{"id":68483,"date":"2026-02-23T12:33:53","date_gmt":"2026-02-23T12:33:53","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=68483"},"modified":"2026-02-23T12:33:54","modified_gmt":"2026-02-23T12:33:54","slug":"dans-les-zones-inondees-du-maroc-un-ramadan-loin-des-celebrations-traditionnelles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=68483","title":{"rendered":"Dans les zones inond\u00e9es du Maroc, un ramadan loin des c\u00e9l\u00e9brations traditionnelles"},"content":{"rendered":"\n<p>Chass\u00e9 par des inondations d\u00e9vastatrices de son village du nord-ouest du Maroc, Ahmed El Habachi croyait \u00e0 un exil temporaire. Trois semaines plus tard, il ne s&rsquo;imaginait pas rompre le je\u00fbne du ramadan sous une tente, dans la \u00ab\u00a0d\u00e9brouille\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0On pr\u00e9pare le ftour (repas de rupture du je\u00fbne) avec les moyens du bord\u00a0\u00bb, confie \u00e0 l&rsquo;AFP ce pl\u00e2trier de 37 ans, debout devant une des tentes bleues du camp provisoire de la r\u00e9gion de K\u00e9nitra, install\u00e9 par les autorit\u00e9s du fait de pluies exceptionnelles qui ont frapp\u00e9 la r\u00e9gion fin janvier et d\u00e9but f\u00e9vrier.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques dizaines de toiles restent dress\u00e9es, align\u00e9es sur la terre humide. A l&rsquo;approche du coucher du soleil, des femmes s&rsquo;affairent autour de petits r\u00e9chauds. Sans eau courante, elles improvisent, pendant qu&rsquo;une odeur de poisson grill\u00e9 se r\u00e9pand.<\/p>\n\n\n\n<p>A la nuit tomb\u00e9e, la lumi\u00e8re vacillante des bougies suppl\u00e9e l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, absente. Les familles se replient sous leur tente, s&rsquo;attablant pour le ftour du mois sacr\u00e9 musulman dans des conditions pr\u00e9caires.<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart des habitants de la r\u00e9gion ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 regagner leurs foyers. Pour Ahmed El Habachi et ses enfants, retourner \u00e0 Ouled Amer, \u00e0 35 kilom\u00e8tres de l\u00e0, n&rsquo;est pas une option.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0O\u00f9 dormir? Il y a encore de la boue jusqu&rsquo;au genou\u00a0\u00bb, explique-t-il, en montrant sur son t\u00e9l\u00e9phone des vid\u00e9os de sa maison, dont la moiti\u00e9 des murs a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9e par les crues de la rivi\u00e8re voisine.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est la d\u00e9brouille jusqu&rsquo;\u00e0 ce que nous puissions rentrer chez nous\u00a0\u00bb, dit-il. \u00ab\u00a0Il faudra deux ou trois mois pour retrouver une vie normale\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les responsables du camp distribuent de l&rsquo;eau et un sac de riz par jour, mais pour Fatima Laaouj, 60 ans, \u00ab\u00a0le ramadan n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec ce que nous vivons d&rsquo;habitude\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Nous manquons de tout: de pain, de harira (soupe traditionnelle), m\u00eame de lait. Comment en acheter alors que nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;argent? Nous ne travaillons plus. Les terres agricoles sont d\u00e9truites\u00a0\u00bb, se d\u00e9sole cette cueilleuse de framboises.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab\u00a0Au jour le jour\u00a0\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Plus de 180.000 personnes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9es du fait des inondations, qui ont fait quatre morts, selon les autorit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>A quelques kilom\u00e8tres du camp de K\u00e9nitra, dans la commune de Mograne situ\u00e9e \u00e0 la confluence du fleuve S\u00e9bou, les habitants avancent encore dans la boue.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs maisons visit\u00e9es par l&rsquo;AFP portent des stigmates: murs \u00e9ventr\u00e9s, sols d\u00e9tremp\u00e9s. Malgr\u00e9 le grand soleil, les familles ont laiss\u00e9 leurs affaires perch\u00e9es sur des armoires ou des commodes, par crainte de voir l&rsquo;eau remonter.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, Yamna Chtata, femme au foyer de 42 ans, s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 vivre le ramadan hors de sa maison o\u00f9 elle a v\u00e9cu pendant 20 ans. Rentr\u00e9e deux jours plus t\u00f4t apr\u00e8s 15 nuits pass\u00e9es dans le camp, elle fond en larmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa petite maison, dont les murs menacent de s&rsquo;effondrer, est devenue inhabitable. Elle a d\u00fb se r\u00e9fugier chez des voisins.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Nous ne c\u00e9l\u00e9brons pas le ramadan (&#8230;) J&rsquo;ai deux filles qui sont actuellement souffrantes \u00e0 cause de la gravit\u00e9 de la situation\u00a0\u00bb, affirme-t-elle, la voix bris\u00e9e par les sanglots.<\/p>\n\n\n\n<p>Mansour Amrani, 59 ans, s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 se rendre \u00e0 la mosqu\u00e9e du village pour remplir des bidons d&rsquo;eau potable. Avec sa femme Zohr et leurs trois filles, il veut malgr\u00e9 tout pr\u00e9parer le couscous du vendredi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0D&rsquo;habitude, il y avait de la joie quand on pr\u00e9parait le couscous. Aujourd&rsquo;hui, ce n&rsquo;est plus comme avant\u00a0\u00bb, regrette cet agent de s\u00e9curit\u00e9 dans une usine de c\u00e2blage, inquiet de l&rsquo;affaissement des sols.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Nous avons peur que la maison s&rsquo;\u00e9croule sur nos t\u00eates\u00a0\u00bb, souffle-t-il. Dans l&rsquo;une des pi\u00e8ces, il avait install\u00e9 une petite \u00e9picerie, aujourd&rsquo;hui endommag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Abdelmajid Lekihel, marchand ambulant de 49 ans, s&rsquo;ajoute \u00e0 la d\u00e9tresse \u00ab\u00a0la fatigue\u00a0\u00bb accumul\u00e9e apr\u00e8s des nuits difficiles dans le camp.<\/p>\n\n\n\n<p>De retour chez lui, il constate que \u00ab\u00a0les produits alimentaires ne sont plus disponibles comme avant\u00a0\u00bb: le march\u00e9 du village fonctionne au ralenti, rendant d\u00e9sormais difficile la pr\u00e9paration du traditionnel repas de rupture du je\u00fbne.<\/p>\n\n\n\n<p>Et \u00ab\u00a0la boue emp\u00eache d&rsquo;aller voir un voisin, un membre de la famille ou un ami\u00a0\u00bb, soupire-t-il. Cette ann\u00e9e, \u00ab\u00a0nous vivons (le ramadan) au jour le jour.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chass\u00e9 par des inondations d\u00e9vastatrices de son village du nord-ouest du Maroc, Ahmed El Habachi croyait \u00e0 un exil temporaire.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":68484,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-68483","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/68483","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=68483"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/68483\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":68485,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/68483\/revisions\/68485"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/68484"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=68483"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=68483"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=68483"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}