{"id":74352,"date":"2026-06-23T11:48:08","date_gmt":"2026-06-23T11:48:08","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=74352"},"modified":"2026-06-23T11:48:09","modified_gmt":"2026-06-23T11:48:09","slug":"dix-ans-apres-le-brexit-comment-le-royaume-uni-se-rapproche-a-nouveau-de-lunion-europeenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=74352","title":{"rendered":"Dix ans apr\u00e8s le Brexit: comment le Royaume-Uni se rapproche \u00e0 nouveau de l\u2019Union europ\u00e9enne"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 23 juin 2016, les Britanniques votaient \u00e0 51,9% en faveur de la sortie de l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Une d\u00e9cennie plus tard, le Royaume-Uni n\u2019a pas r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 le giron europ\u00e9en. Pourtant, les relations entre Londres et Bruxelles se sont nettement apais\u00e9es et les deux partenaires cherchent d\u00e9sormais \u00e0 panser les plaies h\u00e9rit\u00e9es du Brexit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par :Caroline Renaux &#8211; SOURCE RFI <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dix ans apr\u00e8s le r\u00e9f\u00e9rendum en faveur du\u00a0<strong><u>Brexit<\/u><\/strong>, Londres et Bruxelles n&rsquo;ont jamais autant parl\u00e9 de rapprochement. Le mot revient sous toutes ses coutures dans les discours du gouvernement britannique, dans les communiqu\u00e9s europ\u00e9ens et jusque dans les d\u00e9clarations du roi Charles III : coop\u00e9ration, r\u00e9alignement, partenariat\u2026 Autant de termes qui trahissent \u00e0 quel point le divorce net avec Bruxelles, pl\u00e9biscit\u00e9 en juin 2016 puis entr\u00e9 en vigueur en janvier 2020, n&rsquo;a pas abouti.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car derri\u00e8re les slogans sur la souverainet\u00e9 retrouv\u00e9e et la promesse d&rsquo;une rupture avec le continent, la r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir a progressivement rattrap\u00e9 les gouvernements britanniques successifs. Sur les quais de Douvres, dans les exploitations agricoles ou au sein des universit\u00e9s du pays, le Brexit a laiss\u00e9 des traces concr\u00e8tes : davantage de formalit\u00e9s administratives, des \u00e9changes commerciaux plus complexes, la sortie de programmes europ\u00e9ens et une baisse de l&rsquo;attractivit\u00e9 du Royaume-Uni pour certains investisseurs. L&rsquo;addition se chiffre d\u00e9sormais en milliards de livres : une\u00a0<strong><u>\u00e9tude de Stanford<\/u><\/strong>\u00a0estime que la sortie du march\u00e9 unique et de l&rsquo;union douani\u00e8re aurait fait perdre au moins six points de pourcentage au PIB du royaume.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si ces contraintes ont progressivement pouss\u00e9 Londres \u00e0 renouer le dialogue avec son principal voisin \u00e9conomique, le changement de ton est particuli\u00e8rement visible depuis deux ans. L&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 Boris Johnson faisait du \u00ab&nbsp;<em>Get Brexit done !&nbsp;<\/em>\u00bb (\u00ab&nbsp;<em>R\u00e9alisons le Brexit !&nbsp;<\/em>\u00bb) la devise phare de l&rsquo;interminable p\u00e9riode de n\u00e9gociations avec Bruxelles para\u00eet d\u00e9j\u00e0 lointaine. En ce temps-l\u00e0, \u00ab&nbsp;<em>c&rsquo;\u00e9tait quasiment une guerre ouverte au niveau de la rh\u00e9torique et des relations diplomatiques<\/em>&nbsp;\u00bb, observe Christophe Gillissen, professeur de civilisation britannique \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Caen-Normandie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9tente diplomatique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis, les rapports ont doucement repris. D&rsquo;abord gr\u00e2ce au court passage de Rishi Sunak au 10 Downing Street, lors duquel le Premier ministre conservateur avait r\u00e9ussi \u00e0 apaiser<strong>&nbsp;<\/strong>le dossier explosif de l&rsquo;Irlande du Nord, v\u00e9ritable \u00e9pine dans le pied des relations entre les deux rives de la Manche, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;accord de Windsor.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis avec l&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir des travaillistes en 2024 et\u00a0la nomination du\u00a0<strong>d\u00e9sormais d\u00e9missionnaire<\/strong>\u00a0Keir Starmer \u00e0 la t\u00eate du gouvernement britannique, qui avait fait du \u00ab\u00a0<em>reset<\/em>\u00a0\u00bb, la r\u00e9initialisation des relations avec Bruxelles, l&rsquo;un des axes centraux de sa campagne. En parall\u00e8le, la guerre en Ukraine, la mont\u00e9e en puissance de la Chine et les incertitudes li\u00e9es au retour de Donald Trump \u00e0 la Maison Blanche ont \u00e9galement conduit Londres et Bruxelles \u00e0 multiplier les contacts dans le domaine de la d\u00e9fense et de la s\u00e9curit\u00e9.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour Aur\u00e9lien Antoine, directeur de l&rsquo;Observatoire du Brexit, cette \u00e9volution marque le d\u00e9but d&rsquo;une nouvelle s\u00e9quence politique. \u00ab\u00a0<em>On est sur une phase de normalisation\u00a0<\/em>\u00bb, r\u00e9sume-t-il. Plusieurs avanc\u00e9es concr\u00e8tes en dessinent les contours, de l&rsquo;accord de libre circulation entre l&rsquo;enclave britannique de Gibraltar et l&rsquo;Espagne au pr\u00eat de la tapisserie de Bayeux, en passant par le retour du\u00a0<strong><u>Royaume-Uni<\/u><\/strong>\u00a0dans les programmes scientifiques Horizon Europe et Copernicus, ainsi que dans l&#8217;embl\u00e9matique programme d&rsquo;\u00e9changes universitaires Erasmus+.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S&rsquo;y ajoutent aussi les discussions sur les r\u00e8gles phytosanitaires et les droits de p\u00eache, deux dossiers embl\u00e9matiques de l&rsquo;\u00e8re post-Brexit. En creux, l&rsquo;objectif est \u00ab\u00a0<em>d&rsquo;avoir le moins de frictions possibles pour le commerce entre le Royaume-Uni et l&rsquo;Union europ\u00e9enne<\/em>\u00a0\u00bb, explique l&rsquo;auteur de\u00a0<strong><em><u>Le Royaume-Uni, une soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale en p\u00e9ril<\/u><\/em><\/strong>, paru en mai 2026.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;\u00e9chec de la \u00ab<em>&nbsp;Global Britain<\/em>&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car au-del\u00e0 de la politique, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9conomie qui pousse les deux partenaires \u00e0 se rapprocher. Malgr\u00e9 les ambitions affich\u00e9es apr\u00e8s le Brexit de d\u00e9velopper de nouveaux d\u00e9bouch\u00e9s commerciaux dans la r\u00e9gion indo-pacifique ou \u00e0 travers sa \u00ab&nbsp;<em>special relationship&nbsp;<\/em>\u00bb avec les \u00c9tats-Unis, l&rsquo;Union europ\u00e9enne reste de loin le premier partenaire \u00e9conomique du Royaume-Uni.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon\u00a0<strong><u>un rapport<\/u><\/strong>\u00a0du think tank Global Trade Policy Observatory, en 2024, l&rsquo;Union europ\u00e9enne concentre encore pr\u00e8s de 41% des exportations britanniques et 50% de ses importations, contre respectivement 42,3% et 52,5% en 2015.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour cause, les quatre modestes accords commerciaux conclus par le pays avec l&rsquo;Australie, la Nouvelle-Z\u00e9lande, la Malaisie et l&rsquo;Inde depuis 2020 n&rsquo;ont produit que des effets limit\u00e9s, sans jamais parvenir \u00e0 combler le vide laiss\u00e9 par le retrait du march\u00e9 unique europ\u00e9en ni \u00e0 faire de la \u00ab<em>&nbsp;Global Britain<\/em>&nbsp;\u00bb une r\u00e9alit\u00e9. \u00ab&nbsp;<em>Quiconque est au pouvoir est oblig\u00e9 de se r\u00e9soudre au constat que l&rsquo;\u00e9conomie britannique est tourn\u00e9e vers le continent europ\u00e9en et n&rsquo;est dynamique que quand elle \u00e9change beaucoup avec l&rsquo;Union europ\u00e9enne&nbsp;<\/em>\u00bb, souligne Aur\u00e9lien Antoine. \u00ab&nbsp;<em>Le Royaume-Uni \u00e9tait attractif parce qu&rsquo;une entreprise pouvait s&rsquo;y installer tout en ayant acc\u00e8s au march\u00e9 unique europ\u00e9en<\/em>, poursuit Christophe Gillissen.&nbsp;<em>Une fois qu&rsquo;on sort du march\u00e9 unique, on devient beaucoup moins attractif.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un \u00ab&nbsp;<em>Breturn<\/em>&nbsp;\u00bb possible ?<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour autant, ce rapprochement a des limites clairement d\u00e9finies. Jusqu&rsquo;\u00e0 sa d\u00e9mission ce lundi 22 juin,\u00a0<strong><u>Keir Starmer<\/u><\/strong>\u00a0continuait d&rsquo;exclure tout retour dans le march\u00e9 unique europ\u00e9en, dans l&rsquo;union douani\u00e8re ou dans le syst\u00e8me de libre circulation des personnes. Andy Burnham,\u00a0<strong>de retour \u00e0 Westminster<\/strong>\u00a0apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 lors d&rsquo;une l\u00e9gislative partielle en juin et consid\u00e9r\u00e9 comme beaucoup comme un successeur potentiel, a lui aussi\u00a0\u00ab\u00a0<em>compl\u00e8tement exclu un retour dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne assez rapidement<\/em>\u00a0\u00bb, observe Aur\u00e9lien Antoine.\u00a0\u00ab\u00a0<em>Je pense que le Brexit a \u00e9t\u00e9 dommageable<\/em>, reconnaissait Andy Burnham dans un discours en mai dernier. (&#8230;) J<em>e ne propose pas que le Royaume-Uni envisage de r\u00e9int\u00e9grer l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Je respecte la d\u00e9cision qui a \u00e9t\u00e9 prise lors du r\u00e9f\u00e9rendum, et ne pas respecter ce vote reviendrait \u00e0 remettre en cause tout ce que j&rsquo;ai dit sur le renforcement de la d\u00e9mocratie.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des lignes rouges qui refl\u00e8tent moins une strat\u00e9gie diplomatique qu&rsquo;un calcul politique int\u00e9rieur : si une majorit\u00e9 de Britanniques consid\u00e8rent d\u00e9sormais le Brexit comme un \u00e9chec &#8211; 62%\u00a0<strong><u>selon un sondage<\/u><\/strong>\u00a0publi\u00e9 en septembre 2025 -, le sujet demeure \u00e9lectoralement p\u00e9rilleux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les conservateurs comme Reform UK, le parti anti-immigration et eurosceptique de Nigel Farage, continuent de faire de la d\u00e9fense du Brexit un marqueur identitaire fort. Les deux formations devancent r\u00e9guli\u00e8rement le Parti travailliste dans les sondages d&rsquo;intentions de vote. Dans une enqu\u00eate\u00a0<strong><u>YouGov publi\u00e9e en juin 2026<\/u><\/strong>, Reform UK \u00e9tait cr\u00e9dit\u00e9 de 24% des voix, contre 19% pour les conservateurs comme les travaillistes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Difficile, dans ces conditions, de faire de la r\u00e9adh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;Union europ\u00e9enne un argument de campagne pour les l\u00e9gislatives de 2029. D&rsquo;autant que le parti travailliste, fragilis\u00e9 par la chute de popularit\u00e9 de Keir Starmer qui s&rsquo;accrochait \u00e0 son fauteuil, avance sur une ligne de cr\u00eate. Toute concession suppl\u00e9mentaire \u00e0 Bruxelles exposerait le prochain chef de gouvernement aux attaques des conservateurs et de Reform UK, particuli\u00e8rement offensifs sur les questions migratoires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par ailleurs, les querelles lors du r\u00e9f\u00e9rendum de 2016 ont laiss\u00e9 un go\u00fbt amer dans la bouche des Britanniques : \u00ab&nbsp;<em>Personne n&rsquo;a vraiment envie de rouvrir ce d\u00e9bat<\/em>, estime Christophe Gillissen.&nbsp;<em>C&rsquo;est trop r\u00e9cent, trop compliqu\u00e9, trop explosif.&nbsp;<\/em>\u00bb Une analyse que partage Aur\u00e9lien Antoine : \u00ab&nbsp;<em>Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;int\u00e9r\u00eat politique \u00e0 relancer ce sujet<\/em>, juge-t-il.&nbsp;<em>Ce qui compte, c&rsquo;est de savoir ce qui pr\u00e9occupe les Britanniques. Or ce n&rsquo;est pas la question de la r\u00e9adh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;Union europ\u00e9enne, mais d&rsquo;autres sujets, comme le pouvoir d&rsquo;achat, le syst\u00e8me de sant\u00e9, l&rsquo;immigration\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 rebours de la prudence britannique, l&rsquo;opinion publique europ\u00e9enne appara\u00eet plus conciliante. D&rsquo;apr\u00e8s un sondage du Conseil europ\u00e9en des relations \u00e9trang\u00e8res (ECFR), pr\u00e8s de deux tiers des citoyens de l&rsquo;Union europ\u00e9enne\u00a0<strong>se d\u00e9clarent favorables<\/strong>\u00a0\u00e0 un retour du Royaume-Uni dans le bloc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si la d\u00e9mission r\u00e9cente de Keir Starmer ouvre une phase d\u2019incertitude politique \u00e0 Londres, elle ne remet pas en cause&nbsp;la ligne de Downing Street, qui reste celle d\u2019un rapprochement avec les Vingt-Sept. Un sommet UE-Royaume-Uni doit ainsi se tenir le 22 juillet \u00e0 Bruxelles, avec pour ambition de \u00ab<em>&nbsp;replacer le Royaume-Uni au c\u0153ur de l&rsquo;Europe<\/em>&nbsp;\u00bb ainsi que d&rsquo;aborder le co\u00fbt de la vie, l&#8217;emploi et les opportunit\u00e9s pour la jeunesse, selon les mots de l&rsquo;ex-Premier ministre. Mais pour les partisans du \u00ab&nbsp;<em>Breturn<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00e0 savoir le retour du pays au sein de l&rsquo;Union, l&rsquo;horizon reste lointain. \u00ab&nbsp;<em>Il faudra sans doute attendre une d\u00e9cennie ou plus avant que la question de la r\u00e9adh\u00e9sion ne soit r\u00e9ellement remise sur la table&nbsp;<\/em>\u00bb, estime Christophe Gillissen.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 23 juin 2016, les Britanniques votaient \u00e0 51,9% en faveur de la sortie de l&rsquo;Union europ\u00e9enne. 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