{"id":66548,"date":"2026-01-14T12:11:46","date_gmt":"2026-01-14T12:11:46","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=66548"},"modified":"2026-01-14T12:11:47","modified_gmt":"2026-01-14T12:11:47","slug":"urbanisation-agrobusiness-changement-climatique-letau-se-resserre-sur-les-terres-paysannes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=66548","title":{"rendered":"Urbanisation, agrobusiness, changement climatique : l\u2019\u00e9tau se resserre sur les terres paysannes"},"content":{"rendered":"\n<p>A l\u2019instar du monde rural s\u00e9n\u00e9galais, la terre nourrit, fait vivre et structure les villages du bassin versant d\u2019Aga-Foua-Djilas, sous-bassin versant du Sine-Saloum, c\u0153ur du bassin arachidier. Sous l\u2019effet de multiples contraintes, cette terre nourrici\u00e8re est sous pression. Dans notre dernier article scientifique co-publi\u00e9#, nous avons en effet constat\u00e9 une r\u00e9alit\u00e9 plus qu\u2019inqui\u00e9tante : les terres agricoles reculent alors que la population ne cesse d\u2019augmenter dans ce contexte de changement climatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bassin versant d\u2019Aga-Foua-Djilas, d\u2019une superficie de 317, 4 km\u00b2 est \u00e0 cheval sur les communes de Malicounda, Sandiara, S\u00e9ss\u00e8ne et Ngu\u00e9ni\u00e8ne (d\u00e9partement de Mbour), ainsi que de Tattaguine, Loul S\u00e9ss\u00e8ne et Djilas (d\u00e9partement de Fatick).<\/p>\n\n\n\n<p>Entre 1994 et 2013, les terres agricoles ont augment\u00e9. Cette progression des surfaces cultiv\u00e9es est le fruit de la forte croissance d\u00e9mographique. La population du bassin versant a connu un taux d\u2019\u00e9volution de 26, 8% en l\u2019espace de dix ans (entre 2002 et 2013). Les familles rurales ayant augment\u00e9, ont naturellement d\u00e9frich\u00e9, am\u00e9nag\u00e9 et \u00e9tendu leurs champs afin de produire mil et arachide et nourrir leurs familles. De 4500 ha en 1994, les surfaces cultiv\u00e9es ont presque doubl\u00e9 en 2013, atteignant 8900 ha. Malheu\u00adreusement, cette tendance s\u2019est brusquement invers\u00e9e. Entre 2013 et 2023, pr\u00e8s de 4000 ha de terres agricoles ont disparu. De 8900 ha, les surfaces cultiv\u00e9es sont pass\u00e9es \u00e0 moins de 5000 ha. En clair, la terre qui nourrit se rar\u00e9fie et au m\u00eame moment, la population explose. Cette derni\u00e8re est pass\u00e9e sur la m\u00eame p\u00e9riode de 28 132 \u00e0 34 971 habitants, soit un taux d\u2019\u00e9volution de 24, 3%.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette perte de terres agricoles n\u2019est pas le fruit du hasard. Elle est la r\u00e9sultante de pressions multiples, notamment l\u2019urbanisation et le d\u00e9veloppement de l\u2019agrobusiness.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019augmentation de la population s\u2019accompagne d\u2019un besoin en terres d\u2019habitation. A cet effet, les villages s\u2019agrandissent, les maisons se multiplient et empi\u00e8tent peu \u00e0 peu sur les champs. En l\u2019espace de 30 ans, les zones b\u00e2ties ont tripl\u00e9. De 684 ha en 1994, elles ont atteint 2528 ha en 2023. Cette extension des zones b\u00e2ties souvent mal contr\u00f4l\u00e9es, grignote les meilleures terres agricoles, situ\u00e9es aux pourtours des villages et qui sont g\u00e9n\u00e9ralement les plus faciles \u00e0 cultiver.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers 2010, de grands exploitants priv\u00e9s ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019installer dans le bassin versant, particuli\u00e8rement dans la zone nord de la commune de Ngu\u00e9ni\u00e8ne. Ils produisent pour le march\u00e9 ext\u00e9rieur et occupent des surfaces de plus en plus vastes. En 2013, leur emprise s\u2019\u00e9tendait sur moins de 500 ha. En 2023, elle d\u00e9passa 800 ha. Ces fermes appartenant pour la plupart \u00e0 des \u00e9trangers et install\u00e9es sur des terres jadis r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 l\u2019agriculture familiale et \u00e0 l\u2019\u00e9levage sont \u00e0 l\u2019origine de multiples tensions sociales, des conflits et sentiments d\u2019injustice. Elles ont contribu\u00e9 \u00e0 la mont\u00e9e de la sp\u00e9culation fonci\u00e8re, surtout dans les villages de la zone nord de la commune de Ngu\u00e9ni\u00e8ne o\u00f9 on assiste de plus en plus \u00e0 la vente des terres agricoles familiales. Ce transfert des terres agricoles familiales entre les mains de quelques privil\u00e9gi\u00e9s transforme les paysans en ouvriers agricoles sans statut et prive les \u00e9leveurs de l\u2019acc\u00e8s aux p\u00e2turages post-culturaux. Cette situation menace la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire ainsi que la durabilit\u00e9 des syst\u00e8mes de production.<\/p>\n\n\n\n<p>A ces pressions humaines s\u2019ajoutent le changement climatique et son corollaire. Les s\u00e9cheresses plus fr\u00e9quentes, la d\u00e9gradation des sols et la disparition de certaines formations v\u00e9g\u00e9tales rendent les terres plus fragiles. Quand les champs s\u2019\u00e9puisent ou que les pluies deviennent impr\u00e9visibles, les agriculteurs doivent chercher de nouvelles terres. Malheu\u00adreusement, celles-ci sont de moins en moins disponibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Du fait de l\u2019augmentation rapide de la population, cette situation des communaut\u00e9s dans le bassin versant d\u2019Aga-Foua-Djilas devient plus que pr\u00e9occupante. Sur les 1400 m\u00e9nages recens\u00e9s, 99% vivent de l\u2019agriculture et 72, 2% de l\u2019agriculture et de l\u2019\u00e9levage \u00e0 la fois. Avec la forte croissance d\u00e9mographique, il y a donc plus de bouches \u00e0 nourrir et moins de terres pour produire. La s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et la stabilit\u00e9 sociale deviennent ainsi des \u00e9quations complexes.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, une question s\u2019impose : quelles mesures pour une gouvernance fonci\u00e8re juste et \u00e9quitable ? Plus qu\u2019une n\u00e9cessit\u00e9, la clarification des types d\u2019usage, la protection des terres de cultures familiales, la r\u00e9gulation de l\u2019implantation des grandes fermes d\u2019agrobusiness, la ma\u00eetrise de l\u2019extension des villages sont devenues une \u00aburgence urgente\u00bb. Le foncier rural ne saurait \u00eatre laiss\u00e9 \u00e0 la seule loi du march\u00e9 ou \u00e0 la pression des plus puissants.<br>Pr\u00e9server les terres agricoles, c\u2019est aussi investir dans le d\u00e9veloppement durable. Cela signifie encourager des pratiques agricoles qui prot\u00e8gent les sols, l\u2019eau et la v\u00e9g\u00e9tation. Cela signifie aussi planifier l\u2019occupation de l\u2019espace pour \u00e9viter que l\u2019habitat, les routes et les exploitations agro-industrielles, \u00e9touffent l\u2019agriculture familiale, socle de l\u2019alimentation locale.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude men\u00e9e dans le bassin versant d\u2019Aga-Foua-Djilas envoie un message clair \u00e0 la fois aux populations locales et autorit\u00e9s centrales et d\u00e9centralis\u00e9es, \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 civile ainsi qu\u2019aux partenaires techniques et financiers : la terre est un capital vital qu\u2019il faut g\u00e9rer avec vision et responsabilit\u00e9. Dans ce contexte de changement climatique, avec notamment la multiplication des \u00e9v\u00e9nements extr\u00eames, et de forte croissance d\u00e9mographique, laisser dispara\u00eetre les terres agricoles, c\u2019est fragiliser l\u2019avenir de toute une r\u00e9gion et compromettre les chances d\u2019atteinte de la souverainet\u00e9 alimentaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Prot\u00e9ger la terre aujourd\u2019hui, c\u2019est assurer la nourriture, la paix sociale et la dignit\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations de demain.<br><strong>Philippe Malick DIONE<\/strong><br><strong>Dr en G\u00e9ographie titulaire d\u2019un Dess en Am\u00e9nagement du Territoire, D\u00e9centralisation et D\u00e9veloppement Territorial.<\/strong><br><strong>pmdione416@gmail.com<\/strong><br># Dione P.M., Faye C., Sarr M. (2026). Impacts of spatiotemporal land-use change on agricultural land and ecosystem services in the Aga-Foua-Djilas watershed (Senegal), from 1994 to 2023. Journal of Environmental Science, Ecology and Chemistry (JESEC), 2(1), 01-14. https:\/\/doi.org\/10.58985\/jesec.2026.v02i01.16<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l\u2019instar du monde rural s\u00e9n\u00e9galais, la terre nourrit, fait vivre et structure les villages du bassin versant d\u2019Aga-Foua-Djilas, sous-bassin<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":66549,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-66548","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-event-more-news"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/66548","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=66548"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/66548\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":66550,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/66548\/revisions\/66550"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/66549"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=66548"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=66548"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=66548"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}