FRUITS DE SAISON -Le business du «madd » fait recette

Au marché « Syndicat » de Pikine, le « madd » (Saba senegalensis), un fruit de saison, s’achète par sac, demi-sac ou à la pièce, avant de prendre le chemin des quartiers. Préparé, puis conditionné dans de petits pots, le fruit est revendu à 100, 250, 500, 1.000 ou 2.000 FCfa. C’est selon les formats. De Guédiawaye à Colobane en passant par la Cité Douane, revendeuses et commerçants ont construit autour du « madd » une véritable micro-économie faite d’achats en gros, de transformation, de livraisons et d’une multitude de ventes au détail.

Au marché « Syndicat » (ou « Sàndika ») de Pikine, le « madd » (Saba senegalensis), fruit emblématique de saison, se vend d’abord comme une marchandise de gros. Les sacs sont entassés chez les grossistes, où les fruits sont scrupuleusement examinés, triés et négociés selon leur maturité et leur qualité. Des acheteurs venus de divers quartiers s’y pressent pour constituer leur stock. La plupart ne viennent pas pour leur propre consommation, mais pour s’approvisionner en vue d’une revente au détail une fois rentrés chez eux. Dans ce marché très animé, le sac constitue le point de départ d’une longue chaîne commerciale qui se prolonge au cœur des concessions et des ruelles.

Acheté en grande quantité, le « madd » sera vendu à la pièce, réparti dans de petits pots ou assaisonné (avec du sucre, du piment ou du sel), avant d’être proposé aux consommateurs. À ce stade, l’échelle des prix change complètement : un sac acheté à plusieurs milliers de francs donne naissance à une succession de petites ventes de 100, 250, 500 ou 1.000 FCfa, et parfois davantage.

Mariétou Ndiaye fait partie de ces commerçantes qui connaissent parfaitement le circuit. Habitante de Guédiawaye, elle vient régulièrement à Pikine pour acheter un demi-sac. Son objectif ? Le revendre dans son quartier sous de petits formats. Une fois rentrée, elle répartit la pulpe dans de petits pots plastiques qu’elle propose à 100 FCfa l’unité. Un tarif volontairement accessible pour toucher une large clientèle.

« Je le revends dans de petits pots à 100 FCfa au quartier. Je m’en sors pas mal », explique-t-elle. Derrière cette modeste déclaration se cache une vraie stratégie commerciale : acheter en gros pour vendre en micro-portions adaptées au budget quotidien des habitants, pour qui il est bien plus facile de débourser 100 FCfa au coup par coup que d’investir dans une grande quantité. Le sac acheté au marché n’est plus visible dans le commerce final. Il se retrouve dispersé dans une multitude de petits contenants.

À quelques mètres des vendeurs de sacs, Faty Dione, la cinquantaine, vient elle aussi s’approvisionner, sa fidèle bassine sous le bras. Contrairement à Mariétou, elle n’achète pas de demi-sac, mais sélectionne des pièces de « madd » à l’unité qu’elle écoulera selon deux formules : une partie est vendue telle quelle, pièce par pièce, tandis que l’autre est retravaillée, assaisonnée, puis mise en pot. Cette double approche lui permet de concilier vente rapide à l’état brut et meilleure marge sur le produit préparé.

Recettes diversifiées

Le même achat peut ainsi donner lieu à deux types de recettes. Avec sa bassine, Faty repart du marché avec une marchandise qu’elle va progressivement transformer en petites ventes. Son activité montre aussi que l’entrée dans le commerce du « madd » ne nécessite pas forcément l’achat d’un sac entier. Le volume peut être adapté aux moyens de la revendeuse et à la capacité de vente de son quartier. Pour ces commerçantes, le marché est le premier maillon de leur activité. Elles y choisissent la quantité qu’elles peuvent financer, puis organisent la suite de la vente en fonction de leur clientèle.

Le circuit se poursuit au rond-point de Colobane, avec Ndiaga Sylla. Ce commerçant achète ses sacs entre 10.000 et 15.000 FCfa. Le prix dépend de la qualité du « madd ». Cette différence constitue déjà un élément important dans son activité puisqu’un sac plus cher nécessite ensuite de vendre suffisamment de portions pour couvrir l’investissement et les autres dépenses. Après l’achat, Ndiaga Sylla prépare le « madd » avant de le conditionner. Le sac est progressivement transformé en petits pots. Le produit n’est plus vendu comme une quantité unique, mais comme une série de portions destinées à des clients qui n’ont pas tous le même budget. Ndiaga Sylla propose ainsi plusieurs prix. Ses pots sont vendus à 250, 500 et 1.000 FCfa. Cette gamme permet de toucher plusieurs catégories de clients. Celui qui dispose de quelques pièces prend le petit format et celui qui en veut davantage choisit un pot plus grand

Du « Ndiambaan »

Le commerce fonctionne par accumulation de petites ventes. Le sac acheté entre 10.000 et 15.000 FCfa doit être transformé en un nombre suffisant de pots pour permettre au vendeur de récupérer son investissement et de couvrir les dépenses liées à la préparation et au conditionnement.

À la Cité Douane, Fatou Kiné Mbaye a installé son activité devant son domicile. Une table lui sert de comptoir. Les clients viennent y acheter directement les pots. Elle paye le sac, transforme le « madd », puis le conditionne avant de le proposer à sa clientèle. Le sac lui est revenu à 10.000 FCfa. À cette somme s’ajoutent les dépenses liées à la préparation. Elle doit également acheter les pots et le packaging.

Le coût réel de son activité dépasse le prix payé au moment de l’approvisionnement. Une fois le « madd » préparé et conditionné, elle le vend selon plusieurs formats. Les pots sont proposés à 500, 1.000 et 2.000 FCfa. Là encore, le prix varie avec la quantité. Le client peut choisir son format selon ses besoins et son budget. Fatou Kiné ne compte pas uniquement sur les clients qui passent devant sa maison. Elle fait aussi de la livraison dans les alentours. Son activité se prolonge au-delà de sa table. Une commande peut être préparée chez elle, puis remise à un client dans le voisinage.

Elle considère que cette activité lui permet de s’en sortir. Son témoignage montre aussi que la vente du « madd » peut s’organiser à partir d’un domicile, avec des moyens relativement simples : une table, des pots, un stock et une clientèle construite au fil des ventes. Mais, derrière la simplicité apparente de ces petits commerces, les dépenses sont nombreuses. L’achat du fruit constitue le premier investissement. Viennent ensuite la préparation, les emballages, les pots et, pour certains vendeurs, les frais de déplacement ou de livraison. La rentabilité dépend donc de plusieurs paramètres. Le prix du sac varie selon la qualité. La quantité obtenue après préparation détermine le nombre de pots disponibles. Le prix de chaque pot influence les recettes. Les dépenses engagées avant la vente viennent réduire le montant réellement conservé par le commerçant. C’est ce qui explique la diversité des stratégies rencontrées sur le terrain. Mariétou Ndiaye mise sur des pots à 100 francs.

Faty Dione combine la vente à la pièce et celle du produit préparé. Ndiaga Sylla propose des pots à 250, 500 et 1.000 FCfa. Fatou Kiné Mbaye va jusqu’à 2.000 FCfa et ajoute la livraison à son activité. Tous n’achètent d’ailleurs pas de la même manière. Ces différences montrent une économie souple, adaptée aux moyens de ceux qui la pratiquent. Il n’est pas nécessaire de disposer d’un grand capital pour entrer dans le circuit. Une bassine peut suffire pour acheter quelques pièces. Une moitié de sac permet de constituer un petit stock. Un sac entier ouvre la possibilité d’une activité plus importante. Ce commerce repose finalement sur une opération simple : acheter en quantité pour revendre en petites portions.

Par Amadou KÉBÉ
LESOLEIL

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