Commission d’enquête sur « Un étudiant, un ordinateur » / Cheikh Oumar Anne décline l’invitation des députés : « C’est un procès en sorcellerie contre de dignes serviteurs de la République »
Le député-maire de Ndioum et ancien ministre, Cheikh Oumar Anne, a annoncé qu’il ne répondrait pas à l’invitation de la Commission d’enquête parlementaire sur le programme « Un étudiant, un ordinateur », qui l’avait convoqué pour le vendredi 16 octobre 2026. Dans une lettre adressée au président de la Commission et datée du 12 octobre à Dakar, il justifie sa décision par des « raisons de principe, de décence républicaine, d’exigence de légitimité et d’impartialité », ainsi que par le respect des institutions.
Le parlementaire affirme que le respect des institutions « ne peut être à géométrie variable » et exige de chacun exemplarité, rigueur et responsabilité. Il met ensuite en cause certains membres de la Commission. Il rappelle qu’en 2022, l’un d’eux était monté sur les tables de l’hémicycle et avait arraché l’urne de vote, des gestes qui, selon lui, ont « désacralisé la fonction parlementaire ». Il estime que qualifier l’ancien président de la République de criminel et les membres du gouvernement de voleurs, sans preuves judiciairement établies, « relève de l’ineptie ».
Pour lui, vouloir aujourd’hui s’ériger en chantre de l’exemplarité républicaine, après avoir banalisé l’invective et la violence dans le débat public, revient à insulter l’intelligence des Sénégalais.
Se présentant comme ancien ministre pendant cinq ans, ancien directeur général pendant douze ans, député élu à deux reprises, maire depuis douze ans et professeur d’université de 1990 à 2026, Cheikh Oumar Anne se dit « foncièrement attaché » au contrôle parlementaire, qu’il qualifie d’instrument essentiel de transparence et de redevabilité. Il soutient toutefois que ce contrôle ne doit être ni un outil de règlement de comptes politiques ni un moyen de stigmatisation sélective de ceux qui ont servi l’État sous l’administration précédente. Il juge « aberrant » le caractère sélectif des commissions d’enquête et dit oui à la transparence totale et à la reddition des comptes, mais non à « un procès en sorcellerie contre de dignes serviteurs de la République ».
Il invite par ailleurs la majorité à soumettre d’abord la gestion de l’Assemblée nationale elle-même à la redevabilité. Il cite la publication trimestrielle des dépenses budgétaires de l’institution, l’acquisition des véhicules de l’Assemblée et les conditions de passation des marchés, les cinq milliards de francs CFA destinés aux victimes des événements de 2021 à 2024, les huit milliards destinés aux sinistrés de Bakel, Matam, Podor et des zones environnantes, les 37 milliards de l’affaire ASER et le fonds JAMM pour la paix en Casamance (1,7 milliard), dont l’utilisation et les éventuels changements d’affectation par l’ancien Premier ministre devraient, selon lui, être clarifiés. Cette liste « n’est pas exhaustive ».
Sur le programme « Un étudiant, un ordinateur » lui-même, Cheikh Oumar Anne estime que si la Commission ne s’intéresse qu’à la vérité, elle pouvait se limiter à la documentation déjà disponible, notamment la convention de partenariat et les procédures prévues, qui permettraient de comprendre les conditions d’exécution du programme et les dépenses afférentes.
Il assure enfin que sa décision ne procède ni d’un refus du contrôle parlementaire ni d’une volonté de se soustraire à l’obligation de rendre compte, mais d’une exigence de cohérence avec les principes républicains qu’il défend. « La République ne peut être invoquée à sens unique », conclut-il, en demandant à ceux qui prétendent contrôler au nom du peuple la même rigueur, la même probité et le même respect des règles.
SOURCE DAKARACTU

