{"id":78708,"date":"2026-09-16T09:29:15","date_gmt":"2026-09-16T09:29:15","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=78708"},"modified":"2026-09-16T09:29:16","modified_gmt":"2026-09-16T09:29:16","slug":"loboudou-doue-le-paradis-que-le-fleuve-retient-prisonnier-1-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=78708","title":{"rendered":"Loboudou Dou\u00e9: Le paradis que le fleuve retient prisonnier (1\/3)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00c0 l\u2019extr\u00eame pointe du S\u00e9n\u00e9gal, l\u00e0 o\u00f9 le fleuve se fait fronti\u00e8re avec la Mauritanie, Loboudou Dou\u00e9 cache un secret que peu de voyageurs soup\u00e7onnent : des for\u00eats class\u00e9es, un confluent spectaculaire, un patrimoine intact que l\u2019enclavement, paradoxalement, a pr\u00e9serv\u00e9 de toute alt\u00e9ration. Mais ce m\u00eame fleuve qui fa\u00e7onne sa beaut\u00e9 est aussi celui qui l\u2019emmure. Chaque crue coupe le village du monde, chaque saison des pluies referme un peu plus ce recoin sur lui-m\u00eame.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut les reins solides d\u2019un boxeur et la patience d\u2019un p\u00e8lerin pour rallier Loboudou Dou\u00e9. Nich\u00e9 dans l\u2019\u00eele \u00e0 Morphil, d\u00e9partement de Podor, ce village d\u2019un peu plus de cinq mille \u00e2mes ne se m\u00e9rite qu\u2019au terme d\u2019un v\u00e9ritable parcours du combattant. Deux itin\u00e9raires s\u2019offrent au voyageur t\u00e9m\u00e9raire. Le premier suit une piste de lat\u00e9rite au d\u00e9part de Podor. Le second contourne par la route nationale n\u00b02, avant de bifurquer vers Boub\u00e9, puis Ndiay\u00e8ne Pendao, et c\u2019est l\u00e0 que les obstacles s\u2019encha\u00eenent comme les niveaux d\u2019un jeu dont on ignore la fin. Une route sablonneuse c\u00e8de la place \u00e0 la lat\u00e9rite, o\u00f9 chaque secousse m\u00e9rite un rendez-vous chez le chiropraticien. Vient ensuite Ngalenka, l\u2019un des nombreux cours d\u2019eau de la zone, franchi par un pont providentiellement praticable. Puis, sur plusieurs kilom\u00e8tres, un chemin caillouteux prend le relais, aussi caboss\u00e9 qu\u2019une histoire mal \u00e9crite, tandis que la poussi\u00e8re ne l\u00e2che rien et se soul\u00e8ve au passage de chaque v\u00e9hicule comme pour saluer ceux qui osent encore s\u2019aventurer par ici. Entre le soleil qui cogne et les secousses qui mart\u00e8lent la colonne vert\u00e9brale, le chemin est long avant d\u2019apercevoir enfin les premi\u00e8res habitations. Une b\u00e2tisse en ciment par-ci, une construction artisanale par-l\u00e0, un poste de sant\u00e9 qui ne fonctionne plus. Mais derri\u00e8re ce d\u00e9cor contrast\u00e9, un m\u00eame constat s\u2019impose : la chaleur d\u2019un sourire, un accueil si g\u00e9n\u00e9reux qu\u2019il fait presque oublier les p\u00e9rip\u00e9ties de la route. Hommes, femmes et enfants encha\u00eenent les salamalecs, comme pour effacer d\u2019un coup toute la fatigue du voyage. \u00c0 Loboudou Dou\u00e9, on cultive le riz, on p\u00eache, on vit de la terre. Mais derri\u00e8re ces richesses se cache un mal dont les habitants peinent \u00e0 se d\u00e9faire depuis des lustres : l\u2019enclavement. En pulaar, Loboudou peut se traduire par \u00ab\u2009coin\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009recoin\u2009\u00bb, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce recoin que se love, depuis toujours, le drame du village. Comme les autres villages de la zone Walo de l\u2019arrondissement de Thill\u00e9 Boubacar, Loboudou Dou\u00e9, bien que reli\u00e9 depuis 2017 \u00e0 la route nationale par une piste de production de vingt-quatre kilom\u00e8tres, reste \u00e0 la merci des caprices du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. Les crues exceptionnelles de 2024 ont brutalement rappel\u00e9 la fragilit\u00e9 de cette infrastructure, con\u00e7ue avec des d\u00e9fauts originels : chauss\u00e9e sous-dimensionn\u00e9e, absence de bretelles, mauvaise prise en compte des voies traditionnelles d\u2019\u00e9vacuation des eaux. La piste a \u00e9t\u00e9 rong\u00e9e par endroits, mena\u00e7ant de couper le village et son hinterland du reste du pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un enclavement aux causes multiples<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans un travail consacr\u00e9 \u00e0 la r\u00e9habilitation urgente de cette piste, le professeur Aboubakry Gollock, docteur en sciences \u00e9conomiques et originaire de Loboudou, r\u00e9sume la situation d\u2019une formule qui claque : \u00ab\u2009Ici, m\u00eame 17 kilom\u00e8tres, c\u2019est une fronti\u00e8re.\u2009\u00bb Selon lui, l\u2019enclavement repose sur trois causes bien identifi\u00e9es. D\u2019abord, un d\u00e9faut de conception initiale : la piste reliant Ndiay\u00e8ne Pendao \u00e0 Loboudou Dou\u00e9, construite en 2017, souffrait d\u00e9j\u00e0 d\u2019un sous-dimensionnement et d\u2019une absence quasi totale d\u2019ouvrages de drainage. Ensuite, l\u2019aggravation par le changement climatique : les crues de 2024 ont mis \u00e0 nu ces fragilit\u00e9s, rongeant la piste par endroits jusqu\u2019\u00e0 la rendre totalement impraticable. Enfin, un manque d\u2019entretien et d\u2019anticipation de la part de l\u2019\u00c9tat, qui n\u2019a pas pris la mesure de l\u2019importance strat\u00e9gique de cette voie pour une zone frontali\u00e8re peupl\u00e9e de plus de cinq mille cinq cents habitants et polarisant \u00e0 elle seule une vingtaine de villages. Face \u00e0 ce silence de l\u2019\u00c9tat, les populations n\u2019ont pas attendu. Le professeur Gollock raconte comment elles ont mis en place l\u2019Initiative intervillages communautaire citoyenne pour la r\u00e9habilitation urgente, une forme de r\u00e9volte non bruyante, empreinte de civisme, sans brassards rouges ni menaces, o\u00f9 les habitants ont simplement rappel\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9tat son devoir. Collecte de fonds, apports en nature, chantiers de reniveau des tron\u00e7ons emport\u00e9s par l\u2019\u00e9rosion : les villageois de la zone Walo ont ainsi pris en main, \u00e0 leur mesure, ce que personne d\u2019autre ne voulait faire \u00e0 leur place. Mais pour le chercheur, le civisme a ses limites. Sans une vision de long terme de l\u2019\u00c9tat, sans des moyens techniques et financiers \u00e0 la hauteur, le probl\u00e8me persistera, et la contribution de ces territoires \u00e0 la souverainet\u00e9 alimentaire du pays restera durablement modeste, quelles que soient leurs richesses et leurs potentialit\u00e9s. Brahim Moctar Ba, chef du village, partage ce constat sans d\u00e9tour. \u00ab\u2009Le village est entour\u00e9 du fleuve S\u00e9n\u00e9gal et du marigot de Dou\u00e9. Quand il y a crue, la seule piste qu\u2019on poss\u00e8de, qui quitte Ndiay\u00e8ne Pendao, est totalement submerg\u00e9e. On ne peut sortir, les gens ne peuvent plus entrer. On est totalement coup\u00e9 du reste du monde. Chaque ann\u00e9e, c\u2019est la m\u00eame rengaine et nous sommes vraiment fatigu\u00e9s.\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00ab\u2009On est totalement coup\u00e9 du reste du monde\u2009\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il rappelle pourtant que la piste avait, un temps, soulag\u00e9 les populations. Avant sa construction, en cas d\u2019inondation, fait-il savoir, il fallait prendre une pirogue jusqu\u2019\u00e0 Dou\u00e9, puis Ngawl\u00e9, avant de pouvoir rallier Thill\u00e9 Boubacar, soit un d\u00e9tour d\u2019une soixantaine de kilom\u00e8tres. \u00ab\u2009Elle a permis de d\u00e9senclaver un peu, mais il reste \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 faire\u2009\u00bb, pr\u00e9cise Brahim Moctar Ba, avant de rappeler les limites de ce que les villageois peuvent accomplir seuls. Chaque ann\u00e9e en effet, les villages environnants cotisent selon leurs moyens, deux millions ici, cinq cent mille l\u00e0, trois cent mille ailleurs, pour financer ce que ni la commune ni l\u2019\u00c9tat ne prennent en charge. \u00ab\u2009La maison o\u00f9 j\u2019ai grandi se trouvait l\u00e0, \u00e0 quelques m\u00e8tres de la berge. Malheureusement, la crue a tout emport\u00e9\u2009\u00bb, soupire le chef de village, comme emport\u00e9 lui-m\u00eame par le souvenir d\u2019un foyer d\u00e9sormais aux oubliettes. Mouhamadou Baal, habitant de Loboudou Dou\u00e9, dirige l\u2019\u00e9quipe charg\u00e9e de repousser l\u2019eau lors des inondations. Il d\u00e9crit une organisation fa\u00e7onn\u00e9e par des ann\u00e9es de n\u00e9cessit\u00e9 : \u00ab\u2009On fait des r\u00e9serves, mais ce n\u2019est jamais suffisant. Et pour sortir afin de s\u2019approvisionner, c\u2019est une v\u00e9ritable gal\u00e8re. Mais on s\u2019organise en \u00e9quipes.\u2009\u00bb Huit grands tuyaux ont ainsi \u00e9t\u00e9 install\u00e9s, pay\u00e9s de la poche m\u00eame des habitants, pour \u00e9vacuer l\u2019eau vers le fleuve, un dispositif de fortune qui, en cas de crue plus s\u00e9v\u00e8re, pourrait ne pas suffire \u00e0 emp\u00eacher l\u2019eau de simplement revenir vers le village. Et pourtant, \u00e0 rebours de cette r\u00e9putation d\u2019enclave difficile, Loboudou Dou\u00e9 rec\u00e8le un tr\u00e9sor que peu de cartes touristiques osent encore dessiner. Tout y est r\u00e9uni pour s\u00e9duire le voyageur en qu\u00eate d\u2019authenticit\u00e9 : un cadre naturel spectaculaire, une position g\u00e9ographique unique, un patrimoine humain vivant, et cette part de myst\u00e8re propre aux lieux que la route n\u2019a pas encore apprivois\u00e9s. Le village occupe, en effet, une position presque insolite, celle de l\u2019une des pointes de terre les plus avanc\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du territoire mauritanien. Il borde litt\u00e9ralement le fleuve S\u00e9n\u00e9gal, cette fronti\u00e8re liquide entre deux rives, deux mondes qui se r\u00e9pondent et se ressemblent \u00e0 la fois. Pour le visiteur, c\u2019est l\u2019occasion rare de se tenir \u00e0 un point o\u00f9 le pays touche presque sa limite ultime, un sentiment de bout du monde que peu de destinations offrent encore dans la sous-r\u00e9gion. Tout autour, la nature se d\u00e9ploie sans retenue. Les for\u00eats class\u00e9es de Koundi, Bawadji, Lamnadie, Mana Togni et Dioldi dessinent une mosa\u00efque verte entre steppe, savane arbor\u00e9e et cultures irrigu\u00e9es, tandis que les vastes plaines inondables du fleuve, o\u00f9 paissent b\u0153ufs, ch\u00e8vres et moutons au fil des crues, composent des paysages qui se r\u00e9inventent \u00e0 chaque saison, dor\u00e9s et secs en saison s\u00e8che, submerg\u00e9s et miroitants en hivernage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 quelques pas du village, Maaje Ndenndi marque le point pr\u00e9cis o\u00f9 se rejoignent les fleuves S\u00e9n\u00e9gal et Dou\u00e9, l\u2019une des plus belles attractions de toute la zone. Non loin, l\u2019\u00eele de Dounde et la for\u00eat class\u00e9e de Lamnayo, zone humide fertile qui fut jadis un refuge contre les razzias, abritent aujourd\u2019hui une faune sauvage pr\u00e9serv\u00e9e, v\u00e9ritable havre de paix pour les amoureux de la nature. Le Maayel, ce bras du fleuve autrefois poissonneux, et la for\u00eat class\u00e9e, dont les mille six cent cinquante hectares sont prot\u00e9g\u00e9s depuis 1938, compl\u00e8tent ce tableau, aux c\u00f4t\u00e9s des vestiges historiques de Balakos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un joyau que la route n\u2019a pas encore apprivois\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour le professeur Aboubakry Gollock, ce potentiel doit imp\u00e9rativement \u00e9chapper \u00e0 la logique du tourisme de masse. \u00ab\u2009Le tourisme est un levier de d\u00e9veloppement colossal pour notre territoire. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un tourisme de masse, mais d\u2019un tourisme d\u2019exp\u00e9riences, authentique, bas\u00e9 sur l\u2019\u00e9cotourisme et le partage\u2009\u00bb, assure-t-il. Il imagine m\u00eame un circuit reliant Loboudou Dou\u00e9, point d\u2019embarquement historique du l\u00e9gendaire Bou El Mogdad, \u00e0 la r\u00e9serve d\u2019Amboura, am\u00e9nag\u00e9e par le groupe Cse, un itin\u00e9raire qui viendrait enrichir consid\u00e9rablement l\u2019exp\u00e9rience des visiteurs de passage sur le fleuve. Il faut n\u00e9anmoins se garder d\u2019un contresens : Loboudou Dou\u00e9 n\u2019est pas aujourd\u2019hui une destination touristique am\u00e9nag\u00e9e. La piste qui le relie \u00e0 la route nationale reste d\u00e9grad\u00e9e, particuli\u00e8rement fragile en saison des pluies, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cet enclavement qui, jusqu\u2019ici, a pr\u00e9serv\u00e9 l\u2019authenticit\u00e9 du lieu. Une r\u00e9habilitation de la piste de production, associ\u00e9e \u00e0 la future route du Walo, ouvrirait pourtant la voie \u00e0 un tourisme rural et fluvial structur\u00e9 sur toute cette portion du fleuve, entre Podor, l\u2019\u00eele \u00e0 Morphil et la fronti\u00e8re mauritanienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Par Oumar Boubacar NDONGO (textes) et Assane SOW (photos)<\/strong><br>SOURCE LESOLEIL<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019extr\u00eame pointe du S\u00e9n\u00e9gal, l\u00e0 o\u00f9 le fleuve se fait fronti\u00e8re avec la Mauritanie, Loboudou Dou\u00e9 cache un secret<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":78709,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-78708","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-event-more-news"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/78708","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=78708"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/78708\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":78710,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/78708\/revisions\/78710"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/78709"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=78708"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=78708"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=78708"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}