Dr Momar Thiam, conseiller en communication politique : « Le Président, il est dans une stratégie de rassemblement qui va du PASTEF à la coalition « Diomaye président » »

La sortie du président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, lors de l’assemblée générale de validation des textes règlementaires de la coalition « Diomaye président », tenue samedi dernier 7 mars au King Fahd Palace, à Dakar, continue de susciter débats surtout au sein de PASTEF, la formation politique qui a porté sa candidature pour briguer les suffrages des Sénégalais lors de la présidentielle du 24 mars 2024. Dans cet entretien, DR Momar Thiam, Conseiller en Communication politique, analysant les propos du chef de l’Etat, relève que le Président Diomaye Faye « est dans une stratégie de rassemblement qui va du PASTEF à la coalition « Diomaye président » ». Peut-être dans la perspective d’élections futures, que ce soient les élections locales de 2027 ou les élections présidentielles de 2029.

Quelle lecture faites-vous de la tenue de cette rencontre dans le contexte actuel, marqué par les préparatifs des élections locales de 2027 ?

La tenue de cette assemblée générale témoigne de la volonté de cette coalition de jouer pleinement son rôle dans la gestion globalement de la chose publique en appuyant l’action du président de la République. La preuve, elle (coalition « Diomaye président ») a remis au président de la République un document final autour de sa structuration et de son organisation. C’est une manière aussi de monter au président de la République : vous nous avez demandé de faire un travail, à travers la coordonnatrice, Aminata Touré, voilà le résultat de ce travail que nous vous remettons.

Ensuite, je dirais que l’organisation de cette assemblée générale témoigne aussi de la volonté de cette coalition de montrer à l’opinion nationale et internationale qu’il existe une structure, une coalition autour du président de la République et qui se réclame d’être actionnaire à part entière de sa victoire au premier tour de l’élection présidentielle de mars 2024. C’est une manière de poser quand-même un acte fort pour témoigner de cela. Histoire de dire que ce n’est pas uniquement une victoire du PASTEF, dirigé par l’actuel Premier ministre, Ousmane Sonko. Et la présence du président de la République, qui reçoit ce document, témoigne de cet acte fort.

L’organisation de cette assemblée générale, vue la teneur des événements, les différentes communications qui ont été émises et les réactions de cette foule qui était présente, montre aussi à dessin qu’il y a une sorte d’appareil autour du président de la République pour dire, même si vous, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, vous faites partie du PASTEF, sachez que nous, nous constituons le bouclier. Et que c’est nous qui serons la locomotive si, demain, vous voulez avoir d’autres ambitions, par exemple si vous voulez participer à la présidentielle de 2029.

La preuve, que ce soit le ministre Abdourahmane Diouf ou l’actuel ministre du Commerce, Serigne Gueye, tous leurs propos tournent autour de « demandez nous ce que vous voulez par rapport aux échéances futures et nous seront là et nous vous accompagnerons ».

Comment analysez-vous la présence du chef de l’État à cette rencontre, après son absence remarquée lors du « Tera-meeting » du PASTEF en novembre dernier ?

La présence du chef de l’État, il faut l’analyser, à mon avis, en tenant compte de ce qui est des actes que le Président lui-même a posés avant. Si vous vous souvenez, le Président a d’abord reçu les coordonnateurs départementaux de PASTEF au Palais, avec toutes les récriminations qu’il y a eu derrière, parce qu’il s’agissait quand-même de rencontres politiques, et qu’il n’était plus question, compte tenu de tout ce qu’ils avaient dénoncé sous le magistère de Wade et de Macky Sall, d’organiser des réunions publiques au Palais. Bref, mais le Président l’a quand-même fait.

Donc, il a rencontré les coordonnateurs départementaux de PASTEF. Ensuite, il a rencontré les parlementaires, l’ensemble des parlementaires, à quelques exceptions près, au Palais. Pour moi, c’était une manière aussi de compter ses soutenants ou de leur faire comprendre que je suis encore avec vous, si toutefois il y a encore des personnes à l’intérieur du PASTEF qui aimeraient être avec moi.

Pour moi, c’est un clin d’œil à l’appareil PASTEF, pour dire que je fais partie du PASTEF, je vous reçois, je suis le président de la République, mais sachez que je fais partie intégrante du PASTEF. D’ailleurs, il l’a rappelé dans son discours à cette assemblée générale : « je suis un membre du PASTEF et personne ne peut ignorer le travail colossal que j’ai fait au sein du PASTEF ». Donc c’est un clin d’œil aux adhérents, aux sympathisants et aux militants du PASTEF, histoire de dire, je suis aussi avec vous, même s’il y a une coalition derrière moi.

Et ensuite, assurer sa présence dans cette coalition, c’est montrer aussi que je suis membre du PASTEF, certes, mais j’ai une force politique qui se constitue autour de cette coalition et qui est prête aujourd’hui et demain à appuyer mon action au niveau de l’État sénégalais, mais aussi peut-être dans la perspective d’élections futures, que ce soient les élections locales ou les élections présidentielles, de pouvoir m’appuyer davantage.

Donc, pour moi, le Président, il est dans une stratégie de rassemblement qui va du PASTEF à la coalition « Diomaye président ». Raison pour laquelle, à mon sens, cette stratégie bien rodée et bien pensée, en trois étapes, constitue l’illustration de cela : rencontre des coordonnateurs départementaux de PASTEF, rencontre avec les parlementaires et, au final, rencontre avec la coalition. Donc, jouer sur ces trois tableaux pour être quelque part dans une stratégie de rassemblement tous azimuts, peut-être pour des élections ou des échéances futures.

 À votre avis, quelles perspectives politiques cette rencontre pourrait-elle ouvrir dans les prochains jours ?

Je ne pense pas qu’il y ait des perspectives nouvelles, compte tenu de ce qui se passe en ce moment. De toute manière, on est en face quand-même d’une espèce de cohabitation, comme le dit le Premier ministre, Ousmane Sonko, d’une cohabitation douce entre un président de la République qui pose des actes forts et qui s’aligne sur l’organisation et la structuration d’une coalition qui est la coalition du maire-président, et un Premier ministre fort de son appartenance et de la présidence de PASTEF et de l’ensemble des parlementaires au niveau de l’Assemblée nationale. Donc forcément, on sera toujours dans cette espèce de confrontation qui ne dit pas son nom à partir du moment où tous les deux sont au niveau des plus hautes sphères de l’État, à savoir le président de la République et le Premier ministre.

Ce qui va se passer, effectivement, les lignes vont bouger forcément puisque ce sera la réponse du berger à la bergère. Il y a eu l’organisation de cette assemblée générale et on s’attend forcément à ce qu’il y ait des actes posés par des membres du PASTEF et non moins influents qui sont connus, que ce soit le directeur du Port autonome de Dakar ou d’autres membres éminents du PASTEF très proches du Premier ministre, Ousmane Sonko.

Et ensuite, évidemment, le président de la République étant la clé de voûte des institutions, si toutefois demain prend la décision de réorganiser son gouvernement, donc de démissionner le gouvernement et de chercher un autre Premier ministre et de reformater son gouvernement en faisant entrer peut-être, je dis bien c’est une perspective des membres de la coalition « Diomaye président », là les dés seront jetés et je pense que la lecture sera encore beaucoup plus claire.

On saura, à partir de ce moment-là, et c’est juste une hypothèse, que le président de la République est peut-être dans une perspective d’y aller, d’aller, disons, vers les échéances électorales, que ce soient les élections locales ou peut-être la présidentielle de 2029, sous la bannière de la coalition « Diomaye président », à laquelle il faut ajouter peut-être certains membres de PASTEF qui le suivront, parce qu’ils se réclament toujours du PASTEF.

Donc, forcément, les perspectives sont plutôt floues, je dirais, et tout dépendra des actes qui seront posés par le président de la République, puisque c’est lui la clé de voûte et c’est lui qui nomme par décret et c’est lui qui est capable de chambouler énormément la sphère politique en prenant un décret de nomination d’un autre Premier ministre ou en procédant à la dissolution de l’Assemblée nationale pour coupler les élections locales avec les élections législatives, donc redéfinir le jeu politique. On n’en est pas encore là, ce n’est qu’une hypothèse de travail. »

Nando Cabral GOMIS
SUDQUOTIDIEN

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