« Circuler sans entrave »: les Canadiens pourront-ils bientôt vivre et travailler sans visa dans l’Union européenne?

Le Canada pourrait devenir « membre associé » de l’Union européenne (UE), selon des responsables interrogés par le journal américain The Wall Street Journal. Le Premier ministre canadien Mark Carney parle plutôt d’une « alliance unique », née de la confrontation commerciale avec les États-Unis. 

Par Séraphine Charpentier – SOURCE RFI

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (à gauche), le Premier ministre canadien Mark Carney (au centre) et le président du Conseil européen, Antonio Costa, se serrent la main à leur arrivée au sommet UE-Canada, au siège du Conseil européen à Bruxelles, le lundi 23 juin 2025.
 

Des dirigeants européens surnomment déjà le Canada le « nouveau membre de l’Union européenne (UE) ». « Un peu pour plaisanter », précise le journal américain The Wall Street Journal. Mais le projet, à quelques détails près, est loin d’être une blague. 

Voilà plusieurs mois que des discussions ont lieu entre des chefs d’États européens et les Canadiens. Elles suivent le divorce entamé entre Washington et Ottawa, déclenché par l’intense guerre commerciale qu’on mené les deux pays l’un envers l’autre ces derniers mois. 

« La plus grande réorientation de l’économie depuis des décennies »

« Ne serait-ce pas merveilleux que le Canada soit le 28e État de l’Union européenne plutôt que le 51e État des États-Unis? », a interrogé, en ce sens, le président finlandais Alexander Stubb, cité par nos confrères. 

Pour le Canada, l’idée n’est toutefois pas de devenir un membre à part entière de l’Union européenne ou d’adhérer à son marché unique. Le statut visé serait plutôt celui de « membre associé », un statut qui n’existe pas à ce jour au sein de l’UE. Une intégration « informelle » au marché unique serait envisagée, selon des sources proches du dossier. 

Seraient concernées les chaînes d’approvisionnement stratégique telles que « l’énergie, l’intelligence artificielle, les minéraux essentiels nécessaires à la fabrication des batteries ou des semi-conducteurs et, de manière particulièrement urgente, la défense », relève le Wall Street JournalLire la vidéo

Théoriquement donc, les travailleurs canadiens de ces secteurs « pourraient à terme circuler sans entrave » entre l’Europe et les États-Unis. Une circulation qui élargirait les frontières économiques de l’Union européenne. 

Un tel partenariat constituerait « la plus grande réorientation de l’économie canadienne depuis des décennies », a estimé le magazine économique américain Forbes. 72% des exportations de marchandises du Canada sont à destination des États-Unis. 

Plus encore, lors des nombreux entretiens entre le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre canadien, une idée aurait été soulevée: la possibilité pour les Canadiens de vivre et travailler en Europe sans visa. L’information a été révélée au Wall Street Journal par deux responsables au fait des discussions. 

La France serait particulièrement concernée par la mesure, si elle venait effectivement à se matérialiser. 22% des 37 millions d’habitants au Canada ont comme première langue officielle parlée le français, faisant de la France une destination potentielle de choix pour les travailleurs canadiens. Le service de presse du président français n’a pas répondu aux sollicitations de l’agence de presse britannique Reuters sur le sujet.

« Nous sommes plus proches que jamais »

Mais son bureau a confirmé la tenue d’une rencontre entre Mark Carney et Emmanuel Macron le 20 septembre à Saint-Pierre-et-Miquelon, archipel français situé au large du Canada, rapportent nos confrères. « Nous vivons un moment particulièrement fascinant dans nos relations. Nous sommes plus proches que jamais – et nous le serons encore davantage », affirmait ce mercredi l’ambassadrice de l’UE au Canada, Geneviève Tuts, citée par le site d’information francophone canadien, Lapresse.

Des propos énigmatiques mais optimistes, quelque peu nuancés par Mark Carney lui-même ce dimanche. Le Premier ministre canadien a en effet affirmé à la chaîne canadienne CBC que son pays « ne cherchait pas » un statut de membre, préférant parler d’« alliance unique », avec l’Europe, a rapporté le quotidien canadien. 

D’autres annonces devraient suivre. Mark Carney doit prononcer un discours devant les 720 membres du Parlement européen, mercredi 16 septembre. Le pays accueillera également le sommet UE-Canada, dans six semaines. Le Premier ministre y rencontrera la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ainsi que le président du Conseil européen, Antonio Costa, les 29 et 30 octobre.

Depuis un an, les gestes de rapprochement ne manquent pas entre Bruxelles et le Canada. Un accord signé en décembre 2025 marquait également la participation des Canadiens à un programme européen d’aide à l’industrie de la défense, nommé SAFE (Security action for Europe). 

Il offre notamment aux États la possibilité de contracter des prêts pour des achats conjoints dans l’armement « à des conditions favorables ». En mai, au sommet UE-Arménie, Mark Carney avait aussi affirmé, en parlant de l’Europe: « Nous sommes le plus européen des pays non-européens ». 

La création d’un nouveau statut européen pour le Canada « serait tout à fait possible », a estimé Charles-Emmanuel Côté, membre de l’École supérieure d’études internationales de l’Université Laval interrogé par Le Journal de Montréal. « Il n’y a pas de limite à ce que des États choisissent de faire dans un accord. On peut mettre en commun des questions économiques, de santé, de défense, de mobilité des personnes », a-t-il ajouté.

Toutefois, ratifier un nouveau partenariat tel que celui évoqué ne sera pas une tache aisé. Ils sont dix États européens à ne pas avoir approuvé l’accord de libre-échange avec le Canada, pourtant conclu il y a près de dix ans. 

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