« Le début de la fin pour l’OPEP »: quelles conséquences après le départ brutal des Émirats arabes unis de l’Organisation?
Les Émirats arabes unis vont se retirer à partir du 1er mai 2026 de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) au nom de « l’intérêt national« . Une annonce surprise qui fragilise l’alliance, déjà ébranlée par la guerre au Moyen-Orient. C’est une annonce que personne n’attendait. Après 60 ans d’adhésion, les Émirats arabes unis ont annoncé ce mardi 28 avril leur retrait de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Le pays du Golfe, qui figure parmi les plus grands producteurs au monde, quittera le groupe mené par Ryad et son extension Opep+ comptant aussi la Russie, à partir du 1er mai, a indiqué l’agence de presse officielle Wam.
« Cette décision reflète la vision stratégique et économique à long terme des Émirats arabes unis », a précisé Wam, en pleine « accélération des investissements dans la production d’énergie ». Les Émirats, qui ont rejoint le cartel en 1967, ont « apporté des contributions importantes et consenti des sacrifices encore plus grands dans l’intérêt de tous. Mais le moment est venu de concentrer nos efforts sur ce que dicte notre intérêt national », a-t-elle ajouté.
- Qu’est-ce que l’Opep?
Il s’agit d’une organisation formée en1960 par cinq pays: Iran, Irak, Koweït, Arabie Saoudite et le Venezuela. L’Opep comprend également l’Algérie, la Guinée équatoriale, le Gabon, la Libye, le Nigéria et la République du Congo. L’Opep a été créée pour défendre les intérêts des principaux exportateurs de pétrole en coordonnant la production pour assurer des revenus stables à ses membres.
Avec le départ des Émirats arabes unis qui ont rejoint cette alliance en 1967, le nombre de membres se porte désormais à 11, et à 10 pour l’Opep+, dont la Russie. Les Émirats arabes unis étaient déjà membres de l’Opep avant même de devenir un État-nation en 1971.
- Pourquoi maintenant?
La décision des Émirats arabes unis intervient alors que la Banque mondiale a averti que la guerre au Moyen-Orient a provoqué la plus importante perte d’approvisionnement en pétrole jamais enregistrée, note la BBC dans un article. Les Émirats arabes unis ont déclaré que leur décision les aiderait à répondre à la demande énergétique mondiale croissante à long terme, après les récents investissements visant à accroître leur capacité de production. Lire la vidéo
Le New York Times note de son côté que les « responsables émiratis ont depuis longtemps laissés planer l’idée qu’ils pourraient quitter l’organisation, en raison de quotas de production inéquitablement partagés ». Le pays ne s’est pas caché qu’il souhaite depuis longtemps pomper davantage de pétrole.
Mais surtout, ce départ intervient alors que le petit pays pétrolier a été touché par 2.800 attaques de drones et missiles venant de l’Iran, un autre membre de l’Opep. Les Émirats arabes uni ont également reproché aux autres États arabes de ne pas avoir assez fait pour les protéger de ces attaques iraniennes, ce qui s’additionne au contexte de tension avec son rival l’Arabie saoudite, notamment sur les questions géopolitiques en Libye, au Soudan ou au Yémen.
- Quel impact sur l’alliance?
Après le départ du Qatar en 2019, celui des Émirats arabes unis est perçu comme un nouveau coup dur pour l’organisation. Saul Kavonic, responsable de la recherche énergétique chez MST Financial, a déclaré à la BBC que c’était « le début de la fin » pour l’alliance: « L’OPEP perd environ 15 % de sa capacité et l’un de ses membres les plus disciplinés. »
L’Arabie saoudite domine la production de l’Opep mais les Émirats arabes unis disposaient de la deuxième plus importante capacité de production excédentaire. Ils constituaient le deuxième producteur d’appoint le plus important, capable d’accroître sa production pour contribuer à la baisse des prix. L’Arabie saoudite va désormais subir une pression considérable.
L’organisation joue un rôle moins important sur les marchés pétroliers mondiaux, par rapport à ce qu’elle a connu dans les années 1970. Elle est passée de 85% de pétrole échangé à 50% aujourd’hui. Ce départ n’aura pas un impact immédiat sur l’approvisionnement énergétique mondial mais pourrait entraîner une augmentation de la production à plus long terme.
- Un rapprochement avec les États-Unis?
Pour Donald Trump, cette annonce constitue une victoire. Il avait déjà accusé l’Opep de « profiter du reste du monde » . En début d’année, il avait demandé à l’organisation de « faire baisser le prix du pétrole » et avait réitéré sa menace d’imposer des droits de douane. Ce départ constitue donc un possible rapprochement entre les deux pays, d’autant qu’ils sont déjà partenaires économiques.
En mai dernier, le président des Émirats arabes unis a annoncé que son pays allait investir 1.400 milliards de dollars aux États-Unis au cous des dix prochaines années.
Selon l’Opep, les Émirats arabes unis ont produit 2,9 millions de barils de pétrole par jour en 2024, contre neuf millions par jour pour l’Arabie saoudite. La BBC rapporte que les experts estiment que désormais, le pays pétrolier pourrait accroître sa production d’environ un milliard par jour en dehors de l’organisation. « Cela représente un remodelage géopolitique fondamental du Moyen-Orient et des marchés pétroliers », estime Saul Kavonic, responsable de la recherche énergétique chez MST Financial.
Les quotas de l’Opep limitaient la production des Émirats arabes unis à 3,2 millions de barils par jour, alors que leur capacité de production avoisine les 5 millions de baril par jour, a déclaré Robin Mills, PDG du cabinet de conseil QamarEnergy, basé à Dubaï, à l’émission Connect the World de CNN. Cette offre supplémentaire potentielle représente environ 1 à 2 % de la demande mondiale de pétrole.
Les cours du pétrole poursuivaient leur escalade ce mercredi, les deux références mondiales de l’or noir évoluant largement au-dessus de la barre symbolique des 100 dollars le baril. Vers 11h15, le prix du baril de Brent de la mer du Nord grimpait de 3,1% à 114,70 dollars, son plus haut niveau depuis juin 2022. Son équivalent américain, le WTI, montait quant à lui de 3,6% à 103,59 dollars.

