Insécurité et défis sécuritaires au Sénégal : le diagnostic du Dr Daouda Badji

De la disparition mystérieuse du sergent Fulbert Sambou et de l’adjudant-chef Didier Badji au braquage meurtrier au marché de Mbour ayant causé la mort de deux personnes, en passant par les agressions, meurtres et autres, le sentiment d’insécurité semble de plus en plus gagner les populations. Enseignant-chercheur en Politiques publiques et Sciences Criminologiques et spécialiste en sécurité, Dr Daouda Badji décrypte pour Sud Quotidien les enjeux de sécurité et les défis sécuritaires dont fait face actuellement le Sénégal. Entretien…

Quelle lecture faites-vous, avec un peu de recul, de cette triste affaire autour de la disparition des militaires Fulbert Sambou et Didier Badji?

C’est regrettable que des agents qui sont au cœur de la Défense nationale et de la Sécurité des citoyens, des biens et du pays disparaissent dans des conditions assez troublantes. Cela crée une psychose et un sentiment de peur grandissant chez l’opinion, malgré les baisses notées dans les statistiques policières sur les délits de violences, d’agressions, de cambriolages, bref de la délinquance et du banditisme globalement. Par conséquent, ces faits de disparition relativisent les résultats probants annoncés par les services en charge de la sécurité et du coup, confortent ce sentiment grandissant d’insécurité au niveau de l’opinion. En revanche, force doit rester à la loi, car l’Etat qui a le « monopole de la violence physique légitime», se doit de tirer cette affaire au clair avec l’ouverture d’une information judiciaire par les services compétents (Procureur, Parquet, Forces de Défense et de Sécurité, etc..). Les populations ont besoin d’être rassurées et assurées de vivre en sécurité dans leurs quartiers, maisons et lieux de travail … Aujourd’hui, on assiste à un glissement des zones criminogènes habituelles (périphéries, banlieues,) vers des quartiers résidentiels réputés calmes. Notons tout de même les efforts énormes de l’Etat dans la création de nouvelles brigades de proximité à Dakar (Keur Massar, Parcelles, Guédiawaye) et à l’intérieur du pays pour lutter et combattre les foyers de délinquance et offrir en même temps des polices locales en contact des populations. Et c’est en cela qu’on doit orienter l’Agence de la police de proximité en une police locale territoriale comme en Allemagne ou en Catalogne. Les Agents de Sécurité de Proximité doivent de nos jours être des policiers comme à l’image des polices municipales en France qui sont placées sous l’autorité de l’exécutif local. Il faut une coproduction de la sécurité et une hybridation policière au Sénégal face aux défis sécuritaires auxquels le pays fait face.

Le corps de Fulbert Sambou qui a été retrouvé ne présentait aucun signe de violence, selon le Parquet. Quel commentaire faites-vous par rapport à cet argument ?

Encore une fois, comme il y a une information judiciaire qui a été ouverte, il est préférable de laisser les services compétents mener les investigations afin d’édifier l’opinion sur ce qui s’est réellement passé. Mais disons que la violence est en train de se déplacer progressivement. Pour le cas du Sénégal, les actes de violence, on les voyait dans des zones assez circonscrites de la banlieue et dans certains endroits, mais ce genre de disparition, c’est quand-même un phénomène nouveau. Il faut arriver à trouver les solutions et à rassurer l’opinion très rapidement.

Vous déclarez que les Sénégalais vivent aujourd’hui dans la crainte. Leur sécurité n’est-elle pas menacée ?

La sécurité est un processus qui n’est jamais gagné même dans les Etats les plus puissants (USA, France, Grande Bretagne, etc..) où on a des cas de violence, d’agressions, d’homicides les plus terrifiants. La sécurité, c’est à la fois de la prévention et de la répression. Même les États les plus puissants dans ce domaine sont incapables de régler définitivement ce problème à partir du moment où les agresseurs et les délinquants s’adaptent et vivent en société ; et donc déjouent et savent très bien comment mettre parfois les Forces de Défense et de Sécurité dans des situations inconfortables. Je n’irai pas jusqu’à dire que la sécurité des citoyens et leurs biens n’est pas garantie, mais elle est peut-être menacée parce que le sentiment d’insécurité est en train de s’agrandir comme le montrent ces cas de disparition, mais aussi des attaques à mains armées pendant la journée, parce qu’avant c’étaient des phénomènes qu’on voyait tard dans la nuit, mais maintenant les gens sont agressés dans les agglomérations et même dans les zones rurales comme par exemple dans les régions du Sud, du Nord, du Centre et/ou encore dans les zones de conflit. Ce sont des phénomènes nouveaux qui créent au niveau de l’opinion un sentiment d’insécurité qui est là et qui est en train de s’agrandir. Il faut que l’État, à travers le ministère de l’Intérieur, continue sa politique de redéploiement du personnel, de professionnalisation des unités de police, mais aussi d’implantation sur tout le territoire pour que la répartition géographique puisse être garantie afin de créer une situation sécuritaire pour les populations.

RECUEILLIS PAR PAPA MOUSSA CAMARA (STAGIAIRE)

SUDONLINE

OG

décembre 23, 2022

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