{"id":72060,"date":"2026-05-08T10:19:36","date_gmt":"2026-05-08T10:19:36","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=72060"},"modified":"2026-05-08T10:19:59","modified_gmt":"2026-05-08T10:19:59","slug":"opposition-senegalaise-fractures-alliances-et-renaissances","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=72060","title":{"rendered":"Opposition s\u00e9n\u00e9galaise : fractures, alliances et renaissances"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Depuis l\u2019ind\u00e9pendance, l\u2019opposition politique s\u00e9n\u00e9galaise n\u2019a cess\u00e9 d\u2019osciller entre marginalisation, structuration et \u00e9clatement. D\u2019un multipartisme encadr\u00e9 sous L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor \u00e0 l\u2019alternance historique de 2000 port\u00e9e par Abdoulaye Wade, puis aux coalitions plurielles ayant conduit Macky Sall au pouvoir en 2012, cette trajectoire r\u00e9v\u00e8le une constante. Celle d\u2019une unit\u00e9 difficile \u00e0 maintenir. Les alliances se font et se d\u00e9font au gr\u00e9 des ambitions, des crises institutionnelles ou non, et des \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales. L\u2019\u00e9lection de Bassirou Diomaye Faye en 2024 ouvre \u00e0 son tour une nouvelle \u00e8re politique, marqu\u00e9e par une redistribution des cartes et une interrogation persistante sur la capacit\u00e9 des acteurs \u00e0 rompre avec les cycles du pass\u00e9. Afin d\u2019en restituer la complexit\u00e9, ce dossier vous est propos\u00e9 en deux livraisons successives.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u2019un cadre strict au pluralisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la longue et contrast\u00e9e trajectoire de l\u2019opposition politique, et au-del\u00e0 de l\u2019image accol\u00e9e d\u2019un \u00ab mod\u00e8le d\u00e9mocratique \u00bb en Afrique de l\u2019Ouest, la r\u00e9alit\u00e9 est plus nuanc\u00e9e, faite d\u2019encadrement, de recompositions successives et de rivalit\u00e9s constantes entre pouvoir et forces contestataires entre elles.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019ind\u00e9pendance, le r\u00e9gime de L\u00e9opold S. Senghor est dans une logique de centralisation du pouvoir. La rupture avec Mamadou Dia en 1962, suivie de son arrestation pour tentative pr\u00e9sum\u00e9e de coup d\u2019Etat est un tournant. Elle est le d\u00e9but d\u2019un contr\u00f4le strict de la vie politique, au cours de laquelle, l\u2019opposition est soit ma\u00eetris\u00e9e, soit int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l\u2019Union progressiste s\u00e9n\u00e9galaise (UPS), devenue plus tard, Parti socialiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res contestations sont des dissidences intellectuelles et id\u00e9ologiques, autour de figures comme Cheikh Anta Diop. L\u2019opposition trouve aussi un \u00e9cho dans les manifestations de 1968. En 1974, elle est confin\u00e9e dans un multipartisme o\u00f9 la pluralit\u00e9 est \u00e9troitement encadr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019arriv\u00e9e de Abdou Diouf ouvre une nouvelle \u00e8re. Le multipartisme int\u00e9gral favorise la naissance de partis politiques de toutes ob\u00e9diences et l\u2019\u00e9mergence d\u2019une opposition plurielle, mais fragment\u00e9e. Durant la p\u00e9riode, Abdoulaye Wade s\u2019impose comme la figure centrale de la contestation, \u00e0 travers le Parti d\u00e9mocratique s\u00e9n\u00e9galais (PDS). &nbsp;Malgr\u00e9 plusieurs tentatives, l\u2019opposition ne parvient pas \u00e0 renverser le pouvoir socialiste avant l\u2019an 2000, en raison notamment de son incapacit\u00e9 \u00e0 se structurer en coalitions unifi\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>CA 2000, le tombeur du Parti socialiste<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le tournant s\u2019annonce avec la formation de la Coalition pour l\u2019alternance 2000, \u00e9galement appel\u00e9e CA2000. Cette alliance \u00e9lectorale, form\u00e9e pour soutenir la candidature d\u2019Abdoulaye Wade lors de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de f\u00e9vrier-mars 2000, regroupe plusieurs partis de l\u2019opposition, notamment le PDS de Wade, le PIT d\u2019Amath Dansokho et la LD\/MPT de Abdoulaye Bathily et AJ\/PADS de Landing Savan\u00e9. Elle b\u00e9n\u00e9ficie ensuite du ralliement de Moustapha Niasse (AFP) au second tour. Cette coalition qui s\u2019est illustr\u00e9e par sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer ses propres clivages permet la victoire de Abdoulaye Wade et consacre la premi\u00e8re alternance d\u00e9mocratique du pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois install\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9tat, Abdoulaye Wade s\u2019appuie sur la Coalition Sopi, principale alliance politique durant sa pr\u00e9sidence entre 2000 et 2012. Domin\u00e9e par le Parti D\u00e9mocratique S\u00e9n\u00e9galais, elle reposait sur le noyau de la CA2000. Au fil des ann\u00e9es, elle a connu des recompositions. Certains partenaires initiaux ont pris leurs distances pour rejoindre l\u2019opposition, tandis que de nouvelles formations, souvent plus modestes, ont int\u00e9gr\u00e9 la mouvance pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux l\u00e9gislatives de 2001, la coalition s\u2019\u00e9largit \u00e0 plusieurs dizaines de partis et mouvements. Elle se structure ensuite autour de la CAP 21, une plateforme conduite par Iba Der Thiam, qui f\u00e9d\u00e8re les soutiens rest\u00e9s fid\u00e8les au pr\u00e9sident lors des \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales de 2007. Cet ensemble politique \u00e9volue tant bien que mal, au gr\u00e9 des alliances et des ruptures, tout en restant centr\u00e9 sur le leadership de Wade.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les recompositions internes et les tensions politiques ont favoris\u00e9 l\u2019\u00e9mergence de nouvelles alliances d\u2019opposition.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Coalition Populaire pour l\u2019Alternative, les Assises nationales et le Front Siggil S\u00e9n\u00e9gal<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La Coalition Populaire pour l\u2019Alternative, cr\u00e9\u00e9e en avril 2006, a pour objectif de faire front commun contre le r\u00e9gime Wade et peser sur les r\u00e9formes du processus \u00e9lectoral. Cette alliance rassemble une vingtaine de partis parmi lesquels le Parti Socialiste, l\u2019Alliance des Forces de Progr\u00e8s, la Ligue D\u00e9mocratique\/Mouvement pour le Parti du Travail, le Parti de l\u2019Ind\u00e9pendance et du Travail et le Rassemblement National D\u00e9mocratique.&nbsp; D\u2019autres formations politiques viennent l\u2019\u00e9largir.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 cette dynamique unitaire, la coalition ne r\u00e9siste pas aux divergences internes. Des d\u00e9saccords profonds apparaissent quant \u00e0 la strat\u00e9gie \u00e0 adopter, notamment sur la question d\u2019une candidature unique pour l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2007. Ces tensions conduisent \u00e0 l\u2019\u00e9clatement de la coalition d\u00e8s la fin de la m\u00eame ann\u00e9e 2006 et favorisent la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle configuration plus restreinte baptis\u00e9e Alternative 2007, marquant ainsi l\u2019\u00e9chec d\u2019une tentative de rassemblement de l\u2019opposition s\u00e9n\u00e9galaise.<\/p>\n\n\n\n<p>La coalition Alternative 2007 nait en d\u00e9cembre 2006 \u00e0 la suite d\u2019une rupture au sein de la Coalition Populaire pour l\u2019Alternative. Elle rassemble une dizaine de formations politiques de l\u2019opposition qui choisissent de soutenir la candidature de Moustapha Niasse face au pr\u00e9sident Abdoulaye Wade \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, tandis qu\u2019Amath Dansokho est d\u00e9sign\u00e9 pour conduire la liste pour les \u00e9lections l\u00e9gislatives. Autour de l\u2019Alliance des Forces de Progr\u00e8s, figurent Parti de l\u2019Ind\u00e9pendance et du Travail et le Rassemblement National D\u00e9mocratique ainsi que plusieurs autres partis qui se joignent \u00e0 eux. Abdoulaye Bathily se pr\u00e9sent \u00e0 la pr\u00e9sidentielle et la coalition choisit de boycotter les l\u00e9gislatives. A cette \u00e9lection, Abdoulaye Wade sort vainqueur au premier tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Front Siggil S\u00e9n\u00e9gal voit le jour en juin 2007, au lendemain des \u00e9lections l\u00e9gislatives du 3 juin boycott\u00e9es par une partie importante de l\u2019opposition pour d\u00e9noncer les conditions d\u2019organisation du scrutin sous la pr\u00e9sidence de Abdoulaye Wade. Cette coalition rassemble les principales formations de l\u2019opposition dite significative, parmi lesquelles le Parti Socialiste, l\u2019Alliance des Forces de Progr\u00e8s, la Ligue D\u00e9mocratique, ainsi que le Parti de l\u2019Ind\u00e9pendance et du Travail et le Rassemblement National D\u00e9mocratique, accompagn\u00e9s d\u2019autres forces issues de dissidences politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de la contestation \u00e9lectorale, le Front Siggil S\u00e9n\u00e9gal joue un r\u00f4le important dans la recomposition de l\u2019opposition en s\u2019alliant, avec des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile et de syndicats, en juin 2008, lors des Assises nationales, vaste cadre de r\u00e9flexion, autour de propositions de r\u00e9formes de l\u2019\u00c9tat. Ce mouvement \u00e9volue plus tard, vers une coalition \u00e9lectorale plus large avec la cr\u00e9ation de Benno Siggil Senegaal \u00e0 l\u2019approche des \u00e9lections locales de 2009.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Benno Siggil Senegaal, \u00e0 Benno Bokk Yakaar, la revanche des coalitions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Benno Siggil Senegaal a \u00e9t\u00e9 mis en place au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2009, avec pour objectif de faire face au r\u00e9gime du pr\u00e9sident Wade lors des \u00e9lections locales de mars de la m\u00eame ann\u00e9e. Elle est n\u00e9e de la convergence entre le Front Siggil S\u00e9n\u00e9gal et d\u2019autres forces de l\u2019opposition, donnant ainsi naissance \u00e0 une alliance large qui regroupe des dizaines de partis politiques. Parmi ses principaux figurent le Parti Socialiste, l\u2019Alliance des Forces de Progr\u00e8s, la Ligue D\u00e9mocratique et le Parti de l\u2019Ind\u00e9pendance et du Travail de Amath Dansokho, au domicile de qui, se tenaient les r\u00e9unions de la coalition. Parmi les autres forces politiques qui la composent, il y a And-J\u00ebf\/PADS, Yoonu Askan Wi (branche issue d\u2019une scission d\u2019And-J\u00ebf), le Front pour le socialisme et la d\u00e9mocratie (FSD\/BJ de Cheikh Bamba Di\u00e8ye). L\u2019Alliance pour la R\u00e9publique (APR) le parti de Macky Sall rejoint la coalition en 2009, avant de s\u2019en \u00e9carter plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9lan d\u2019unit\u00e9 sert ensuite de socle \u00e0 une coalition plus large, Benno Bokk Yaakaar, qui a permis l\u2019accession de Macky Sall au pouvoir en 2012, marquant la deuxi\u00e8me alternance politique au S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p>Benno Bokk Yakaar, alliance constitu\u00e9e autour de Macky Sal, s\u2019est distingu\u00e9e par sa capacit\u00e9 \u00e0 se transformer en coalition de gouvernement, remportant successivement les \u00e9lections pr\u00e9sidentielle, l\u00e9gislatives et locales pendant plus d\u2019une d\u00e9cennie. Elle devient l\u2019ossature du pouvoir, malgr\u00e9 des tensions internes r\u00e9currentes et des d\u00e9parts de certains alli\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>En parall\u00e8le, la tradition de regroupements, souvent instables, mais politiquement significatifs se poursuit. En 2011, le Mouvement du 23 juin, (M23) bien qu\u2019il ne soit pas une coalition \u00e9lectorale classique, constitue une forme de front citoyen et politique in\u00e9dit contre le projet de r\u00e9forme constitutionnelle de Wade.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 la majorit\u00e9 Benno Bokk Yakaar, l\u2019opposition continue de se recomposer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Entre le legs socialiste de Taxawu et la mont\u00e9e en puissance d\u2019Ousmane Sonko.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le mouvement Taxawu S\u00e9n\u00e9gal s\u2019est progressivement impos\u00e9 comme une plateforme politique nationale apr\u00e8s avoir \u00e9merg\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale en 2014 \u00e0 travers l\u2019initiative Taxawu Dakar, lanc\u00e9e par Khalifa Ababacar Sall \u00e0 l\u2019occasion des \u00e9lections municipales de cette ann\u00e9e. Sa transformation s\u2019acc\u00e9l\u00e8re entre 2017 et 2018, apr\u00e8s la rupture avec le Parti Socialiste qui venait de l\u2019exclure de ses rangs, lui et ses partisans.<\/p>\n\n\n\n<p>Autour de Khalifa Sall gravite un noyau de responsables issus pour l\u2019essentiel la mouvance socialiste, parmi lesquels Barth\u00e9l\u00e9my Dias, m\u00eame si des tensions politiques naissent plus tard entre les deux hommes, ainsi que d\u2019autres cadres engag\u00e9s dans l\u2019animation du mouvement. Apr\u00e8s une p\u00e9riode marqu\u00e9e par des d\u00e9parts importants en 2024 et par les cons\u00e9quences de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, il tiendra un congr\u00e8s de refondation les 9 et 10 mai 2026, pour se structurer.<\/p>\n\n\n\n<p>La coalition Mankoo Taxawu S\u00e9n\u00e9gal est lanc\u00e9e le 4 mai 2017 dans le but de f\u00e9d\u00e9rer une partie de l\u2019opposition autour d\u2019une liste unique en vue des \u00e9lections l\u00e9gislatives du 30 juillet de la m\u00eame ann\u00e9e. Elle se construit autour de figures politiques comme Khalifa Ababacar Sall, alors ancien maire de Dakar et leader Taxawu S\u00e9n\u00e9gal, Idrissa Seck \u00e0 la t\u00eate du parti Rewmi, ainsi que Malick Gakou, dirigeant du Grand Parti et le Front pour le Socialisme et la D\u00e9mocratie\/Benno Jub\u00ebl dirig\u00e9 par Cheikh Bamba Di\u00e8ye, B\u00e8s Du Niakk, dirig\u00e9 par Mansour Sy Djamil. Parmi les autres membres et soutiens, la coalition comptet Le Front pour le Progr\u00e8s et la Justice (FPJ), le Parti pour le Salut du Peuple (PSP), des personnalit\u00e9s comme D\u00e9thi\u00e9 Fall (alors num\u00e9ro 2 de Rewmi), Soham El Wardini et Jean-Paul Dias (BCG) figurent \u00e9galement sur\u00a0les listes de la coalition<\/p>\n\n\n\n<p>Lors des l\u00e9gislatives de 2017, la coalition obtient 7 si\u00e8ges \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Elle pr\u00e9figure alors d\u2019autres alliances d\u2019opposition, avant que certains de ses membres (comme Idrissa Seck) ne rejoignent plus tard la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle, ou que d\u2019autres ne forment la coalition\u00a0Yewwi Askan Wi\u00a0en 2021.<\/p>\n\n\n\n<p>La coalition Yewwi Askan Wi, qui signifie \u00ab Lib\u00e9rer le peuple \u00bb, lanc\u00e9e en septembre 2021 a pour but de f\u00e9d\u00e9rer les forces de l\u2019opposition en vue des \u00e9lections locales et l\u00e9gislatives de 2022. Elle se construit autour du Mouvement Taxawu S\u00e9n\u00e9gal, du Parti de l\u2019Unit\u00e9 et du Rassemblement (PUR) de Serigne Moustapha Sy et du PASTEF dirig\u00e9 par Ousmane Sonko, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale pour la premi\u00e8re fois en&nbsp;<strong>juillet 2017<\/strong><strong>,<\/strong>&nbsp;et class\u00e9 troisi\u00e8me lors de l\u2019<strong>\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 24 f\u00e9vrier 2019<\/strong>.&nbsp; Sa figure \u00e9merge comme le symbole d\u2019une opposition radicale, port\u00e9e par une jeunesse en qu\u00eate de rupture. Son discours antisyst\u00e8me et sa popularit\u00e9 traduisent une mutation profonde du paysage politique.<\/p>\n\n\n\n<p>La coalition comprend \u00e9galement des figures politiques et des partis parmi lesquels AG Jotna (Moussa Diop), Saxal Ligg\u00e9y de A\u00efda Mbodj, le Parti de l\u2019Espoir et de la Modernit\u00e9\/Yaakarou R\u00e9ew Mi (Habib Sy), la Plateforme S\u00e9n\u00e9gal bi\u0144u B\u00ebgg (Cheikh Tidiane Di\u00e8ye), le Parti R\u00e9publicain pour le Progr\u00e8s\/PRP (D\u00e9thi\u00e9 Fall, mandataire national de la coalition) et S\u00e9n\u00e9galais Unis pour le D\u00e9veloppement (SUD) de Moustapha Guirassy.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une logique de maximisation de ses chances \u00e9lectorales, la coalition noue une alliance avec la coalition Wallu S\u00e9n\u00e9gal, soutenue par Abdoulaye Wade, afin de coordonner leurs efforts lors des l\u00e9gislatives de 2022. Bien que Abdoulaye Wade ait pris part aux discussions initiales, des divergences sur la d\u00e9signation de la t\u00eate de liste, l\u2019ont conduit \u00e0 se retirer pour former une coalition distincte.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 tout, la synergie a permis \u00e0 l\u2019opposition de peser dans le jeu politique. L\u2019inter coalition Yewwi -Wallu permet d\u2019engranger aux l\u00e9gislatives de juillet 2022, 80 d\u00e9put\u00e9s au Parlement et menace s\u00e9v\u00e8rement la majorit\u00e9 Benno Bokk Yakar, qui n\u2019a d\u00fb son salut qu\u2019\u00e0 la d\u00e9cision de Pape Diop de Bokk Guiss Guiss, (fond\u00e9 en 2012 par des dissidents du PDS souhaitant une rupture avec la direction de l\u2019\u00e9poque) de rejoindre BBY. Yewwii-Wallu meurt sit\u00f4t la l\u00e9gislature install\u00e9e sur fond de divergences d\u2019approches et surtout d\u2019int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, des divergences internes apparaissent rapidement, entra\u00eenant des ruptures d\u00e8s 2023, notamment avec le d\u00e9part de Taxawu S\u00e9n\u00e9gal sur fond de d\u00e9saccords li\u00e9s au dialogue national initi\u00e9 par l\u2019ancien pr\u00e9sident Macky Sall. Fragilis\u00e9e par ces tensions et par les recompositions politiques qui ont suivi, la coalition a progressivement perdu sa coh\u00e9sion jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme de facto dissoute apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2024<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De la r\u00e9sistance de la rue \u00e0 la troisi\u00e8me alternance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le Mouvement pour la D\u00e9fense de la D\u00e9mocratie, (M2D) a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en mars 2021 dans un contexte de fortes tensions politiques, \u00e0 la suite de l\u2019affaire Adji Sarr, Autour du PASTEF se sont agr\u00e9g\u00e9s des acteurs politiques, des collectifs militants et des organisations engag\u00e9es dans la d\u00e9fense des droits et des libert\u00e9s. Parmi eux, les Forces D\u00e9mocratiques du S\u00e9n\u00e9gal (FDS\/Les Guelewars) de Babacar Diop, les mouvements phares Y\u2019en a Marre, le FRAPP-France D\u00e9gage, dirig\u00e9 par Guy Marius Sagna.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mouvement s\u2019est donn\u00e9 pour objectif de d\u00e9noncer \u00ab&nbsp;l\u2019instrumentalisation de la justice&nbsp;\u00bb, tout en r\u00e9clamant la lib\u00e9ration de personnes qualifi\u00e9es de d\u00e9tenus politiques et en affirmant sa volont\u00e9 de pr\u00e9server les acquis d\u00e9mocratiques du pays. Port\u00e9 par une forte mobilisation populaire, il a constitu\u00e9 un moment marquant de la contestation politique r\u00e9cente avant de s\u2019inscrire dans des recompositions plus larges de l\u2019opposition, notamment avec l\u2019\u00e9mergence de coalitions comme Yewwi Askan Wi en perspective des \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales de 2022.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres regroupements apparaissent ensuite, comme le F24 (Forces Vives du S\u00e9n\u00e9gal), lanc\u00e9 en avril 2023, regroupant plus d\u2019une centaine d\u2019entit\u00e9s comprenant des partis d\u2019opposition (Pastef, Taxawu S\u00e9n\u00e9gal, Pds) des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile (Y en a marre, Raddho) et des syndicats. L\u2019objectif \u00e9tait de s\u2019opposer \u00e0 un \u00e9ventuel troisi\u00e8me mandat de Macky Sall et exiger la modification du Code \u00e9lectoral.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, vient le Front pour l\u2019Inclusivit\u00e9 et la Transparence des Elections (FITE)&nbsp; dont la cr\u00e9ation est enregistr\u00e9e en novembre 2023, regroupant environ 35 candidats \u00e0 la candidature de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de f\u00e9vrier-mars 2024. Parmi eux, Cheikh Tidiane Di\u00e8ye (coordonnateur), Aminata Tour\u00e9, D\u00e9thi\u00e9 Fall et Mamadou Lamine Diallo. L\u2019objectif \u00e9tait de garantir une \u00e9lection inclusive, transparente et r\u00e9guli\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>Suite \u00e0 l\u2019invalidation de parrainages par le Conseil constitutionnel, est cr\u00e9\u00e9 le Collectif des candidats spoli\u00e9s (ou des 44 recal\u00e9s) , en janvier 2024. Parmi ses membres, figurent Aminata Tour\u00e9, Alioune Sarr, Bougane Gu\u00e8ye Dany et Abdourahmane Diouf. Leur objectif \u00e9tait de d\u00e9noncer les \u00ab&nbsp;manquements graves&nbsp;\u00bb du syst\u00e8me de contr\u00f4le des parrainages<\/p>\n\n\n\n<p>Le FD-EI (Front D\u00e9mocratique pour une \u00c9lection Inclusive) est form\u00e9 en fin janvier 2024, initi\u00e9 autour du Pds, soutenu par d\u2019autres candidats recal\u00e9s du \u00ab&nbsp;Collectif des spoli\u00e9s&nbsp;\u00bb. L\u2019objectif \u00e9tait d\u2019obtenir la dissolution du Conseil constitutionnel et la reprise du processus \u00e9lectoral pour inclure les candidats \u00e9cart\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l\u2019annonce par Macky Sall le 3 f\u00e9vrier 2024 du report de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, en justifiant cette d\u00e9cision par une crise institutionnelle opposant l\u2019Assembl\u00e9e nationale au Conseil constitutionnel, sur fond d\u2019accusations de corruption visant des juges apr\u00e8s l\u2019invalidation de la candidature de Karim Wade. Une commission d\u2019enqu\u00eate parlementaire avait \u00e9t\u00e9 mise en place pour examiner le processus \u00e9lectoral contest\u00e9. Le pr\u00e9sident a \u00e9voqu\u00e9 un risque d\u2019instabilit\u00e9 et de violences pour expliquer ce report. Un d\u00e9cret a ainsi annul\u00e9 la convocation du corps \u00e9lectoral pr\u00e9vue pour le 25 f\u00e9vrier. La d\u00e9cision, ent\u00e9rin\u00e9e par l\u2019Assembl\u00e9e nationale, a ensuite \u00e9t\u00e9 invalid\u00e9e par le Conseil constitutionnel deux semaines plus tard<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ces conditions qu\u2019est n\u00e9, en f\u00e9vrier le FC 25 (Front des Candidats \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 25 f\u00e9vrier). Il regroupe 16 des 19 candidats initialement retenus par le Conseil constitutionnel, dont Bassirou Diomaye Faye, Khalifa Sall, Idrissa Seck, et Anta Babacar Ngom. L\u2019objectif \u00e9tait d\u2019exiger le respect du calendrier \u00e9lectoral et la tenue du scrutin avant le 2 avril 2024.<\/p>\n\n\n\n<p>La plateforme Aar Su\u00f1u \u00c9lection port\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 civile, quant \u00e0 elle, est lanc\u00e9e elle \u00e9galement, en f\u00e9vrier 2024. C\u2019est une plateforme regroupant des syndicats, des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile et des personnalit\u00e9s ind\u00e9pendantes qui s\u2019est fix\u00e9 pour objectif d\u2019agir comme un bouclier citoyen pour le respect de la Constitution et de la date de l\u2019\u00e9lection.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives anticip\u00e9es du 17 novembre 2024, le parti PASTEF a remport\u00e9 une large victoire en obtenant 130 si\u00e8ges \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. La coalition Takku Wallu S\u00e9n\u00e9gal dirig\u00e9e par Macky Sall s\u2019est class\u00e9e deuxi\u00e8me avec 16 d\u00e9put\u00e9s tandis que la coalition J\u00e0mm Ak Njari\u00f1 d\u2019Amadou Ba en a obtenu 7 et la coalition S\u00e0mm Sa K\u00e0ddu men\u00e9e par Barth\u00e9l\u00e9my Dias a termin\u00e9 avec 3 repr\u00e9sentants. Le reste de l\u2019h\u00e9micycle est compos\u00e9 de d\u00e9put\u00e9s issus de listes comme Coalition Andu Nawle (2), S\u00e9n\u00e9gal Kese (1), Coalition Kiraay ak Natangu\u00e9 (1), Coalition And Kolute Ngir S\u00e9n\u00e9gal (1), Coalition Bessal S\u00e9n\u00e9gal (1), Coalition Farlu (1), Sopi S\u00e9n\u00e9gal (1), les Nationalistes (1)<\/p>\n\n\n\n<p>Suite \u00e0 l\u2019installation de la XVe l\u00e9gislature le 2 d\u00e9cembre 2024, l\u2019Assembl\u00e9e nationale compte d\u00e9sormais 2 groupes parlementaires officiellement constitu\u00e9s, \u00e0 savoir le groupe majoritaire PASTF et le groupe d\u2019opposition Takku Wallu S\u00e9n\u00e9gal. Les autres \u00e9lus qui n\u2019ont pas pu atteindre le seuil de 10 membres requis pour former un groupe propre ou qui n\u2019ont pas souhait\u00e9 s\u2019y apparenter si\u00e8gent en tant que d\u00e9put\u00e9s non-inscrits, lesquels sont actuellement au nombre de 19.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Front pour la D\u00e9fense de la D\u00e9mocratie et de la R\u00e9publique a \u00e9t\u00e9 officiellement lanc\u00e9 le 9 f\u00e9vrier 2025. Cette coalition regroupe environ 71 formations et mouvements politiques qui se sont unis pour s\u2019opposer \u00e0 ce qu\u2019ils qualifient de d\u00e9rives autoritaires du pouvoir actuel incarn\u00e9 par le parti PASTEF.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les membres fondateurs et les figures, on retrouve Taxawu S\u00e9n\u00e9gal de Khalifa Sall ainsi que le parti Rewmi d\u2019Idrissa Seck. L\u2019Alliance pour la R\u00e9publique de l\u2019ancien pr\u00e9sident Macky Sall et l\u2019Alliance pour la Rel\u00e8ve Citoyenne d\u2019Anta Babacar Ngom font \u00e9galement partie de cette union. Le mouvement est compl\u00e9t\u00e9 par le Parti de l\u2019Unit\u00e9 et du Rassemblement de Serigne Moustapha Sy, le mouvement Gueum Sa Bopp de Bougane Gueye Dany et le Grand Parti de Malick Gakou.<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient de noter que certains leaders comme Amadou Ba, avec son mouvement Nouvelle Responsabilit\u00e9, ont d\u00e9clin\u00e9 l\u2019invitation ou se sont retir\u00e9s de la liste initiale des membres. Enfin, le Parti D\u00e9mocratique S\u00e9n\u00e9galais \u00e9tait absent lors du lancement officiel de la plateforme<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9lection de Bassirou Diomaye Faye en 2024 ouvre une nouvelle phase o\u00f9 la question des coalitions reste encore centrale, l\u2019heure o\u00f9 une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration acc\u00e8de aux responsabilit\u00e9s, une interrogation demeure, celle de savoir si l\u2019opposition devenue pouvoir saura se r\u00e9inventer sans reproduire les cycles qui ont fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019histoire politique du pays<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil des d\u00e9cennies, l\u2019opposition s\u00e9n\u00e9galaise s\u2019est affirm\u00e9e comme une force essentielle de r\u00e9gulation d\u00e9mocratique, mais aussi comme un espace travers\u00e9 par des contradictions profondes. Si elle a su, \u00e0 des moments cl\u00e9s, d\u00e9passer ses clivages pour provoquer des alternances historiques, elle demeure fragilis\u00e9e par ses divisions internes et ses recompositions incessantes. L\u2019accession au pouvoir de figures issues de cette opposition pose d\u00e9sormais une question cruciale, celle de la capacit\u00e9 \u00e0 transformer l\u2019\u00e9lan contestataire en gouvernance durable. Entre h\u00e9ritage politique et exigences de renouveau, l\u2019avenir du pluralisme s\u00e9n\u00e9galais reste suspendu \u00e0 cette \u00e9quation d\u00e9licate.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Henriette Niang Kand\u00e9<\/strong><br>SOURCE WALFADRJI<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis l\u2019ind\u00e9pendance, l\u2019opposition politique s\u00e9n\u00e9galaise n\u2019a cess\u00e9 d\u2019osciller entre marginalisation, structuration et \u00e9clatement. 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