{"id":65937,"date":"2025-12-31T10:58:44","date_gmt":"2025-12-31T10:58:44","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=65937"},"modified":"2025-12-31T10:59:23","modified_gmt":"2025-12-31T10:59:23","slug":"560-milliards-mobilises-sur-le-marche-succes-technique-contrainte-structurelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=65937","title":{"rendered":"560 MILLIARDS MOBILISES"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Succ\u00e8s technique, contrainte structurelle &#8211; <\/strong>La derni\u00e8re \u00e9mission obligataire de l\u2019ann\u00e9e lanc\u00e9e par le S\u00e9n\u00e9gal qui a lev\u00e9 un montant de 560 milliards FCfa sur le march\u00e9 financier sous-r\u00e9gional, avec un taux de couverture de 140 %, est techniquement une r\u00e9ussite. Elle est cependant r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019une contrainte structurelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le recours au march\u00e9 UEMOA n\u2019est plus un choix opportuniste : c\u2019est d\u00e9sormais la principale b\u00e9quille budg\u00e9taire. En 2025, les \u00e9missions se sont encha\u00een\u00e9es, souvent au-del\u00e0 des montants annonc\u00e9s, non par confort mais par n\u00e9cessit\u00e9. Les chiffres parlent d\u2019eux-m\u00eames : mars : 150 milliards recherch\u00e9s, 450 milliards lev\u00e9s ; juillet : 300 milliards vis\u00e9s, 364 milliards lev\u00e9s ; septembre : 300 milliards, plus de 450 milliards mobilis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re op\u00e9ration ne fait que prolonger cette trajectoire. Ce n\u2019est plus un \u00e9pisode, c\u2019est une dynamique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Taux plafonn\u00e9s : un risque encadr\u00e9, pas effac\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les autorit\u00e9s mettent en avant des taux plafonn\u00e9s \u00e0 6,95 %, avec des maturit\u00e9s allant jusqu\u2019\u00e0 10 ans. Le message qui se d\u00e9gage&nbsp;signifie que l\u2019\u00c9tat a d\u00fb \u00ab&nbsp;borner&nbsp;\u00bb le prix du risque en fixant \u00e0 l\u2019avance un taux maximum acceptable, au-del\u00e0 duquel il refuse d\u2019emprunter. Cependant, un plafonnement des taux n\u2019est pas une victoire du march\u00e9 : c\u2019est une contrainte impos\u00e9e au march\u00e9. Le prix du risque est administr\u00e9, pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9.<br><br>Finalement, le co\u00fbt r\u00e9el augmente, mais hors budget apparent. Imaginons un thermom\u00e8tre sur lequel le plafond, c\u2019est&nbsp;<strong>mettre une limite \u00e0 l\u2019affichage et<\/strong>&nbsp;pas faire baisser la temp\u00e9rature. La fi\u00e8vre est l\u00e0, mais&nbsp;<strong>elle ne s\u2019affiche pas enti\u00e8rement<\/strong>.<br>Quand le prix ne peut plus jouer son r\u00f4le, le risque se d\u00e9place ailleurs : vers des maturit\u00e9s plus courtes que souhait\u00e9, vers une concentration accrue sur les banques locales, vers une d\u00e9pendance renforc\u00e9e \u00e0 un nombre limit\u00e9 d\u2019acteurs. Le risque n\u2019a donc pas disparu, il a simplement chang\u00e9 de forme. Une situation r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019une contrainte structurelle.<br><br><strong>Allonger les maturit\u00e9s : gagner du temps, pas de la marge<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019allongement des maturit\u00e9s vise \u00e0 soulager la pression imm\u00e9diate sur le service de la dette. Sans plafonnement, ces maturit\u00e9s longues auraient tr\u00e8s probablement exig\u00e9 une prime plus \u00e9lev\u00e9e. Le choix est donc clair : reporter la contrainte.<br>Le march\u00e9 accepte donc le long terme en limitant son exposition r\u00e9elle et en exigeant une prime implicite en transf\u00e9rant le risque dans le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me, c\u2019est que le refinancement futur se fera dans un environnement inconnu (conditions de liquidit\u00e9, perception du risque souverain, discipline budg\u00e9taire). Si ces param\u00e8tres se d\u00e9t\u00e9riorent, la facture reviendra, concentr\u00e9e et plus difficile \u00e0 absorber.<br><br><strong>Le thermom\u00e8tre du march\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le chiffre qui rassure le plus. Un taux de couverture (qui renseigne sur l\u2019app\u00e9tit du march\u00e9) de 140 % est souvent brandi comme un signal de confiance. En r\u00e9alit\u00e9, il m\u00e9rite d\u2019\u00eatre d\u00e9cod\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette op\u00e9ration, l\u2019\u00c9tat a d\u00fb s\u2019adapter au march\u00e9 (prolongation, arbitrages) avant de reprendre la main en fin de parcours. Le chiffre final masque des app\u00e9tits tr\u00e8s in\u00e9gaux selon les maturit\u00e9s et les profils d\u2019investisseurs. C\u2019est un \u00e9quilibre sous tension.<br>La sursouscription peut tout aussi bien traduire l\u2019absence d\u2019alternatives de placement cr\u00e9dibles, la contrainte r\u00e9glementaire poussant les banques vers les titres publics, la frilosit\u00e9 vis-\u00e0-vis du cr\u00e9dit priv\u00e9. L\u2019exc\u00e8s de liquidit\u00e9 bancaire et les r\u00e8gles prudentielles favorisent m\u00e9caniquement le financement de l\u2019\u00c9tat. L\u2019argent va au souverain par d\u00e9faut. La liquidit\u00e9 est ainsi immobilis\u00e9e, l\u2019exposition souveraine s\u2019accumule, et la sensibilit\u00e9 du syst\u00e8me financier \u00e0 un choc budg\u00e9taire augmente. La boucle \u00c9tat\u2013banques se resserre, sans v\u00e9ritable amortisseur externe. \u00c0 court terme, cela stabilise. \u00c0 moyen terme, cela fragilise.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Trois \u00e9metteurs, trois strat\u00e9gies<\/strong><br><br>Il serait int\u00e9ressant de comparer un peu les strat\u00e9gies de la C\u00f4te d\u2019Ivoire, du S\u00e9n\u00e9gal et du B\u00e9nin en mati\u00e8re de lev\u00e9es de fonds sur le march\u00e9 r\u00e9gional de l\u2019UEMOA.<\/p>\n\n\n\n<p>La C\u00f4te d\u2019Ivoire b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une profondeur de march\u00e9 sup\u00e9rieure et d\u2019une base d\u2019investisseurs plus diversifi\u00e9e. Elle reste le plus gros et souvent le plus actif \u00e9metteur souverain sur le march\u00e9 UEMOA avec des volumes lev\u00e9s importants et r\u00e9guliers. Ses \u00e9missions sont r\u00e9guli\u00e8res, pr\u00e9visibles, souvent sans prolongation, y compris sur des maturit\u00e9s longues. Elle utilise des m\u00e9canismes avanc\u00e9s comme l\u2019\u00e9change de titres arrivant \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance pour allonger sa dette et lisser les remboursements (une pratique plus sophistiqu\u00e9e que pour beaucoup d\u2019autres \u00c9missions de l\u2019UEMOA). Le message est clair : le march\u00e9 suit sans contrainte majeure.<\/p>\n\n\n\n<p>Le B\u00e9nin, de son c\u00f4t\u00e9, privil\u00e9gie la discipline : moins d\u2019\u00e9missions, plus cibl\u00e9es, m\u00eame quand la demande est abondante.<br>Le S\u00e9n\u00e9gal se situe entre les deux : actif, techniquement solide, mais structurellement contraint par la r\u00e9p\u00e9tition des lev\u00e9es et l\u2019\u00e9troitesse relative de son march\u00e9 domestique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le mauvais signal<\/strong><br><br>Fait non n\u00e9gligeable, le risque de concentration de la dette. En fait, m\u00eame si les maturit\u00e9s sont \u00e9tal\u00e9es (3, 5, 7, 10 ans), on cr\u00e9e des pics de remboursement futurs, surtout si une partie sert \u00e0 refinancer de la dette existante. Certes le recours accru au march\u00e9 local cr\u00e9e une d\u00e9pendance accrue aux acteurs locaux. Que vaudrait l\u2019avantage de moins d\u00e9pendre des march\u00e9s internationaux et celui de s\u2019affranchir du risque de change, si de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 les banques locales sont d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s expos\u00e9es \u00e0 la dette publique, ou qu\u2019un choc macro\u00e9conomique touche tout le syst\u00e8me financier en m\u00eame temps\u00a0?<br><br>Par cons\u00e9quent, trop de lev\u00e9es rapproch\u00e9es est susceptible d\u2019envoyer le mauvais signal aux agences de notation, au FMI et aux bailleurs internationaux qui scrutent surtout le rythme d\u2019endettement, la capacit\u00e9 de remboursement, et la part des recettes absorb\u00e9e par la dette. \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat finance sa tr\u00e9sorerie plus qu\u2019il n\u2019investit\u00a0\u00bb.<br><br><strong>Malick NDAW<\/strong><br>LERAL<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Succ\u00e8s technique, contrainte structurelle &#8211; La derni\u00e8re \u00e9mission obligataire de l\u2019ann\u00e9e lanc\u00e9e par le S\u00e9n\u00e9gal qui a lev\u00e9 un montant<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":65938,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-65937","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-event-more-news"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/65937","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=65937"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/65937\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":65941,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/65937\/revisions\/65941"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/65938"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=65937"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=65937"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=65937"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}