Horizon – Ismaël Lô, artiste-compositeur : «La chanson contribue à l’apaisement des cœurs, à sensibiliser»

Il fête ses 70 ans ce dimanche. Depuis près d’un demi-siècle, Ismaël Lô fait voyager sa musique bien au-delà du Sénégal, avec des chansons comme «Tajabone» ou «Jammu Africa». Il revient avec nous sur son parcours, ses chansons et cette envie de continuer à créer. Il répondait aux questions de Clothilde Hazard.

Ismaël Lô, vous fêtez vos 70 ans ce dimanche. Quand vous regardez votre carrière aujourd’hui, une carrière de près de 50 ans, quel sentiment avez-vous ?

Un sentiment de satisfaction et de rendre grâce aussi à Allah qui m’a donné cette possibilité d’exister, de continuer à aimer ce que je fais, c’est-à-dire évoluer dans le domaine de la musique.

Est-ce qu’il y a un souvenir qui vous revient en premier quand vous regardez votre parcours ?

Ce qui me vient en premier, c’est mon premier passage à la télévision. Le premier jour, j’avais un trac fou. J’étais au studio de la Rts avec Maguette Wade, un animateur de la télévision sénégalaise, et l’émission s’appelait Télé Variétés, c’était mon premier passage à la télévision. J’étais juste passé en tant qu’artiste et j’avais très peur à l’époque de passer à la télévision. C’est la musique qui est venue à moi. Parce que, au départ, moi je me fixais comme objectif d’avoir une carrière similaire à mon père, qui était un douanier. Je pensais que je serais médecin ou quelque chose dans ce genre. Et finalement, je me suis donné à la musique.

Et au début de votre carrière internationale, quand vous êtes allé à la rencontre du public en dehors du Sénégal, qu’avez-vous ressenti ? Vous en souvenez-vous ?

Là, je me plonge vraiment, vraiment très loin, à ma première sortie en France, en Europe. J’avais la volonté de rencontrer des gens, de voir le voisin de palier, dire bonjour. Mais ce n’était pas la même culture. Et ça m’a bouleversé, parce que les gens couraient de gauche à droite. C’était limite, ton voisin, tu lui dis bonjour, il ne te répond même pas. En France, on court beaucoup. Et donc j’ai commencé à apprendre à vivre différemment, me dire que si je ne connais pas quelqu’un, je ne lui dis pas bonjour. J’ai tout de suite eu envie de retourner chez moi, parce que là-bas, il y a l’hospitalité, les gens sont ouverts, il y a de l’ambiance. J’ai composé une chanson qui signifiait «j’ai envie de retourner chez moi», Xalat.

Et sur la naissance de ce tube mondial Tajabone, avez-vous une anecdote ?

Tajabone, c’est le début de l’année musulmane. Je me rappelle quand nous étions petits, dans le quartier, c’était la fête. Après le couscous, le dîner le soir, on se déguisait. En général, si je me rappelle bien, les hommes se déguisaient en femme, les femmes en homme. Ce sont des choses qui m’ont marqué et donc qui m’ont poussé à écrire une chanson sur ce jour mémorable. Mais aujourd’hui, ce titre me fascine et me dépasse. Parce que la chanson Tajabone est mondialement connue.

Y’a-t-il d’autres morceaux dont vous êtes fier avec le recul ?

Je suis fier de toutes mes chansons. C’est comme si vous me demandiez si j’étais plus fier de tel ou tel enfant. Mes compositions sont comme mes enfants. Et donc c’est vrai qu’il y a des enfants qui ont plus de chance que d’autres, mais ça reste quand même mes enfants. Tajabone est sortie du lot, Dibi Dibi Rek est sortie du lot, Jammu Africa est sortie du lot.

Comment l’expliquez-vous, qu’elles soient sorties du lot ?

Mais c’est ça, c’est divin. Je ne peux pas l’expliquer. C’est difficile à expliquer parce que quand tu écris, tu écris pour toi d’abord et pour le public après, c’est un partage.

Vous avez aussi souvent utilisé vos chansons pour parler de paix, de tolérance, de justice et de l’Afrique. Pensez-vous que vous avez réussi à faire passer un message ou à faire bouger des choses ?

Mais bien sûr, c’est ça mon idéal, c’est ça qui me pousse à écrire. Aujourd’hui, si tu écris, il faut écrire quelque chose avec du sens, qui peut amener les gens à être tolérants, à vivre d’amour et de partage, pas de haine, et que les armes se taisent pour que les enfants puissent grandir dans le bonheur et dans la joie. La chanson contribue à l’apaisement des cœurs, à sensibiliser. Ça vient naturellement. A partir de ce moment-là, tu peaufines, tu réarranges, tu dis non, c’est mieux de dire ça. Ma passion pour la musique est spontanée.

Et à 70 ans. Quels sont vos projets aujourd’hui ?

Je ne sais pas. En tout cas, vous insistez sur mes 70 ans. Quand on me dit que j’ai 70 ans, je dis ah bon, j’ai 70 ans. Dans ma tête, j’ai 35 ans ou 25 ans. Je continue à écrire de nouvelles chansons. J’ai toujours cet amour, cette envie de continuer à écrire de nouvelles chansons, écrire et de sortir un nouvel album, Inch’Allah.

Dans combien de temps on pourra écouter votre album ?

Inch’Allah bientôt. Moi je dis toujours bientôt.
Rfi

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