BASSIN DE « PITARKI » (LINGUÈRE) – Une oasis qui soulage des communautés locales

Dans le département de Linguère, au cœur du Ferlo, le bassin de « Pitarki » s’impose comme une oasis dans la lutte contre la sécheresse et l’insécurité alimentaire. Construit pour capter et stocker les eaux de pluie, ce bassin de rétention transforme le quotidien des communautés locales. Il irrigue les jardins maraîchers, abreuve les troupeaux en transhumance, et freine l’avancée du désert.

LINGUÈRE – Le temps est mi-figue mi-raisin dans le Djolof. Les caprices de la météo font qu’un jour, il fait doux, un autre il fait chaud et sec. En cette matinée, au niveau du bassin « Pitarki », vaste étendue d’eau artificielle, sise à l’entrée de la commune de Linguère, femmes, éleveurs et jeunes s’organisent, innovent et résistent aux effets du changement climatique.

Le « Pitarki » n’est pas seulement un aménagement hydraulique, c’est un symbole de résilience et de renaissance dans une zone longtemps marginalisée. Ce bassin de rétention est devenu un pilier de la vie rurale, soutenant l’agriculture, l’élevage et les dynamiques communautaires.

Le Ferlo est l’une des zones les plus arides du Sénégal. Les précipitations y sont rares et irrégulières, rendant l’accès à l’eau difficile pour les populations et le bétail. C’est dans ce sens que le bassin de « Pitarki », d’une capacité de plusieurs milliers de mètres cubes, reste une aubaine pour les communautés locales. Il permet de stocker l’eau de pluie pendant l’hivernage, pour une utilisation prolongée en saison sèche.

Mamadou Diallo, éleveur à Barkédji est aux anges, quand il s’agit de parler de cette ressource. Son bâton de berger bien en évidence, aux aguets pour surveiller les bêtes, il s’empresse de souligner que « le bassin de “Pitarki“ nous sauve chaque année. Nos troupeaux peuvent boire, et nous n’avons plus besoin de migrer aussi loin », assure-t-il.

Selon lui, cette ressource fournie suffisamment d’eau durant une longue période, soulage les populations, et crée un écosystème tout autour au bénéfice des bêtes. Mais le plus important, « il faut que les autorités nous aident pour son entretien, car chaque jour, des troupeaux d’animaux viennent s’y abreuver » souligne Mamadou Diallo.

Un levier pour le maraîchage et l’autonomisation des femmes

Selon ce dernier, son existence dans cette zone constitue une véritable aubaine. Suffisant pour lui de plaider la préservation de ce point d’eau. Samba Bâ, un autre éleveur demeurant dans la zone de Thiargny abonde dans le même sens. Il ajoute que le bassin de « Pitarki » est une source inépuisable, mais doit être préservé par tout le monde.

Dans un élan de civisme, il rappelle que les populations riveraines doivent participer à son désensablement avant l’arrivée de l’hivernage. Car, « cette oasis reste une grande opportunité pour beaucoup de contrées du Djolof. Autour du bassin, des jardins maraîchers ont été aménagés : les femmes y cultivent des légumes, des tomates, du gombo qu’elles vendent sur les marchés locaux, ou consomment en famille.

Aminata Ndiaye, maraîchère à Linguère a fait savoir que les ménagères dépendaient des marchés hebdomadaires environnants. Maintenant, « grâce à l’eau du bassin nous cultivons nous-mêmes », a-t-elle avoué. Ces activités agricoles améliorent la sécurité alimentaire et génèrent des revenus, tout en renforçant le rôle des femmes dans la vie économique locale, a souligné Aminata Ndiaye.

De plus, ce bassin est aussi le centre de projets de reboisement. Des jeunes de la localité plantent des arbres autour du bassin pour fixer les sols, créer de l’ombre et restaurer la biodiversité. « Planter autour du point d’eau, c’est une manière de protéger notre futur. Le désert avance, mais nous résistons toujours », confie Ibrahima Sow, un jeune volontaire.

Ces actions participent, de son point de vue, à la lutte contre l’érosion et à la régénération du couvert végétal pour la survie des écosystèmes sahéliens.

Pour une meilleure gestion, un comité local, composé de représentants des différentes couches sociales (éleveurs, agriculteurs, femmes, jeunes) est mis en place. Cette administration participative garantit une utilisation équitable de l’eau et prévient les conflits.

L’accès à l’eau constitue un défi permanent. « Ce bassin nous aide beaucoup, mais il ne suffit pas toujours. Quand la pluie tarde à tomber, l’eau s’épuise vite », a souligné Ousmane Bâ, éleveur à Thiel.

Tension entre éleveurs

Il avance que pendant la saison sèche, plusieurs villages effectuent le déplacement vers ce lieu pour se procurer de l’eau. Cependant, il évoque des tensions entre éleveurs autour du site. Il assure que l’entretien de ce bassin doit s’inscrire dans la durabilité.

Dans son propos, Mariama Diop, responsable communautaire est revenue sur le fait que l’eau restait une chose précieuse dans le Djolof, et « nous avons appris à la gérer ensemble avec respect et solidarité ».

Pour Cheikh Ndiaye, membre du comité de gestion, il faut un nettoiement permanent, pour éviter l’ensablement. Mais, poursuit-il, « son entretien demande du matériel et une bonne organisation. Le maintien du bassin en état dépend de la mobilisation communautaire et du soutien technique des autorités locales ou des Ong ».

Pour lui, la gestion est bonne, malgré le manque de moyens et « le succès du bassin de Pitarki inspire d’autres localités du Ferlo ». C’est dans ce sens que des projets similaires sont en cours, soutenus par des programmes comme le Projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel (Praps) et le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc). Leur objectif est de renforcer l’autonomie des communautés face aux aléas climatiques.

Abdoulaye SADIO
LESOLEIL

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