{"id":68530,"date":"2026-02-24T10:26:25","date_gmt":"2026-02-24T10:26:25","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=68530"},"modified":"2026-02-24T11:02:47","modified_gmt":"2026-02-24T11:02:47","slug":"senegal-maroc-mille-ans-dhistoire-ne-se-bradent-pas-sur-un-coup-de-sifflet-par-moubarack-lo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=68530","title":{"rendered":"S\u00e9n\u00e9gal\u2013Maroc : mille ans d\u2019histoire ne se bradent pas sur un coup de sifflet"},"content":{"rendered":"\n<p>Dix-huit supporters s\u00e9n\u00e9galais sont retenus dans une prison marocaine depuis la finale de la CAN. Une d\u00e9cision de justice qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre lue \u00e0 hauteur de ce qu\u2019elle est \u2014 et de ce que nos deux peuples sont l\u2019un pour l\u2019autre depuis des si\u00e8cles. J\u2019\u00e9tais pr\u00e9sent dans le stade ce soir-l\u00e0. J\u2019\u00e9cris en t\u00e9moin, pas en commentateur. Comme le rappelle le Coran : \u00ab Je ne t\u00e9moigne que de ce dont j\u2019ai une connaissance certaine. \u00bb Mais j\u2019\u00e9cris aussi avec une peine particuli\u00e8re au c\u0153ur \u2014 car mon treizi\u00e8me a\u00efeul paternel et maternel \u00e9tait Marocain, originaire du nord du Maroc, \u00e0 Ouezzane. Ce que traverse aujourd\u2019hui cette relation entre nos deux peuples, je le vis de l\u2019int\u00e9rieur, dans ma propre chair et ma propre m\u00e9moire. Je suis, \u00e0 la fois, des deux rives.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut commencer par l\u00e0 o\u00f9 personne ne commence jamais : par le commencement. Pr\u00e8s de 1000 ans avant que Rabat et Dakar n\u2019aient des ambassades l\u2019une dans l\u2019autre, avant m\u00eame que ces noms existent sur une carte, nos anc\u00eatres avaient d\u00e9j\u00e0 fait quelque chose d\u2019extraordinaire ensemble. Vers 1040, des tribus berb\u00e8res Sanhadja nomadisant entre le sud du Maroc et le fleuve S\u00e9n\u00e9gal vinrent \u00e9tablir leur ribat \u2014 leur couvent fortifi\u00e9 \u2014 sur l\u2019\u00eele \u00e0 Morphil, dans le T\u00e9krour, en plein c\u0153ur de ce qui est aujourd\u2019hui le nord du S\u00e9n\u00e9gal. Les populations du T\u00e9krour, d\u00e9j\u00e0 islamis\u00e9es et ferventes, les rejoignirent par milliers, formant avec eux une conf\u00e9d\u00e9ration de combattants et de croyants. C\u2019est de cette alliance-l\u00e0, n\u00e9e sur les rives de notre fleuve, que sortirent les Almoravides \u2014 et c\u2019est de cette alliance-l\u00e0 que sortit Marrakech, fond\u00e9e en 1062 par Yusuf Ibn Tachfin \u00e0 la t\u00eate d\u2019un empire qui allait s\u2019\u00e9tirer jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Espagne reconquise. La ville rouge qui tr\u00f4ne aujourd\u2019hui au c\u0153ur du Royaume du Maroc porte en elle, dans ses premi\u00e8res pierres, un peu de l\u2019\u00e2me du T\u00e9krour. Avant que nos deux pays soient des pays, nos anc\u00eatres avaient d\u00e9j\u00e0 b\u00e2ti ensemble un empire.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sur ce terreau mill\u00e9naire que tout le reste a pouss\u00e9. La Qadriyya et la Tijaniyya d\u2019abord, ces cordons spirituels qui relient le Maroc au S\u00e9n\u00e9gal, sans que nulle fronti\u00e8re n\u2019ait jamais su le trancher. Puis, aux premi\u00e8res heures des ind\u00e9pendances, la relation personnelle entre L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor et Hassan II \u2014 deux g\u00e9ants qui avaient compris que l\u2019Afrique ne pouvait pas se permettre de gaspiller ses amiti\u00e9s. La Convention d\u2019\u00e9tablissement de 1964, qui soufflera ses soixante-deux bougies cette ann\u00e9e, a traduit cette amiti\u00e9 en droit concret : libert\u00e9 d\u2019installation, de circulation, d\u2019acc\u00e8s aux march\u00e9s publics pour les ressortissants des deux pays \u2014 un cadre que bien des conventions africaines peinent encore \u00e0 \u00e9galer. Depuis, les \u00e9changes commerciaux ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9s par quatre en quinze ans, pour atteindre 370 millions de dollars en 2024. Le Maroc est aujourd\u2019hui le premier fournisseur africain du S\u00e9n\u00e9gal. Plus de 130 accords lient nos deux \u00c9tats. Soutenue par ce cadre juridique s\u00e9curis\u00e9 et une connectivit\u00e9 logistique fluide, cette relation d\u00e9passe le simple flux de capitaux pour devenir un v\u00e9ritable ancrage industriel et technique, faisant de Dakar le principal hub ouest-africain des IDE marocains, tout en posant d\u00e9sormais le d\u00e9fi d\u2019un r\u00e9\u00e9quilibrage de la balance commerciale au profit des exportations s\u00e9n\u00e9galaises. Ce partenariat \u00e9conomique entre les deux pays s\u2019incarne principalement dans le secteur bancaire et financier (CBAO-Attijariwafa, Banque atlantique-BCP, BOA), mais s\u2019\u00e9tend \u00e9galement aux infrastructures et \u00e0 l\u2019immobilier, aux t\u00e9l\u00e9communications, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019agro-industrie via l\u2019engagement massif de l\u2019OCP pour la souverainet\u00e9 alimentaire s\u00e9n\u00e9galaise.<\/p>\n\n\n\n<p>La Grande Mosqu\u00e9e de Dakar, que le Maroc a contribu\u00e9 \u00e0 b\u00e2tir et dont il finance aujourd\u2019hui la r\u00e9habilitation, veille sur la capitale s\u00e9n\u00e9galaise comme un symbole de pierre de cette fraternit\u00e9. Et Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI a visit\u00e9 le S\u00e9n\u00e9gal neuf fois \u2014 plus qu\u2019aucun autre pays africain \u2014 allant jusqu\u2019\u00e0 s\u2019adresser \u00e0 la Nation marocaine depuis Dakar, dans un geste dont on ne mesure peut-\u00eatre pas assez la port\u00e9e symbolique. En janvier 2026, au lendemain m\u00eame des incidents de la finale, le Premier Ministre Ousmane Sonko \u00e9tait \u00e0 Rabat pour signer dix-sept nouveaux accords avec Aziz Akhannouch. Quand d\u2019autres auraient annul\u00e9 le voyage, nos deux gouvernements ont choisi de travailler.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors oui, il y a eu ces images. Mais pour en parler honn\u00eatement, il faut les raconter dans l\u2019ordre \u2014 et je peux le faire, parce que j\u2019\u00e9tais l\u00e0. J\u2019\u00e9tais dans ce stade Moulay Abdellah le soir du 18 janvier. J\u2019ai vu de mes yeux ce que les cam\u00e9ras ont partiellement captur\u00e9 et que les plaidoiries ont diversement interpr\u00e9t\u00e9. Et ce que j\u2019ai vu commence bien avant que le premier objet ne vole dans les tribunes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a d\u2019abord eu des incidents sur le terrain m\u00eame, discrets mais suffisamment visibles pour peser sur l\u2019atmosph\u00e8re. Des ramasseurs de balles et quelques joueurs de l\u2019\u00e9quipe marocaine ont tent\u00e9 de s\u2019emparer de la serviette du gardien s\u00e9n\u00e9galais \u2014 un geste de d\u00e9stabilisation psychologique, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 ou non, mais dont l\u2019effet dans les tribunes ne fut pas neutre. Les supporters s\u00e9n\u00e9galais ont vu. Ils ont interpr\u00e9t\u00e9. Et dans un stade d\u00e9j\u00e0 surchauff\u00e9 par l\u2019enjeu d\u2019une finale continentale, chaque petit incident sur le terrain devient une provocation collective pour ceux qui regardent depuis les gradins.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a ensuite eu l\u2019arbitre \u2014 et c\u2019est l\u00e0 le c\u0153ur du probl\u00e8me. Dans les ultimes secondes du match, il a rendu deux d\u00e9cisions cons\u00e9cutives d\u2019un impact \u00e9motionnel difficilement g\u00e9rable : annuler un but s\u00e9n\u00e9galais, puis accorder imm\u00e9diatement un penalty au Maroc. Ces deux d\u00e9cisions, prises dans le m\u00eame souffle, \u00e0 quelques secondes de la fin, sur des actions dont la l\u00e9gitimit\u00e9 reste d\u00e9battue, r\u00e9v\u00e8lent une absence totale de sens du contexte de la part de l\u2019arbitre. Cela ne justifie en rien ce qui a suivi dans les tribunes \u2014 je le dis clairement, et j\u2019y reviendrai. Mais on ne peut pas ignorer qu\u2019un arbitre exp\u00e9riment\u00e9, conscient de la tension d\u2019une finale africaine, a le devoir de g\u00e9rer autrement la fin d\u2019un tel match. Refuser un but \u00e0 une \u00e9quipe et accorder un penalty \u00e0 l\u2019autre dans le m\u00eame instant, \u00e0 quelques secondes du coup de sifflet final : c\u2019est mettre le feu \u00e0 une poudri\u00e8re en sachant qu\u2019elle est pleine.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui s\u2019est pass\u00e9 ensuite n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 une explosion spontan\u00e9e et uniforme. Cela a \u00e9t\u00e9 une escalade, phase apr\u00e8s phase, chacune entra\u00eenant la suivante avec la logique implacable des foules qui perdent pied. Premi\u00e8re phase : l\u2019arbitre annule un but s\u00e9n\u00e9galais. La tension, d\u00e9j\u00e0 haute, monte d\u2019un cran. Des objets commencent \u00e0 voler depuis les tribunes des supporters s\u00e9n\u00e9galais en direction des stadiers. Deuxi\u00e8me phase : l\u2019arbitre accorde un &nbsp;penalty au Maroc. C\u2019est l\u00e0 que tout bascule. Des supporters arrachent des si\u00e8ges et les lancent vers les stadiers. Puis ils tentent de quitter les tribunes pour envahir la pelouse \u2014 les stadiers les bloquent. S\u2019ensuit une bagarre frontale entre supporters et stadiers, \u00e0 coups de poing, \u00e0 coups de chaise. Troisi\u00e8me phase : la police intervient et p\u00e9n\u00e8tre dans l\u2019enceinte. \u00c0 ce moment pr\u00e9cis, ce qui \u00e9tait une rixe de tribune devient un combat de rue \u00e0 ciel ouvert \u2014 corps \u00e0 corps, forces de l\u2019ordre contre supporters s\u00e9n\u00e9galais, dans l\u2019indistinction et le chaos. Quatri\u00e8me phase : les arrestations. Dix-huit S\u00e9n\u00e9galais sont interpell\u00e9s dans la confusion de cette m\u00eal\u00e9e. Cinqui\u00e8me phase : un mois de d\u00e9tention provisoire, puis le tribunal de premi\u00e8re instance de Rabat qui condamne, le 19 f\u00e9vrier, neuf d\u2019entre eux \u00e0 un an de prison, six \u00e0 six mois, trois \u00e0 trois mois, assorties d\u2019amendes allant de 1 000 \u00e0 5 000 dirhams. Cette chronologie importe. Elle importe parce qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le comment une d\u00e9cision arbitrale contest\u00e9e, dans un contexte \u00e9motionnel d\u00e9j\u00e0 satur\u00e9 par les d\u00e9clarations pr\u00e9-match de la F\u00e9d\u00e9ration s\u00e9n\u00e9galaise de Football, a pu transformer en quelques minutes des supporters ordinaires en acteurs malgr\u00e9 eux d\u2019une sc\u00e8ne dont ils portent aujourd\u2019hui seuls les cons\u00e9quences p\u00e9nales. Leur d\u00e9tresse m\u00e9rite la sollicitude, pas l\u2019indiff\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais comprendre leur souffrance ne dispense pas de se dire la v\u00e9rit\u00e9. Notre propre Code p\u00e9nal \u2014 la Loi n\u00b0 65-60 du 21 juillet 1965 \u2014 sanctionne, au S\u00e9n\u00e9gal, exactement les m\u00eames faits avec les m\u00eames outils : les articles 294 et suivants punissent les violences volontaires d\u2019un emprisonnement d\u2019un mois \u00e0 cinq ans selon la gravit\u00e9 des blessures, les peines \u00e9tant aggrav\u00e9es lorsque les violences sont commises en r\u00e9union ou contre des agents de s\u00e9curit\u00e9. Les articles 406 et suivants punissent la d\u00e9gradation volontaire de biens d\u2019un emprisonnement pouvant atteindre deux ans, outre la r\u00e9paration civile int\u00e9grale. En octobre 2012, des supporters s\u00e9n\u00e9galais avaient allum\u00e9 des feux et lanc\u00e9 des projectiles au stade L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor lors d\u2019un match contre la C\u00f4te d\u2019Ivoire : la CAF avait suspendu notre stade national pendant un an et inflig\u00e9 une amende de 25 millions de francs CFA, avec menace de doubler la sanction en cas de r\u00e9cidive. Nous avions alors accept\u00e9 cette d\u00e9cision comme normale. Il serait donc difficile de soutenir, sans se contredire, que les m\u00eames actes commis cette fois sur le sol d\u2019un pays fr\u00e8re m\u00e9ritent une toute autre r\u00e9ponse au seul motif que les condamn\u00e9s sont s\u00e9n\u00e9galais. La justice, qu\u2019elle soit rendue \u00e0 Dakar ou \u00e0 Rabat, ne se n\u00e9gocie pas \u00e0 la nationalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui peut et doit se n\u00e9gocier, en revanche, c\u2019est l\u2019accompagnement de nos compatriotes dans les voies l\u00e9gales qui restent ouvertes. L\u2019appel a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 d\u00e8s le lendemain du verdict puis annul\u00e9. L\u2019action consulaire doit \u00eatre pleine et enti\u00e8re. Et si les peines venaient \u00e0 \u00eatre confirm\u00e9es, les m\u00e9canismes de la Convention de Strasbourg de 1983 sur le transf\u00e8rement des personnes condamn\u00e9es \u2014 dont le Maroc est signataire \u2014 offrent une voie de rapatriement humanitaire que la diplomatie s\u00e9n\u00e9galaise doit explorer avec d\u00e9termination, en plus de la gr\u00e2ce royale que le S\u00e9n\u00e9gal pourrait solliciter.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Premier ministre Sonko a eu raison de dire \u00e0 Rabat que \u00ab le sport ne peut pas diviser les pays \u00bb. Cette phrase doit maintenant se traduire en actes, par des initiatives diplomatiques fraternelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a \u00e9galement un message \u00e0 adresser directement \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration S\u00e9n\u00e9galaise de Football. Car sa responsabilit\u00e9 dans cette affaire commence bien avant le coup d\u2019envoi de la finale. Dans les jours qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le match, des responsables f\u00e9d\u00e9raux ont pris la parole publiquement pour accuser la F\u00e9d\u00e9ration Royale Marocaine de Football de d\u00e9faillances graves: s\u00e9curit\u00e9 insuffisante autour de la d\u00e9l\u00e9gation s\u00e9n\u00e9galaise, conditions d\u2019h\u00e9bergement jug\u00e9es indignes, traitement per\u00e7u comme irrespectueux envers les joueurs et le staff. Ces d\u00e9clarations, quelles que soient leur part de v\u00e9rit\u00e9, ont \u00e9t\u00e9 prof\u00e9r\u00e9es dans un espace public satur\u00e9 d\u2019\u00e9motions, \u00e0 quelques heures d\u2019une finale d\u00e9j\u00e0 charg\u00e9e de pression. Le r\u00e9sultat \u00e9tait pr\u00e9visible : des supporters qui arrivent au stade non plus seulement port\u00e9s par la passion du match, mais d\u00e9j\u00e0 convaincus d\u2019une injustice, d\u00e9j\u00e0 mis en posture d\u2019affrontement symbolique. Quand le but a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 et le penalty controvers\u00e9 est tomb\u00e9, ces esprits pr\u00e9chauff\u00e9s par les d\u00e9clarations de leurs propres dirigeants n\u2019avaient plus besoin de grand-chose pour basculer.<\/p>\n\n\n\n<p>Une f\u00e9d\u00e9ration nationale a le droit, et m\u00eame le devoir, de d\u00e9fendre ses \u00e9quipes face \u00e0 des manquements suppos\u00e9s dans l\u2019organisation. Mais elle a aussi la responsabilit\u00e9 de mesurer l\u2019effet de ses mots sur des milliers de supporters surexcit\u00e9s, dans un contexte o\u00f9 chaque d\u00e9claration peut servir d\u2019\u00e9tincelle. Ce n\u2019est pas de la diplomatie molle que d\u2019exiger cette prudence \u2014 c\u2019est de la responsabilit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire. Le stade Senghor suspendu en 2012, dix-huit condamn\u00e9s \u00e0 Rabat en 2026, des amendes CAF des deux c\u00f4t\u00e9s : deux fois le m\u00eame sc\u00e9nario, avec une d\u00e9cennie d\u2019\u00e9cart, et d\u00e9sormais une variable aggravante \u2014 la communication f\u00e9brile de ses propres dirigeants. Cela s\u2019appelle un probl\u00e8me structurel, pas un accident. La FSF doit accompagner jusqu\u2019au bout juridiquement et financi\u00e8rement les dix-huit condamn\u00e9s \u2014 c\u2019est le minimum. Elle doit b\u00e2tir un dispositif s\u00e9rieux d\u2019encadrement des supporters en d\u00e9placement international \u2014 c\u2019est l\u2019urgence absolue. Et elle doit apprendre \u00e0 parler avant un match comme quelqu\u2019un qui sait que ses mots ont des cons\u00e9quences dans les tribunes \u2014 c\u2019est la le\u00e7on de cette finale. Le football s\u00e9n\u00e9galais vise les plus grandes comp\u00e9titions mondiales. Il ne peut pas se permettre des dirigeants qui allument le feu, puis s\u2019\u00e9tonnent que \u00e7a br\u00fble.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 nos fr\u00e8res et s\u0153urs marocains : les actes de dix-huit hommes, une nuit de fi\u00e8vre, ne disent rien de l\u2019\u00e2me d\u2019un peuple de dix-huit millions. Le S\u00e9n\u00e9gal qui vous aime, qui prie dans vos mosqu\u00e9es, qui \u00e9tudie dans vos universit\u00e9s, qui a fond\u00e9 avec vous il y a mille ans l\u2019empire le plus \u00e9tonnant qu\u2019ait jamais vu le continent africain \u2014 ce S\u00e9n\u00e9gal-l\u00e0 est inchang\u00e9. Il est debout. Il est fraternel. Et il compte sur cette fraternit\u00e9 mill\u00e9naire pour traverser ensemble cette page difficile.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut dire enfin, et le dire clairement, que les \u00e9preuves font partie de toute relation humaine \u2014 entre individus comme entre nations. Le S\u00e9n\u00e9gal et le Maroc sont deux pays amis, deux peuples fr\u00e8res, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019ils le sont que cette page douloureuse ne saurait \u00eatre le dernier mot de leur histoire commune. Ce qui compte, au sortir d\u2019une \u00e9preuve, ce n\u2019est pas qu\u2019elle n\u2019ait pas eu lieu \u2014 c\u2019est que la relation en sorte grandie. Et sur ce point, les autorit\u00e9s des deux pays ont d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 la voie. En maintenant la tenue de la Haute Commission mixte \u00e0 Rabat, en permettant \u00e0 Ousmane Sonko et Aziz Akhannouch de se retrouver autour d\u2019une table pour signer dix-sept accords dans le sillage m\u00eame des incidents, les deux gouvernements ont envoy\u00e9 un message d\u2019une clart\u00e9 absolue : ce n\u2019est pas un match de football, aussi tendu soit-il, qui viendra \u00e0 bout d\u2019une relation multis\u00e9culaire forg\u00e9e dans la foi, le commerce, la guerre et la fraternit\u00e9. Ce message, les deux peuples doivent maintenant se l\u2019approprier. Car le S\u00e9n\u00e9gal et le Maroc sont deux des nations les plus fortes du football africain, deux membres de l\u2019\u00e9lite du continent, et leur rivalit\u00e9 sur le terrain est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui rend leur amiti\u00e9 en dehors du terrain si pr\u00e9cieuse. Il y aura d\u2019autres matchs. Il y aura d\u2019autres finales. Il y aura d\u2019autres moments de fi\u00e8vre et de passion \u2014 c\u2019est la nature du sport et de ceux qui l\u2019aiment. Ce qui doit changer, c\u2019est la capacit\u00e9 collective \u00e0 traverser ces moments sans que des hommes se retrouvent en prison, sans que des ann\u00e9es de diplomatie patiente soient mises en p\u00e9ril par quelques minutes d\u2019\u00e9garement. Tirer les le\u00e7ons de cette \u00e9preuve, l\u2019une et l\u2019autre f\u00e9d\u00e9ration, l\u2019un et l\u2019autre peuple \u2014 et faire en sorte que cela n\u2019arrive plus jamais. Voil\u00e0 ce que l\u2019histoire nous demande.<\/p>\n\n\n\n<p>Des rives du T\u00e9krour s\u00e9n\u00e9galais jusqu\u2019aux ruelles de Marrakech, du ribat fondateur jusqu\u2019aux accords de Rabat de janvier 2026 : mille ans d\u2019histoire partag\u00e9e ne se bradent pas sur un coup de sifflet. C\u2019est \u00e0 nous, collectivement, de nous en souvenir \u2014 et d\u2019en \u00eatre dignes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par Moubarack Lo\u00a0 <\/strong><br><strong>\u00c9conomiste, Pr\u00e9sident du think tank Institut de l\u2019Emergence, <\/strong><br><strong>Dakar, Senegal<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dix-huit supporters s\u00e9n\u00e9galais sont retenus dans une prison marocaine depuis la finale de la CAN. 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