{"id":69836,"date":"2026-03-23T09:04:09","date_gmt":"2026-03-23T09:04:09","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=69836"},"modified":"2026-03-23T09:04:09","modified_gmt":"2026-03-23T09:04:09","slug":"louga-la-fin-du-mythe-migratoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=69836","title":{"rendered":"Louga : La fin du mythe migratoire ?"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Dans les rues de Louga, on croise encore des jeunes qui veulent \u00e9migrer, mais on l\u2019a aussi constat\u00e9 pour le faire remarquer : nombreux sont ceux qui pensent qu\u2019ils peuvent se r\u00e9aliser et r\u00e9ussir sur place sans quitter leur Ndiambour natal.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le premier groupe de jeunes est trouv\u00e9 assis devant le Centre culturel r\u00e9gional. Le deuxi\u00e8me est rencontr\u00e9 \u00e0 la place publique. Le troisi\u00e8me, compos\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e8ves d\u2019un \u00e9tablissement priv\u00e9, crois\u00e9 au march\u00e9 central. Tous ont accept\u00e9, volontiers, de nous parler, d\u2019\u00e9changer sur leur avenir et de partager leurs craintes et espoirs. Ils se nomment Pape Makhtar K\u00e9b\u00e9, Babacar Ndaw, Cheikhouna, ou encore Pape Djibril. Tous ont entre 20 et 30 ans, et tous ont, \u00e0 un moment donn\u00e9, voulu tout plaquer, tout abandonner pour aller \u00e0 la recherche d\u2019une vie meilleure. Mais, entre-temps, les crises successives dans les pays d\u2019accueil ont tout chamboul\u00e9. Impactant n\u00e9gativement les \u00e9migr\u00e9s. Qui gagnent d\u00e9sormais moins d\u2019argent. Or, qui dit moins de revenus dit moins de transferts pour les familles rest\u00e9es au pays. Tout cela donc a eu des effets, modifiant les perspectives des potentiels candidats \u00e0 l\u2019\u00e9migration. Il suffit de sillonner les rues de la capitale du Ndiambour et interpeller les jeunes pour constater que les temps ont bien chang\u00e9. Cette \u00e9poque o\u00f9 artisans, m\u00e9caniciens, tailleurs, ma\u00e7ons et autres \u00e9l\u00e8ves misaient tout sur l\u2019\u00e9migration semble d\u00e9sormais r\u00e9volue. Aujourd\u2019hui, \u00e0 Louga, l\u2019\u00e9migration appara\u00eet comme un dernier recours. On l\u2019envisage seulement apr\u00e8s avoir tout tent\u00e9 sur place, sans obtenir les r\u00e9sultats escompt\u00e9s. Un basculement r\u00e9v\u00e9lateur de la fin d\u2019un pass\u00e9 pas si lointain o\u00f9 la r\u00e9ussite \u00e9tait intimement li\u00e9e au d\u00e9part vers l\u2019\u00e9tranger. \u00ab Voyager ? Je n\u2019y pense m\u00eame pas \u00bb, lance Pape Makhtar K\u00e9b\u00e9, jeune m\u00e9canicien \u00e9galement actif dans le transport. \u00ab J\u2019ai eu des occasions, mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9courag\u00e9 par les \u00e9migr\u00e9s qui sont revenus r\u00e9cemment. En fait, on ne les envie plus \u00bb. Son camarade Ablaye Diaw, artiste, partage cet avis. Lui aussi n\u2019est pas enchant\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de partir. \u00ab Il faut le reconna\u00eetre, les choses ont beaucoup chang\u00e9. La derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9migr\u00e9s rencontre d\u2019\u00e9normes difficult\u00e9s et cela se ressent dans le quotidien de leurs familles \u00bb. Professeur de lettres depuis plus de 20 ans, Djibril Fall a, lui aussi, observ\u00e9 cette \u00e9volution. \u00ab Il y a eu une p\u00e9riode o\u00f9 tous voulaient voyager. Et c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re option. Mais ce moment est r\u00e9volu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SOUTIEN AUX INITIATIVES LOCALES <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, on ne pense \u00e0 \u00e9migrer qu\u2019apr\u00e8s avoir tout essay\u00e9 et \u00e9chou\u00e9 \u00bb. Sa coll\u00e8gue, professeur d\u2019histoire et de g\u00e9ographie, Yaye Astou Diop, confirme. Elle confie avoir tent\u00e9, il y a quelques ann\u00e9es, de dissuader des parents qui voulaient envoyer leurs enfants en classe d\u2019examen en Italie. \u00ab C\u2019\u00e9tait peine perdue. Pour eux, l\u2019\u00e9cole n\u2019\u00e9tait qu\u2019un pis-aller, un passe-temps en attendant d\u2019obtenir un visa. Le syst\u00e8me \u00e9ducatif en a beaucoup souffert \u00e0 Louga. Mais tout cela semble derri\u00e8re nous. L\u2019\u00e9cole reprend sa place dans la soci\u00e9t\u00e9 lougatoise. Aujourd\u2019hui, les jeunes souhaitent \u00eatre soutenus, form\u00e9s, encadr\u00e9s et financ\u00e9s sur place afin de contribuer au d\u00e9veloppement de leur r\u00e9gion. Si beaucoup de jeunes de Louga ne consid\u00e8rent l\u2019\u00e9migration qu\u2019en dernier ressort, c\u2019est parce qu\u2019ils croient encore en leur capacit\u00e9 de r\u00e9ussir et de s\u2019\u00e9panouir sur place. Mais c\u2019est aussi et surtout parce qu\u2019ils placent \u00ab foi et espoir \u00bb dans les nouvelles autorit\u00e9s. \u00ab On va se d\u00e9rouiller en ne sous-estimant aucun m\u00e9tier, avec l\u2019espoir d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9s par Sonko et Diomaye \u00bb, dit Badara L\u00f4, r\u00e9parateur de t\u00e9l\u00e9phones portables au march\u00e9 central de Louga. \u00ab Comment esp\u00e9rer un soutien de Sonko et Diomaye alors que l\u2019\u00e9conomie est \u00e0 terre ? \u00bb, r\u00e9agit une passante. R\u00e9ponse de Badara : \u00ab Il faut reconna\u00eetre que le passif h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019ancien r\u00e9gime ne leur laisse pas une grande marge de manoeuvre. Mais les choses vont s\u2019am\u00e9liorer. J\u2019y crois fermement \u00bb. Toujours au march\u00e9 central, entre la station Total et le Cr\u00e9dit Mutuel, un autre jeune, Cheikh, est devant un petit commerce. Lui non plus n\u2019envisage pas de quitter son \u00ab Ndiambour \u00bb natal. \u00ab \u00c7a ne me traverse pas l\u2019esprit. Du moins pour le moment \u00bb, nuance-t-il. Cheikh s\u2019empresse d\u2019ajouter : \u00ab En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019\u00e9migration ne m\u2019a jamais int\u00e9ress\u00e9. J\u2019ai toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rester ici, travailler et vivre avec le peu que je gagne et si j\u2019ai une demande \u00e0 formuler, c\u2019est de supplier le nouveau r\u00e9gime \u00e0 soutenir les jeunes de Louga \u00bb. M\u00eame souhait chez Khalifa Diaw, acteur culturel. \u00ab L\u2019\u00c9tat peut et doit monter des projets pour les jeunes en collaboration avec des \u00e9migr\u00e9s de retour souhaitant investir \u00e0 Louga. C\u2019est cette piste qu\u2019il faut privil\u00e9gier pour aider les nombreux jeunes qui ont d\u00e9cid\u00e9 de rester et de travailler dans leur terroir \u00bb. Aly D\u00e8me, \u00e9migr\u00e9 de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration et engag\u00e9 dans plusieurs initiatives de d\u00e9veloppement en faveur de Louga, va m\u00eame plus loin : \u00ab Des \u00e9migr\u00e9s de Louga pr\u00eats \u00e0 investir dans des projets structurants, il y en a beaucoup, mais malheureusement ils ne trouvent pas d\u2019interlocuteurs int\u00e9ress\u00e9s maitrisant les enjeux \u00bb. Preuve que des solutions existent, port\u00e9es par des partenaires et fils de Louga pr\u00eats \u00e0 s\u2019engager, \u00e0 condition qu\u2019un cadre ad\u00e9quat soit mis en place dans le sens de r\u00e9pondre aux aspirations et pr\u00e9occupations des jeunes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;EMPREINTE IND\u00c9L\u00c9BILE DES \u00c9MIGR\u00c9S <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019en 1970, Louga n\u2019\u00e9tait qu\u2019un gros village. Peu de b\u00e2timents modernes, rares restaurants ou boulangeries dignes de ce nom, quasiment aucun service de transport. Les habitations \u00e9taient principalement faites de bambous, de pailles et de crintins. Puis arrivent les premiers \u00e9migr\u00e9s, au lendemain de la grande s\u00e9cheresse de 1973. La famine progresse, manger et boire deviennent un luxe. Cette p\u00e9riode difficile pousse de nombreux fils du Ndiambour \u00e0 partir \u00e0 la recherche d\u2019un mieux-\u00eatre. Deux ou trois ans plus tard, l\u2019exp\u00e9rience se r\u00e9v\u00e8le concluante. Les premiers transferts arrivent. Les familles retrouvent le sourire. \u00ab Nous \u00e9tions fiers de soulager nos proches en r\u00e9pondant \u00e0 leurs besoins primaires \u00bb, se souvient Baba Sall, membre de cette premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9migr\u00e9s lougatois. Cons\u00e9quence directe : le voyage devient le r\u00eave de toute une jeunesse. D\u00e9sormais, \u00e9l\u00e8ves, \u00e9tudiants, menuisiers, ma\u00e7ons et tailleurs cherchent \u00e0 partir, souvent encourag\u00e9s par un proche d\u00e9j\u00e0 install\u00e9 en Europe. Entre 1988 et 2000 d\u00e9bute une deuxi\u00e8me vague migratoire. Une g\u00e9n\u00e9ration qui ne se contente plus d\u2019aider les parents rest\u00e9s au pays. Les fonds envoy\u00e9s servent aussi \u00e0 b\u00e2tir des maisons. De belles b\u00e2tisses sortent de terre dans tout le p\u00e9rim\u00e8tre communal. Des quartiers se d\u00e9veloppent, des commerces s\u2019ouvrent, la ville s\u2019anime. \u00ab Louga change dans le bon sens et devient v\u00e9ritablement une grande ville \u00bb, estime Safall, ancien \u00e9migr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EL HADJI DJILY MBAYE LE PR\u00c9CURSEUR <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui encore, l\u2019empreinte des \u00e9migr\u00e9s est visible dans les 11 quartiers de la ville de Louga. \u00ab La ville doit tout aux \u00e9migr\u00e9s \u00bb, dit Ngagne K\u00e9b\u00e9, relevant que tout \u00e0 Louga est le fruit du labeur des \u00e9migr\u00e9s. Et le premier \u00e0 avoir inspir\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res n\u2019est autre que le milliardaire, mondialement connu : El Hadji Djily Mbaye. \u00ab La premi\u00e8re chose qu\u2019il a faite apr\u00e8s avoir r\u00e9ussi, c\u2019est revenir \u00e0 Louga pour construire des maisons et soutenir ses parents \u00bb. Depuis, nombreux sont les Lougatois qui ont voulu suivre son exemple, faisant de lui une r\u00e9f\u00e9rence et un mod\u00e8le. Tout jeune lougatois qui a quitt\u00e9 son terroir pour aller faire fortune \u00e0 l\u2019\u00e9tranger a voulu faire exactement comme le milliardaire. M\u00eame si tout le monde le reconna\u00eet ici : personne n\u2019\u00e9galera Djily Mbaye dont le seul palais construit en 1979 aurait co\u00fbt\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque plus de 18 milliards FCfa. Sans compter que le Boulevard Abdou Diouf, l\u2019h\u00f4pital r\u00e9gional, la gouvernance, entres autres \u00e9difices publics, ont tous \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s par l\u2019argent du d\u00e9funt et g\u00e9n\u00e9reux milliardaire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par Abdoulaye DIALLO<\/strong><br>SOURCE LESOLEIL<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les rues de Louga, on croise encore des jeunes qui veulent \u00e9migrer, mais on l\u2019a aussi constat\u00e9 pour le<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":69837,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[],"class_list":["post-69836","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/69836","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=69836"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/69836\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":69838,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/69836\/revisions\/69838"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/69837"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=69836"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=69836"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=69836"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}