L’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA) face à une pénurie criante de techniciens expérimentés

L’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA) traverse une crise silencieuse mais profonde. Selon le constat dressé par le Dr Aminata NIANE Badiane, ancienne responsable de recherche à l’ISRA, lors de sa récente intervention devant l’Académie nationale des sciences et techniques (ANST) et repris par WalfQuotidien, l’institution souffre d’un déficit alarmant de techniciens expérimentés. 

« Le chercheur a besoin d’un technicien expérimenté qui connaît le terrain pour performer et trouver des résultats. Malheureusement, dans certaines structures comme l’Institut sénégalais de recherches agricoles, les techniciens se font rares », a-t-elle alerté.

La situation est d’autant plus paradoxale que l’ISRA dispose d’un vivier important d’ingénieurs et de chercheurs, mais se retrouve privé de ces maillons essentiels que sont les techniciens de terrain. En cause, un gel des recrutements et un vieillissement naturel du personnel qui n’a pas été compensé. 

« L’ISRA a perdu des techniciens expérimentés sans remplacement (gel des recrutements, vieillissement du personnel) », déplore-t-elle, relevant que l’intersyndicale de l’institut dénonce une « pyramide inversée ».

Le métier de technicien souffre par ailleurs d’une dévalorisation préoccupante. 

« Le métier de technicien est dévalorisé avec pour conséquence que les formations agricoles se raréfient », souligne l’ancienne responsable de recherche. Un paradoxe d’autant plus frappant que « la recherche exige du pratique, mais on recrute et retient mal les techniciens, d’où une déconnexion avec les besoins du terrain », a-t-elle déploré.

Ce déficit de techniciens expérimentés fragilise l’ensemble des fonctions vitales du système de recherche. Il affecte « l’expérimentation, la collecte et conservation des données, le suivi des dispositifs, le transfert technologique et la vulgarisation ». Autant de missions qui constituent le socle de l’activité scientifique et de sa diffusion auprès des producteurs.

Pour tenter de résorber cette crise, le Dr Aminata NIANE BADIANE propose une réorganisation en profondeur. Elle plaide pour une refonte pyramidale fondée sur la complémentarité des rôles entre techniciens, ingénieurs et chercheurs, présentée comme « la condition sine qua non pour renforcer la performance du système, assurer la transmission intergénérationnelle des savoir-faire et consolider la souveraineté scientifique et alimentaire du pays».

Concrètement, elle suggère de « redonner sens à la chaîne hiérarchique » en confiant aux techniciens l’exécution des protocoles, la maintenance et la collecte des données, aux ingénieurs l’adaptation au terrain, la supervision des dispositifs et la formation interne, et aux chercheurs la conception, l’interprétation et la diffusion des résultats. Elle recommande également la réouverture des filières de BTS et de Dut agricoles à l’ENSA et dans les universités, ainsi que la structuration des équipes autour de binômes intégrés chercheur-technicien.

Khadydja NDIAYE

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