{"id":67713,"date":"2026-02-09T10:50:55","date_gmt":"2026-02-09T10:50:55","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=67713"},"modified":"2026-02-09T10:50:56","modified_gmt":"2026-02-09T10:50:56","slug":"au-soudan-le-temoignage-dun-rescape-del-fasher-oblige-de-creuser-des-fosses-communes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=67713","title":{"rendered":"Au Soudan, le t\u00e9moignage d\u2019un rescap\u00e9 d\u2019El-Fasher, oblig\u00e9 de creuser des fosses communes"},"content":{"rendered":"\n<p>Au Soudan, trois mois apr\u00e8s la prise de la ville d\u2019El-Fasher, au Darfour, par les forces paramilitaires du g\u00e9n\u00e9ral Hemedti, des dizaines de milliers d\u2019habitants ont fui la ville pendant et apr\u00e8s l\u2019attaque. Ils rapportent des massacres \u00e0 grande \u00e9chelle perp\u00e9tr\u00e9s par les paramilitaires des FSR. Selon des chercheurs de l\u2019universit\u00e9 de Yale, aux \u00c9tats Unis &#8211;&nbsp;qui s\u2019appuient sur l\u2019analyse d\u2019images satellites&nbsp;&#8211; des milliers d\u2019habitants ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s et enterr\u00e9s dans des fosses communes. RFI a pu interviewer un rescap\u00e9 d\u2019El-Fasher. Il t\u00e9moigne de l\u2019existence de ces fosses communes qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de creuser.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par : Alexandra Brangeon<\/strong> &#8211; SOURCE RF1<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019appelle Ibrahim et il a 63 ans. Le jour de l\u2019attaque d\u2019El-Fasher, le 26 octobre 2025, il tente de fuir la ville comme de nombreux habitants. Il est rattrap\u00e9 par les forces paramilitaires du g\u00e9n\u00e9ral Hemedti, et emprisonn\u00e9 avec plusieurs centaines de personnes dans l\u2019h\u00f4pital p\u00e9diatrique de la ville, transform\u00e9 en centre de d\u00e9tention.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque jour, lui et ses cod\u00e9tenus \u00e9taient forc\u00e9s de creuser des fosses communes, pour enterrer les cadavres qui jonchaient les rues. \u00ab&nbsp;<em>Chaque jour, une \u00e9quipe de 10, 20, des fois 50 personnes sortait pour aller enterrer les corps<\/em>.<em>&nbsp;Les paramilitaires nous donnaient de grandes b\u00e2ches, dans lesquelles on mettait les corps &#8211; j\u2019ai vu des corps d\u2019enfants et de femmes &#8211; puis on les chargeait dans des camions. Ensuite il fallait d\u00e9charger les sacs, les mettre dans une fosse. Apr\u00e8s une pelleteuse venait recouvrir le trou \u00bb,&nbsp;<\/em>t\u00e9moigne-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Ibrahim raconte qu&rsquo;il enterrait jusqu\u2019\u00e0 400 personnes par jour.&nbsp;Il y avait tellement de corps dans les rues, ajoute-t-il, que parfois les paramilitaires leur roulaient dessus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Toujours aucun bilan de l\u2019attaque d\u2019El-Fasher&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Les chercheurs de l\u2019universit\u00e9 de Yale<\/strong>\u00a0&#8211;\u00a0qui \u00e9tudient les images satellite\u00a0\u2013 estiment \u00e0 plusieurs milliers le nombre de morts.\u00a0Des chiffres impossibles \u00e0 v\u00e9rifier car personne n\u2019a pu se rendre sur place de fa\u00e7on ind\u00e9pendante. Mais, selon ces chercheurs, les paramilitaires voulaient se d\u00e9barrasser des corps dans des fosses communes et \u00e9liminer toutes preuves des massacres.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un rapport, ces chercheurs affirment avoir r\u00e9pertori\u00e9 plus de 130 charniers dans et autour de la ville d&rsquo;El-Fasher. Interrog\u00e9 sur l\u2019emplacement de ces fosses, Ibrahim assure se rappeler o\u00f9 elles se trouvent&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>On creusait des trous dans un endroit \u00e0 environ 500 m\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;est de la prison. Mais il en a beaucoup d&rsquo;autres. Il y en a \u00e0 la sortie d\u2019El-Fasher, sur la route qui va vers Garni. Il y en a aussi \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de l\u2019Unicef<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un long trajet jusqu\u2019\u00e0 Port-Soudan<\/h2>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s 22 jours, son calvaire s\u2019ach\u00e8ve. Sa famille arrive \u00e0 lui envoyer l\u2019\u00e9quivalent de 10&nbsp;000 dollars exig\u00e9s par les paramilitaires pour sa lib\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux dont la famille ne pouvait pas payer ou ne payait pas suffisamment vite \u00e9taient abattus, se rappelle-t-il. De nombreux d\u00e9tenus mourraient \u00e9galement de d\u00e9shydratation et de diarrh\u00e9e, car nous n\u2019avions que de l\u2019eau sale \u00e0 boire, ajoute-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Libre, Ibrahim entreprend un long trajet jusqu\u2019\u00e0 Port-Soudan \u00e0 l\u2019autre bout du pays pour y retrouver son fr\u00e8re. Quand il arrive, il est tr\u00e8s affaibli et \u00e9maci\u00e9. Quand il raconte sa d\u00e9tention, il dit&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;C&rsquo;\u00e9tait comme une sc\u00e8ne du jugement dernier.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des dizaines de t\u00e9moignages \u00e9voquent ces fosses communes<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce sont des volontaires d\u2019une organisation soudanaise, Darfur Emergency&nbsp;Committee, qui ont recueilli le t\u00e9moignage d\u2019Ibrahim. Il s\u2019agit d\u2019un r\u00e9seau de soudanais de la diaspora, qui r\u00e9colte de l\u2019argent pour financer l&rsquo;aide humanitaire au Soudan, faire du&nbsp;<em>lobbying<\/em>, retrouver les membres de familles qui se sont perdues, et qui plus r\u00e9cemment a commenc\u00e9 \u00e0 recueillir les t\u00e9moignages de victimes pour monter des dossiers et un jour saisir la justice internationale.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un de ces volontaires, Altahir Hashim, est d\u2019ailleurs en ce moment m\u00eame au Soudan. Il a recueilli plus d\u2019une trentaine de t\u00e9moignages de rescap\u00e9s d\u2019El-Fasher, dont certains confirment l&rsquo;existence et l\u2019emplacement de ces fosses communes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Tous racontent la m\u00eame histoire,<\/em>&nbsp;dit-il.&nbsp;<em>Les paramilitaires les ont forc\u00e9s \u00e0 jeter les corps dans des fosses&nbsp;communes<\/em>&nbsp;\u00bb,&nbsp;r\u00e9pertori\u00e9es dans une dizaine de lieux&nbsp;: Saudi Hospital, Garni Gate, Shalla prison, Melit Gate, Children\u2019s hospital et dans le quartier de Daraja Oula&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au Soudan, trois mois apr\u00e8s la prise de la ville d\u2019El-Fasher, au Darfour, par les forces paramilitaires du g\u00e9n\u00e9ral Hemedti,<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":67714,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-67713","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/67713","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=67713"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/67713\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":67715,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/67713\/revisions\/67715"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/67714"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=67713"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=67713"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=67713"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}