Bourses d’études taïwanaises : La bourde capitale de Abasse Fall
Alors qu’un communiqué de la Ville de Dakar annonçait, mardi, l’octroi de bourses d’études par Taipei, la municipalité a opéré un rétropédalage spectaculaire ce mercredi. Une «erreur administrative» selon les explications de la mairie, mais personne n’est dupe : ce cafouillage aurait pu provoquer un incident diplomatique majeur, une onde de choc, ravivant les tensions autour de la politique d’une «Chine unique» chérie par Pékin, qui n’a pas dû apprécier cette «erreur matérielle», qui devient un argument très commode pour expliquer une bévue.
Par Bocar SAKHO – Le réveil a été brutal pour les services municipaux de la capitale sénégalaise. Dans un nouveau document diffusé ce 22 avril 2026, la Ville de Dakar a déclaré «nul et de nul effet» un précédent communiqué qui détaillait une offre de bourses pour l’apprentissage du mandarin et de la culture taïwanaise à Taipei. L’offre initiale était pourtant alléchante : une allocation mensuelle de 25 000 NT$ (environ 443 387 F Cfa) pour des ressortissants dakarois. Mais ce qui semblait être une opportunité académique s’est transformé en un véritable bourbier géopolitique. La Ville invoque désormais une «erreur matérielle» pour justifier ce retrait précipité.
Un rappel à l’ordre diplomatique
Dans son rectificatif, la mairie de Dakar a dû s’aligner strictement sur la position de l’Etat central : «La Ville de Dakar informe l’opinion publique qu’une erreur matérielle s’est glissée dans un précédent communiqué relatif à une supposée offre de bourses par Taïwan. Ce communiqué est, par conséquent, nul et de nul effet. La Ville de Dakar tient à préciser que la République du Sénégal n’entretient pas de relations diplomatiques avec Taïwan […] les relations diplomatiques du Sénégal sont établies exclusivement avec la République populaire de Chine. La Ville de Dakar présente ses excuses pour toute confusion que cette situation aurait pu engendrer et remercie le public pour sa compréhension», explique l’Hôtel de ville dans un communiqué partagé au niveau de ses différentes plateformes.
La colère de Pékin en toile de fond
Si le démenti de la Ville de Dakar se veut technique, il cache mal l’agacement probable de la République populaire de Chine (Rpc). Dans le monde de la diplomatie, reconnaître Taïwan -même à travers une simple coopération municipale- est une ligne rouge absolue pour Pékin. Même les Etats-Unis d’Amérique, malgré leur toute-puissance et l’excellence de leurs relations avec l’île rebelle, n’osent pas froisser Beijing sur cette question.
Le Sénégal, qui a rompu ses liens avec Taipei en 2005 pour s’aligner sur Pékin, ne peut se permettre d’écorcher son partenariat stratégique avec la Chine, surtout à l’approche des Jeux Olympiques de la Jeunesse (Joj 2026). La réaction de Beijing, bien que non officielle, a dû être immédiate et ferme, rappelant que «la République populaire de Chine est le seul représentant légal de la Chine».
Ce rappel à l’ordre souligne la fragilité des initiatives locales face aux enjeux de souveraineté nationale. Pour la Direction de l’éducation de la Ville, le formulaire à récupérer au bureau courrier de la Dei restera donc une archive d’une crise évitée de justesse. Mais, la question centrale : comment une telle «erreur matérielle» a pu se glisser dans un document partagé alors que cela aurait pu provoquer une crise diplomatique ? Avec le nom de la capitale taiwanaise et la bourse en devises locales ? Une légèreté ? Une ignorance ? Autant de questions qui montrent que la gestion d’une cité ne relève pas de l’improvisation. Et moins encore celle d’un Etat.
Pour les jeunes Dakarois qui commençaient déjà à préparer leur «demande manuscrite» et leur «certificat de domicile», la déception doit être grande. Entre les rêves d’expatriation et les réalités de la «Realpolitik», le choix de la Ville de Dakar a été tranché : le maintien des relations privilégiées avec le géant chinois vaut bien l’annulation de quelques bourses taïwanaises.

