Soudan: 48h de désobéissance civile, internet coupé et « expulsion » d’un chef rebelle

Un chef rebelle soudanais a affirmé lundi avoir été expulsé au Soudan du sud, au 2e jour d’un mouvement de désobéissance civile lancé par la contestation qui entend maintenir la pression sur les généraux au pouvoir à Khartoum malgré un durcissement de la répression.

Une semaine après la dispersion sanglante d’un sit-in installé par les manifestants le 6 avril devant le QG de l’armée dans la capitale et au lendemain d’une mise en garde de l’armée, le pays était lundi, selon le groupe de défense des droits numériques NetBlocks, « presque totalement » coupé du monde.

« Les connexions internet qui fonctionnent encore sont en train d’être coupées (…) privant « presque totalement » le pays de contacts extérieurs, a indiqué NetBlocks, alors que la contestation utilise Internet pour relayer ses mots d’ordre.

La répression a fait depuis le 3 juin 118 morts et plus de 500 blessés, la majorité dans la dispersion du sit-in devant le siège de l’armée, d’après un comité de médecins proche de la contestation. Les autorités estiment à 61 le nombre de morts, dont 49 par des « tirs à balles réelles » à Khartoum.

Dimanche soir, au bout de la 1ère journée du mouvement de désobéissance civile, le Conseil militaire de transition a annoncé un « renforcement de la sécurité » afin de favoriser un « retour à la vie normale ».

Lundi, la majeure partie de la capitale restait déserte, même si davantage de circulation était visible par rapport à la veille.

D’autre part, des médias officiels ont annoncé la « libération » du dirigeant rebelle Yasser Arman, chef-adjoint du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM-N), et deux de ses camarades, Ismaïl Jalab et Moubarak Ardoul, interpellées en pleine répression de la contestation la semaine passée.

Mais M. Arman a indiqué à un correspondant de l’AFP à Juba qu’ils avaient en fait été « expulsés » vers le Soudan du Sud et non pas « libérés ».

Le SPLM-N fait partie de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance du mouvement de contestation impliqué dans les négociations avec le Conseil militaire de transition suspendues depuis trois semaines.

Le Conseil militaire de transition est au pouvoir depuis la destitution le 11 avril du président Omar el-Béchir par l’armée sous la pression du mouvement de contestation lancé le 19 décembre dans un climat de crise économique aigüe.

La contestation réclame, depuis la chute du président Béchir, un transfert du pouvoir à un gouvernement civil. Les négociations sont suspendues depuis le 20 mai en raison de divergences sur la composition d’une nouvelle instance qui serait chargée de mener la transition pendant trois ans.

– « Retour à la vie normale » –

Le mouvement de contestation entend faire plier les militaires en maintenant la pression, notamment par la désobéissance civile. Une grève générale de deux jours était parvenue à paralyser le pays fin mai.

Lundi, 2e journée de désobéissance civile, quelques magasins ont rouvert à Khartoum, même si la majeure partie de la capitale restait déserte. Des coupures de courant et d’internet ont en outre rendues les communications difficiles.

Quelques bus ont circulé en ville, où davantage de voitures et de passants étaient visibles par rapport à la veille.

« Si je travaille, cela ne signifie pas que je ne soutiens pas la révolution », assure Abdulmajid Mohamed, un chauffeur de bus. « Je dois travailler pour soutenir ma famille sinon nous n’aurions pas d’argent. »

Lundi, premier jour du mouvement, le comité de médecins a fait état de quatre morts, deux à Khartoum et deux autres à Omdourman, ville voisine de la capitale.

Les militaires au pouvoir ont dit tenir les manifestants pour responsables de la détérioration de la sécurité ainsi que des « récents et malheureux incidents » et de « l’obstruction des routes ».

« Le Conseil militaire a décidé de renforcer la présence des forces armées, des RSF (Forces de soutien rapide, ndlr) et des autres forces régulières pour un retour à la vie normale », a prévenu dimanche soir le général Jamal el-Din Omar dans un discours télévisé.

Les RSF, présentées par certains comme un avatar des terribles milices Janjawid du Darfour, sont accusées par la contestation d’être à l’origine de la dispersion du campement devant le QG de l’armée et de la répression qui a suivi.

Dimanche, la police anti-émeute était déjà intervenue dans le quartier de Bahri, nord de Khartoum, pour disperser des manifestants qui, en matinée, avaient construit des barricades.

La contestation a affirmé que le mouvement de désobéissance civile continuerait jusqu’à ce qu’un pouvoir civil soit instauré.

Militaires et contestation « doivent trouver des terrains d’entente car si la situation continue comme ça, je crains que nous perdrons notre pays », s’est inquiété Issa Omar, un employé à Khartoum.

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