Employabilité des jeunes : Le salut passe par les motos « Jakarta » à Louga
Alors que trouver un emploi est devenu très difficile dans le pays, beaucoup de jeunes se sont convertis en conducteurs de motos « Jakarta » pour trouver le salut. À Louga, l’essentiel de la mobilité des personnes et des biens est assuré par ces jeunes. Grâce à cette activité, ils parviennent à tirer leur épingle du jeu.
LOUGA- Depuis début mai 2026, la chaleur semble à son paroxysme, indisposant les humains et les animaux. Louga et ses habitants endurent la lourdeur du climat. La courbe des températures a connu une hausse progressive, plongeant le Ndiambour dans la canicule. Malgré tout, les populations continuent de vaquer à leurs occupations. Devant l’entrée de la gare routière « Touba », les conducteurs de « Jakarta » sont assis sur leurs motos, scrutant l’arrivée des clients. Ce manège se répète toute la journée. À Louga, ces conducteurs assurent l’essentiel de la mobilité des personnes et des biens. L’activité est en plein essor dans la ville. Face au chômage, nombreux sont les jeunes qui se sont convertis dans ce milieu, à la recherche de revenus pour subvenir à leurs besoins. Papa Fall, la trentaine, assure son pain quotidien grâce à ce métier. « C’est en 2021 que j’ai commencé à m’activer dans ce secteur », confie-t-il, soulignant qu’il était maçon. « J’ai été contraint d’abandonner la maçonnerie parce que je suis asthmatique », a-t-il fait savoir. Son état de santé étant incompatible au métier qu’il a voulu exercer, ce natif de Louga s’est tourné vers le secteur des motos. « Ce travail me permet de subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille », informe-t-il, soulignant qu’il peut gagner entre 6.000 et 7.000 FCFA par jour pour une course taxée entre 300 et 500 FCFA. Même son de cloche chez un ancien étudiant qui a préféré garder l’anonymat. Après son passage à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Flsh Ucad), précisément au Département d’Anglais, il n’a pas pu décrocher un emploi. Dès lors, renseigne-t-il, « pour ne pas tomber dans l’oisiveté [il s’est dit qu’il valait mieux faire quelque chose en attendant». Ainsi, il s’est lancé dans la conduite de motos « Jakarta ».
Sensibiliser les acteurs sur la sécurité routière
À un jet de pierre, précisément à l’intersection de la route menant vers Touba, d’autres jeunes sont garés de part et d’autre des trottoirs. Ils discutent entre eux tout en gardant un œil sur les passants. Ngagne Diouf, un habitant de Keur Ibra, un village situé à sept kilomètres de Louga, se rend chaque jour dans la capitale du Ndiambour pour travailler comme conducteur de motos. « Après les travaux champêtres, nous restons à la maison sans occupation. J’ai décidé d’acheter une moto pour gagner quelque chose », affirme-t-il, précisant qu’il apprenait le Coran.
Selon lui, il a d’ailleurs mémorisé le Livre saint avant d’arrêter. « Je peux parfois gagner 6.000 FCFA, mais le carburant coûte un peu cher », se plaint-il. Toutefois, Ngagne affirme s’en sortir. Aliou Lô, son collègue, soutient aussi que ce métier constitue son gagne-pain. « Avant, je travaillais comme journalier-maçon, mais j’ai dû arrêter parce que le mode de paiement ne me convenait pas », explique-t-il. Pour ce fils unique, cela lui permet d’assurer les dépenses quotidiennes et d’aider aussi sa mère. Pour les personnes interrogées, prendre une moto « Jakarta » est plus accessible et pratique, car elle permet de faire ses courses et de rentrer rapidement chez soi. Malgré sa rentabilité économique, ce métier n’est pas sans risques. En effet, de nombreux accidents de la circulation sont liés à cette activité. C’est pourquoi il est important de sensibiliser les conducteurs sur les questions liées à la sécurité routière afin de les prévenir. À ce propos, Aliou estime que l’État doit initier des campagnes de sensibilisation pour mieux les accompagner, surtout que cette activité, constate-t-il, absorbe une bonne partie de la jeunesse en quête d’emploi.
Falel PAM (Correspondant)

