Serigne Mbacké Dieng, Directeur général de l’OFOR: « Le coût énergétique représente entre 30 et 60 % des charges des délégataires de service public »
Installé le 26 février 2025 comme directeur général de l’Office des forages ruraux (Ofor), Serigne Mbacké Dieng fait le point sur l’hydraulique rurale au Sénégal. Dans cet entretien réalisé au siège de l’Ofor, il évoque les projets structurants, la réforme de la gouvernance et analyse les performances des délégataires du service public de l’eau.
Vous venez de boucler votre première année à la tête de l’Office des forages ruraux. Quel bilan tirez-vous de 2025 ?
Cette première année a été riche en réalisations. Nous avons mis en œuvre plusieurs projets structurants destinés à mettre à niveau l’hydraulique rurale. Le projet d’alimentation en eau potable en milieu rural, phase 2, financé par Eximbank Chine à hauteur de 55 milliards de FCfa, a été relancé après avoir été bloqué par la question de la dette. Nous avons également un programme financé par la Banque africaine de développement pour améliorer l’accès à l’eau dans les zones défavorisées, ainsi que des projets spécifiques à Ziguinchor et dans plusieurs villages confrontés à des difficultés. Parallèlement, nous avons remis en service de nombreux ouvrages existants avant de construire de nouveaux points d’eau, afin de garantir la continuité et la qualité du service. L’année 2025 a aussi été marquée par une nette amélioration de la disponibilité des ouvrages, qui a atteint 97 % dans les périmètres affermés et 92 % dans les périmètres non affermés. La réactivité face aux défaillances s’est accrue grâce à des stocks de sécurité et à des interventions dans un délai de 48 heures.
Qu’en est-il de l’efficacité de la gestion et du taux d’incorporation ?
Nous avons fait progresser le taux d’incorporation des ouvrages, qui est passé de 27 % à 43 %, et même à 56 % dans les zones sous délégation de service public. Cette amélioration résulte d’une concertation étroite avec les populations, de la mise en place d’un manuel de procédures de maintenance et d’exploitation, et de la collaboration avec les autorités locales. L’objectif est de professionnaliser la gestion et de garantir un service durable et fiable. Certaines zones restent toutefois en retard. Thiès-Diourbel affiche encore un taux inférieur à 50 %, en raison d’engagements anciens non respectés et de difficultés de communication au démarrage des projets. Mais la reprise du dialogue avec les communautés permet une amélioration progressive.
L’État joue-t-il un rôle actif dans ces initiatives ?
L’implication de l’État est très forte. Un programme d’urgence doté de 10 milliards de FCfa a été lancé, et le budget de l’Ofor est passé de 20 à 43 milliards de FCfa, avec une mobilisation de 90 % des fonds et un taux d’exécution de 83 %. Ces efforts montrent une volonté claire de renforcer l’accès à l’eau en milieu rural et de promouvoir l’équité territoriale. La qualité de l’eau reste-t-elle un défi ? Oui. Si le taux d’accès amélioré est élevé, l’accès sécurisé reste inférieur à 30 %. Les problèmes concernent la qualité hydrochimique de l’eau. Pour y remédier, nous renforçons les unités de potabilisation, développons les transferts d’eau et mettons en place des infrastructures multi-usages, appelées « autoroutes de l’eau », qui permettront de mobiliser les ressources de manière plus efficace.
Où en est le chantier de solarisation des forages ?
L’hybridation des sites constitue un pilier de l’amélioration du service. Le coût énergétique représente entre 30 et 60 % des charges des délégataires de service public, et certaines zones connaissent des coupures fréquentes, notamment en période de chaleur. L’objectif est de sécuriser l’alimentation en énergie via des panneaux solaires, des onduleurs et des batteries. La plupart des nouveaux ouvrages seront ainsi solarisés, et un programme national est en cours avec l’Agence nationale des énergies renouvelables et les délégataires de service public.
Comment travaillez-vous avec les délégataires et les collectivités locales ?
Les délégataires de service public de l’eau ont permis une professionnalisation de l’exploitation des ouvrages. L’État finance les investissements et assure la remise à niveau, tandis que les Dsp exploitent les installations et renouvellent les équipements récents sous notre contrôle. Nous avons mis en place des stocks de sécurité pour anticiper les pannes et garantir la continuité du service.
Quelles réussites peut-on mettre en avant ?
Lors du Magal de Touba, nous avons amélioré la gestion de l’eau avec 44 forages entretenus, 920 fuites réparées et 130 camions mobilisés pour desservir plus de 11 700 familles. Seuls deux cas de fraude ont été détectés. Ces actions montrent que, lorsqu’il y a anticipation et professionnalisation, le service peut atteindre un niveau élevé de fiabilité.
Quelles réformes sont envisagées pour la gouvernance et la tarification ?
Trois modèles coexistent aujourd’hui, et notre objectif est d’aller vers une gouvernance plus professionnelle et inclusive. Pour la tarification, le prix du mètre cube varie de 250 FCfa en zone rurale à plus de 400 FCfa en zone urbaine. Une réforme est en cours afin de garantir un équilibre entre viabilité économique et protection des populations vulnérables. Nous travaillons également à mieux mobiliser les ressources renouvelables, actuellement utilisées à seulement 10 à 13 % au Sénégal, pour soutenir l’agriculture, l’élevage, l’industrie et la souveraineté alimentaire.
• Par Babacar Guèye DIOP
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