Après cette phase « pilote », les opérations vont se poursuivre sur tout le territoire. Au total, plus de 100 000 tonnes de vivres doivent être distribuées.

  • En Guinée et en Sierra Leone également, les prisons inquiètent

A la prison centrale de Conakry, un malade a été testé positif au Covid-19, a confirmé le docteur Bouna Yattassaye, directeur-général adjoint de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), l’organe en charge de la riposte contre l’épidémie dans la pays. L’ANSS n’a pas précisé s’il s’agissait d’un employé ou d’un détenu. Le 24 avril, trois cas de décès jugés suspects par le ministère de la Justice avaient mené à l’interdiction des visites dans la prison centrale, une prison qui abrite 1 500 détenus, soit le triple de sa capacité.

En Sierra Leone également, un homme placé en détention le 17 avril a été testé positif dans un établissement pénitentiaire de la capitale Freetown. Les autorités ont indiqué avoir fermé la section de la prison par laquelle il était passé avant d’être dirigé vers un hôpital, afin de la désinfecter. Les détenus qui l’ont côtoyé ont été déplacés et mis sous surveillance sanitaire.

  • La grogne du personnel de santé au Mali

Après Kayes, dans l’ouest du pays, où un sit-in a été organisé devant l’hôpital régional lundi, une conférence de presse a été organisée par les organisations des travailleurs de santé ce mardi. Plusieurs syndicats des hôpitaux publics de Bamako et de la proche banlieue à Kati dénoncent leur mauvaises conditions en pleine crise sanitaire de coronavirus. Aucun préavis de grève n’est déposé pour le moment mais « tout est possible », menace le syndicaliste et docteur Maïga devant la presse. « Pour nous, il ne s’agit point d’abandon des responsabilités, ni d’insouciance face à la crise sanitaire. Bien au contraire, il s’agit de nous armer pour mieux servir de remparts entre le coronavirus et nos concitoyens », a-t-il déclaré.

En réponse à la pandémie de Covid-19, le gouvernement annonçait avoir mobilisé une enveloppe de 6 milliards de FCFA. Des financements qui ne sont pas arrivés aux personnels de santé, assure Djime Kanté, du comité syndical du CHU Gabriel Touré de Bamako. « Le président est allé loin. Il avait promis une prime spéciale pour le personnel sanitaire. Mais les primes existantes sont déjà en train d’être coupées. Certains médecins ont vu leurs salaires diminuer de plus de 50 000 francs. Et par rapport aux autres annonces, de milliards de fonds débloqués, on ne les voit pour l’instant pas dans nos hôpitaux », a-t-il déploré au micro de notre correspondante à Bamako, Coralie Pierret. En région, le directeur de l’hôpital de Kayes assure, lui, avoir touché 80 millions pour répondre à l’épidémie.

  • L’Ouganda démarre une semaine de campagne de dépistage

L’Ouganda planifie de tester 20 000 personnes en une semaine. Les résultats de cette campagne de dépistage sont attendus pour le 4 mai, un jour avant la date de fin du confinement fixée actuellement. Selon le ministre de la Santé, ces tests doivent permettre aux autorités de définir si les restrictions doivent être poursuivies ou non, et comment assurer un allègement progressif des mesures. La campagne concernera en priorité les populations considérées comme les plus exposées : les vendeurs sur les marchés, le personnel de santé, et les chefs religieux notamment.

  • Dans les townships en Afrique du Sud, l’aide alimentaire est plus que nécessaire

Si le président Cyril Ramaphosa a promis d’augmenter les aides sociales et la distribution de vivres, des associations comme Rays of Hope tentent de prendre le relais. Les personnes en difficulté appellent l’association, et les bénévoles viennent à leur domicile leur remettre un colis de nourriture. « C’est vraiment compliqué, parce que maintenant je n’ai plus de salaire, et j’ai un bébé, mais je n’ai pas eu le temps de m’inscrire pour les allocations sociales. On meurt de faim, vraiment. D’habitude, quand je ne travaille pas, d’autres gens peuvent m’aider, mais là, comme c’est le confinement, personne n’a plus rien », explique Maseshaba, l’une des bénéficiaires dans le township d’Alexandra, au nord de Johannesburg. Selon le Conseil de recherche en sciences humaines (HRSH), près d’un quart de la population sud-africaine n’a plus assez d’argent pour se nourrir, un pourcentage qui monte à 55 % dans les bidonvilles.

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