Lutte contre le changement climatique: Des spécialistes font le bilan de l’Accord de Paris
Dix ans après l’Accord de Paris, la communauté internationale peine encore à aligner ambitions climatiques et actions concrètes. Réunis, avant-hier, à Dakar, diplomates et experts ont dressé un bilan lucide des avancées et des limites du multilatéralisme climatique.
Le monde doit agir plus vite face aux urgences climatiques. C’est le constat partagé lors de la table ronde organisée mercredi 21 janvier par le Groupe d’action scientifique (Gas) du ministère de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur (Miaase) et le Laboratoire d’analyse des sociétés et pouvoirs/Afrique-Diaspora (Laspad) de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, autour du thème : « De Paris à Belém, 10 ans de négociations diplomatiques sur les changements climatiques ». L’ambassadrice de la Turquie au Sénégal, Mme Nur Sagman, a rappelé que l’Accord de Paris datant de 2015, a constitué un tournant majeur en offrant une orientation mondiale commune à l’action climatique. Toutefois, a-t-elle a souligné, les progrès enregistrés restent insuffisants face à l’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre, qui menace le développement durable des États.
Selon la diplomate turque, la Cop30, organisée du 10 au 22 novembre 2025 à Belém, a revêtu une forte portée politique, notamment en raison de l’absence des États-Unis, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre. « Les années à venir seront donc déterminantes pour la crédibilité et l’efficacité de l’Accord de Paris », a estimé Mme Sagman. Pour sa part, l’ambassadrice de France au Sénégal, Christine Fages, a rappelé que l’Accord de Paris reste le socle du système international de lutte contre le changement climatique. « Nous sommes passés d’une logique de coalition à celle de cheminement, même sans accord total », a-t-elle indiqué. Selon Mme Fages, la trajectoire actuelle conduit à un réchauffement de 2,6 °C, loin de l’objectif de limitation à 1,5 °C, même si la situation s’est améliorée par rapport aux projections antérieures à Paris. Face à cette réalité, la transition verte s’impose comme une nécessité.
« L’Accord de Paris est le plus grand succès multilatéral des dix dernières années, mais il avance trop lentement et doit changer d’échelle », a-t-elle insisté. Christine Fages souligne aussi l’enjeu crucial de la finance climat, avec un objectif de 1.300 milliards de dollars à mobiliser d’ici 2035. La cheffe de l’unité Environnement du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnud), Ndèye Fatou Diaw Guène, a abondé dans le même sens, invitant à agir rapidement pour sauver la planète. Elle a regretté que l’Afrique n’ait bénéficié que d’une « part marginale des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables, malgré sa forte vulnérabilité climatique ». Selon Fodé Ndiaye, président du Centre d’excellence pour le leadership et le management pour le développement (Celmad), l’urgence impose de rendre les systèmes financiers plus résilients au climat. Quant à l’ambassadrice du Brésil au Sénégal, Daniella Xavier, a invité la communauté internationale à aller au-delà des engagements et à renforcer concrètement la mise en œuvre de l’Accord de Paris.
Serigne Mansour Sy CISSE
LESOLEIL

