AVC: « sans prise en charge adaptée, plus de la moitié des patients peuvent décéder»
Au Sénégal, l’Accident vasculaire cérébral (Avc) est, selon plusieurs sources, au premier rang des affections neurologiques tant par sa gravité que par sa fréquence. Dans cet entretien, le Dr Mohameth Faye explique les types d’Avc, leurs causes et les traitements. Selon lui, du fait de la gravité de la maladie, plus de la moitié des patients risquent leur vie si la prise en charge n’est pas rapide et adaptée.
Comment définit-on un Accident vasculaire cérébral (Avc) ?
L’Avc signifie Accident vasculaire cérébral. C’est une maladie qui survient lorsqu’il y a un problème au niveau des vaisseaux sanguins qui alimentent le cerveau. Il existe deux grands types d’Avc. Le premier est l’accident vasculaire cérébral ischémique. Il est provoqué par l’obstruction d’un vaisseau intracrânien, c’est-à-dire une artère qui vascularise le cerveau. Lorsqu’une artère est bouchée par un caillot, le sang n’arrive plus correctement dans la partie du cerveau qu’elle alimente. Cette interruption entraîne un gonflement du cerveau, ce qu’on appelle un œdème cérébral. Ce gonflement provoque ensuite une augmentation de la pression à l’intérieur du crâne, appelée hypertension intracrânienne. C’est cette situation qui va provoquer les troubles neurologiques que l’on observe chez les patients, comme les pertes de connaissance, les troubles de la conscience, la paralysie d’une partie du corps ou encore les troubles du langage. Le deuxième type est l’Avc hémorragique. Dans ce cas, il ne s’agit pas d’une artère bouchée, mais d’une artère qui se rompt. Cette rupture entraîne un écoulement de sang dans le cerveau. Cette accumulation de sang va également provoquer une augmentation de la pression intracrânienne et entraîner des signes neurologiques comme les troubles de la conscience, les vomissements, les paralysies ou les difficultés à parler. Il existe deux mécanismes différents. L’Avc ischémique est lié à l’obstruction d’une artère par un caillot, tandis que l’Avc hémorragique est provoqué par la rupture d’un vaisseau sanguin.
Comment l’interruption de l’arrivée du sang peut-elle provoquer une destruction des cellules nerveuses ?
Lorsqu’une artère est bouchée par un caillot, le territoire du cerveau qu’elle irrigue n’est plus correctement alimenté. Chaque artère a une fonction précise et vascularise une partie déterminée du cerveau. L’artère cérébrale moyenne, qu’on appelle également l’artère sylvienne, est l’une des artères les plus importantes. Elle est touchée dans une grande majorité des Avc, notamment dans plus de 70 % des cas, selon certaines séries étudiées. Lorsqu’elle est atteinte, elle ne peut plus assurer l’apport sanguin aux territoires superficiels et profonds du cerveau qui contrôlent principalement la motricité et le langage. Les cellules cérébrales privées d’oxygène et de sang ne peuvent pas survivre longtemps. C’est comme une plante qu’on arrête d’arroser ; elle finit par disparaître. Pour les cellules du cerveau, l’absence d’apport sanguin entraîne leur détérioration. Dans un premier temps, le cerveau va réagir avec un gonflement. C’est cette augmentation du volume cérébral qui provoque une hypertension intracrânienne. Le patient peut alors présenter des douleurs à la tête, des troubles de la conscience ou d’autres signes neurologiques. Si rien n’est fait rapidement, cette situation peut conduire à une destruction définitive des cellules cérébrales.
Quelles sont les zones du cerveau les plus touchées lors d’un Avc ?
L’artère cérébrale moyenne, appelée aussi artère sylvienne, est une zone particulièrement concernée. Elle joue un rôle majeur parce qu’elle vascularise des régions responsables de fonctions essentielles comme la motricité et le langage. Le cerveau est divisé en deux parties : l’hémisphère droit et l’hémisphère gauche. Chaque partie commande la moitié opposée du corps. Ainsi, un Avc qui touche l’hémisphère droit provoquera une paralysie du côté gauche du corps. À l’inverse, une atteinte de l’hémisphère gauche provoquera une paralysie du côté droit. Lorsque l’artère sylvienne est touchée dans ses territoires superficiels ou profonds, le patient peut présenter une hémiplégie, c’est-à-dire une paralysie d’une moitié du corps. Cette atteinte peut aussi concerner le langage. Chez une personne droitière, l’hémisphère dominant se situe généralement à gauche. C’est dans cette partie du cerveau qu’on retrouve notamment l’aire de Broca, une zone essentielle dans la production de la parole. Lorsque cette région est atteinte, le patient peut comprendre ce qu’on lui dit, mais est incapable de répondre correctement. On parle alors d’aphasie. La personne a besoin de ses muscles pour parler, mais comme la commande motrice est atteinte, la communication devient difficile.
Quels examens faut-il réaliser lorsqu’on suspecte un Avc ?
L’examen principal reste le scanner cérébral. C’est l’examen de référence qui permet d’orienter rapidement le diagnostic. Il ne nécessite pas d’injection et permet de voir s’il y a du sang dans le cerveau ; ce qui correspond à un Avc hémorragique, ou s’il y a un caillot responsable d’un Avc ischémique. Lorsqu’un patient présente des signes évocateurs d’un Avc, notamment une perte de connaissance, une paralysie, des troubles de la parole ou une crise, il faut l’amener rapidement à l’hôpital pour réaliser un scanner cérébral. Au Sénégal, cet examen est disponible dans plusieurs structures sanitaires. Son coût varie entre 40 000 et 60 000 FCfa.
Quel est l’intérêt du scanner cérébral ou de l’Irm dans le diagnostic d’un Avc ?
Le scanner reste l’examen que l’on demande en priorité parce qu’il est plus accessible et plus rapide. L’Irm est également une possibilité, mais elle demande davantage de moyens techniques et financiers. Elle permet aussi de faire la distinction entre un Avc ischémique et un Avc hémorragique. Dans la pratique, le scanner permet déjà de poser le diagnostic et d’orienter la prise en charge. L’objectif est de savoir rapidement si l’on est face à un vaisseau bouché ou à une hémorragie afin d’adapter le traitement.
Quelles sont les principales causes des Avc ischémiques ?
L’Avc ischémique est souvent lié à des facteurs de risque cardiovasculaires. On retrouve notamment l’hypertension artérielle, le diabète mal suivi et certaines maladies cardiaques. Un patient qui présente un Avc ischémique peut être une personne suivie pour des troubles du rythme cardiaque, des maladies des valves cardiaques ou d’autres problèmes du cœur. Ces situations peuvent favoriser la formation de caillots qui vont ensuite migrer vers le cerveau et bloquer une artère. Il y a également l’athérosclérose. C’est un phénomène au cours duquel des graisses s’accumulent dans la paroi des vaisseaux sanguins. Progressivement, cela réduit le diamètre de l’artère, diminue le passage du sang et peut favoriser l’apparition d’un Avc.
Quelles sont les causes des Avc hémorragiques ?
L’hypertension artérielle reste l’un des principaux facteurs de risque. Une tension trop élevée et mal contrôlée peut fragiliser les parois des artères et provoquer leur rupture. Mais, il existe aussi d’autres causes. Certaines peuvent être liées à des malformations des vaisseaux sanguins du cerveau. Dans ces situations, l’artère peut se détériorer et provoquer une hémorragie intracrânienne.
Quels sont les principaux signes qui doivent alerter face à un Avc ?
Le signe le plus connu est la paralysie d’une moitié du corps, appelée hémiplégie. Le cerveau est divisé en deux parties et chacune commande le côté opposé du corps. Une atteinte d’un hémisphère cérébral va donc entraîner une paralysie du côté opposé. Il peut aussi y avoir des troubles de la parole. Le patient peut avoir des difficultés à articuler, à trouver ses mots ou à s’exprimer. Dans certains cas, il comprend ce qu’on lui dit, mais n’arrive plus à répondre. C’est ce qu’on appelle une aphasie. On peut également observer des troubles de la sensibilité. Le patient peut ne plus sentir une partie de son corps. On parle d’hypoesthésie lorsque la sensibilité diminue et d’anesthésie quand la personne ne ressent plus rien du tout. Ces troubles apparaissent notamment lorsque certaines zones profondes du cerveau, comme le thalamus, sont atteintes. Le thalamus joue un rôle essentiel dans la transmission des informations liées aux sensations. Les troubles de la vision font également partie des signes possibles. Ils peuvent apparaître lorsque les zones du cerveau impliquées dans la vision sont touchées, notamment le lobe occipital vascularisé par l’artère calcarine.
Pourquoi la rapidité de la prise en charge est-elle essentielle ?
Dans l’Avc, le temps est un élément déterminant. Plus la prise en charge est rapide, plus on augmente les chances de limiter les dégâts au niveau du cerveau. Lorsqu’une artère est bouchée ou qu’un saignement survient, les cellules cérébrales sont exposées à un manque d’oxygène ou à une pression excessive. Une intervention rapide permet d’identifier le type d’Avc et de mettre en place le traitement adapté.
Qu’en est-il des séquelles ?
Avant de parler des séquelles, il faut rappeler que la mortalité liée aux Avc reste très élevée au Sénégal. La gravité de cette maladie fait que plus de la moitié des patients peuvent décéder s’ils ne bénéficient pas d’une prise en charge adaptée et rapide. Lorsqu’un patient survit, les séquelles sont essentiellement neurologiques. Certains malades gardent des déficits moteurs séquellaires. Ce sont des situations où, lorsqu’on observe la personne marcher ou effectuer certains mouvements, on constate qu’une partie du corps ne fonctionne plus normalement. L’Avc peut également entraîner des troubles cognitifs. Dans certains cas, surtout quand il s’agit d’un Avc massif, le patient peut développer ce qu’on appelle une démence vasculaire. Cela se traduit par des troubles de la mémoire et une altération progressive de certaines fonctions intellectuelles. Les troubles du langage font aussi partie des séquelles fréquentes. Quand une zone comme l’aire de Broca, responsable de la production de la parole, est atteinte, le patient peut présenter une aphasie. Certains malades récupèrent progressivement grâce à la plasticité neuronale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à réorganiser certaines fonctions après une lésion. Mais, cette récupération reste souvent incomplète, notamment pour la parole. Chez les personnes âgées, les capacités de récupération sont généralement plus limitées. Les sujets jeunes ont davantage de possibilités de retrouver une partie de leurs capacités, qu’il s’agisse de la parole ou des fonctions motrices. Il existe aussi d’autres complications, particulièrement l’hydrocéphalie dans certaines situations. Les conséquences d’un Avc peuvent donc être multiples, mais les principales séquelles restent les déficits neurologiques, les troubles de la parole et les troubles cognitifs liés aux lésions vasculaires du cerveau.
Propos recueillis par Amadou KÉBÉ
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